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Anna-Bella Failloux s’est vue attribuer sa Légion d’Honneur



PARIS, le 19 octobre 2015- Anna Bella Failloux est chercheuse à l’institut Pasteur. Originaire de Raiatea, elle a été récompensée pour ses travaux sur les maladies transmises par le moustique. Un métier qu’elle a choisi « pour être utile à la Polynésie ».

Selon l’expression de la ministre George Pau-Langevin, Anna-Bella Failloux est la spécialiste de toutes « ces bestioles qui nous effraient ». Cette dernière se décrit plutôt comme une chercheuse dans le « monde des virus ». Mardi, elle a reçu, devant ses proches, les insignes de chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur des mains de la ministre, dans le salon du ministère des Outre-mer, à Paris. Cette haute distinction lui avait été décernée au mois de janvier et il restait à Anna Bella Failloux le soin de désigner qui la lui remettrait. Elle a donc choisi George Pau Langevin. Une distinction qui vient récompenser sa carrière de chercheuse autour des maladies transmises par les moustiques.

Son intérêt pour ces insectes volants qui piquent et qui grattent lui vient tout naturellement de l’environnement où elle a grandi, à Raiatea. Cette enfance insulaire lui vaut une réputation tout-terrain : « Je me sens aussi bien à chercher des moustiques dans des pneus ou dans des décharges que dans un laboratoire » , dit-elle.

Anna-Bella Failloux est l’ainée de cinq sœurs. Sa famille, originaire de Chine, s’est installée à Raiate. Ses parents, cultivateurs de vanille, ont longtemps tenu une épicerie près de la mairie de Papeete. Après les cours suivis à l’école des sœurs de Ploermel, vient le moment du grand départ, avant de poursuivre ses études à Toulouse. Elle a commencé sa carrière en Polynésie, à l'Institut Malardé, alors Institut Pasteur associé. C’était une première dans la famille. George Pau-Langevin, dans son discours, rapporte l’anecdote selon laquelle, si elle échouait, ses sœurs n’auraient pas la chance de continuer leurs études en dehors de la Polynésie. Elle décrochera un doctorat d’écophysiologie et dynamique des populations d’invertébrées terrestres.

En 1988, Anna-Bella Failloux participe au premier cours d’entomologie à l’institut Pasteur. Puis elle étudie la transmission de l’éléphantiasis, qui affectait alors près de 40% de la population de l’océan Pacifique. Elle s’intéresse ensuite à la génétique pour étudier la résistance des moustiques polynésiens aux pesticides, un sujet qui sera le point de départ de sa thèse, validée en 1994. C’est cette même année qu’elle est recrutée par l’Institut Pasteur, « le saint des saints » . L’expertise de son groupe d’études a été utile lors de l’apparition du chikungunya dans l’océan Indien, en 2005. Depuis 2011, la voilà directeur d’unité de recherche « arbovirus et insectes vecteurs » .

Comment la petite fille de Raiatea est-elle devenue une chercheuse de renommée mondiale ? « Je ne me suis jamais posée la question. Je me suis dis : Allez, il ne faut pas avoir peur, on y va ! » Sa quête jamais interrompue d’apprendre, de découvrir et de transmettre les savoirs revient aussi comme un fil conducteur tout au long de sa carrière.

Même en travaillant à Paris, le moustique symbolise le lien qui la relie au fenua : « Je voulais faire un métier qui soit utile pour la Polynésie » , confie-t-elle. Avant de lui remettre la Légion d’Honneur, George Pau-Langevin a salué la qualité de ses travaux qui contribuent « à la lutte contre les épidémies mortelles et ainsi au sauvetage de très nombreuses vies » . Surtout, la ministre des Outre-mer s’est dite « vraiment extrêmement fière que les outre-mer puissent produire des personnes d’une telle qualité. »

Alors, telle une chercheuse observant des cellules au microscope, Anna-Bella Failloux souhaite que son exemple soit « reproduit des milliers de fois ».

COP21 : coup de projecteur sur le moustique

Où en est la recherche contre la dengue et le chikungunya ? « Ca avance. Mais cela demande du temps et de l’argent » , répond Anna-Bella Failloux. Les maladies transmises à l’homme par le moustique font partie du quotidien dans les outre-mer depuis longtemps, que ce soit dans le Pacifique ou dans la Caraïbe. Mais les rares cas de dengue et de chikungunya survenus en France métropolitaine depuis 2010 ont suscité davantage d’intérêt dans la presse nationale. Une situation pourtant « quasiment anecdotique par rapport à ce qui se passe déjà beaucoup en outre-mer ».

Si l’extinction des ours polaires ou la disparition de certaines îles illustrent les effets du réchauffement de la planète, le changement climatique pourrait aider à braquer les projecteurs sur les maladies véhiculées par les moustiques. « On parle de plus en plus des insectes qui transmettent des agents pathogènes parce que ces insectes sont sensibles à la température, explique Anna-Bella Failloux. Et le changement climatique entraine une modification du comportement du moustique et de la transmission des maladies. » Une raison supplémentaire pour que les outre-mer fassent entendre leur voix lors du sommet mondial sur le climat qui se tiendra dans un mois à Paris.

Le mot du professeur Jean Roux

C'est avec une grande satisfaction que j'ai lu votre article au sujet de la décoration d'Anna Bella Failloux.
Je précise qu'elle avait été recrutée en 1988 comme chercheur à l'Institut Malardé qui, à cette époque, était membre du Réseau International des Instituts Pasteur. C'est ainsi qu'elle a pu poursuivre une remarquable carrière pasteurienne.
J'ajoute que d'autres scientifiques polynésiennes, et anciennes de l'Institut Malardé, ont également accompli une carrière internationale. Il s'agit de Eliane Chungue et de Suzanne Chanteau qui ont été reconnues par des distinctions et décorations françaises et étrangères... mais pas celle de Tahiti Nui... Il est très regrettable que l'Institut Malardé ne fasse plus partie du Réseau des Instituts Pasteur dans le monde.

Pr Jean Roux
Directeur de l'Institut Malardé de 1984 à 1990

Rédigé par Serge Massau le Lundi 19 Octobre 2015 à 11:51 | Lu 2696 fois






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