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Air Tahiti : la moitié des vols annulés


Tahiti le 23 octobre 2026 - Au deuxième jour de grève, la moitié des vols a été annulée à Air Tahiti ce vendredi par rapport à la veille. Aucune négociation n’est prévue et les syndicalistes assurent que la direction préfère “perdre de l’argent en nous laissant aller à la grève plutôt que d'essayer de négocier”. Ils rappellent que la grève des pilotes en mai dernier a fait perdre à la société 100 millions de francs. De plus, la CSIP dénonce le fait que certaines compagnies aériennes utilisent des “pistards étrangers pour remplacer les pistards grévistes” d’Air Tahiti, prestataire auprès des autres compagnies.
 
La moitié des vols a  été annulée chez Air Tahiti vendredi par rapport à la veille puisqu’il est passé de 3 à 27 sur les 52 vols prévus, “ce qui représente environ 250 passagers. La plupart ont pu être replacés sur nos vols réguliers et notamment sur un vol Air Moana qui a pu opérer ce matin”, précise la responsable marketing de la compagnie aérienne, Vanessa Siu.
 
Elle ajoute que certains passagers ont été replacés sur l’Apetahi Express pour des rotations entre Raiatea, Maupiti et Bora Bora. Et la compagnie aérienne est actuellement en discussion avec le Vaearai, nous dit-elle. “Air Tahiti prend en charge ces moyens de transport, des partenariats sont mis en place. Si un passager décide de prendre un autre moyen de transport, il pourra demander un remboursement de son billet, on leur accorde un avoir valable un an”.
 
“La bonne nouvelle du jour, c'est que les deux charters scolaires sont bien partis à destination des Tuamotu et des Australes. Il y a trois autres charters scolaires prévus au cours de la journée, et nous sommes en attente de savoir s'ils pourront bien opérer”, indiquait encore la responsable marketing de la compagnie aérienne, vendredi. 

La grève des pilotes a coûté 100 millions de francs

Les revendications ne sont pas uniquement “financières”, insiste la secrétaire générale du Syndicat du personnel navigant commercial d’Air Tahiti (Spencat), Titaina Viriamu. “On demande des primes par rapport aux tâches qu'on nous a rajoutées”, dit-elle, mais également de “meilleures conditions de travail” et les moyens nécessaires pour effectuer leurs missions correctement et “en toute sécurité”.
 
Sans détour, Virginie Sicot, déléguée du personnel Spencat, assure de son côté que ce qui bloque, c’est bien “l’aspect financier”. La syndicaliste a même l’impression que la direction préfère “perdre de l’argent en nous laissant aller à la grève plutôt que d'essayer de négocier”.
 
Rappelons que c’est la seconde grève que subit Air Tahiti cette année puisqu’en mai dernier, les pilotes ont débrayé pendant trois jours. Une grève qui a d’ailleurs coûté 100 millions de francs à la compagnie aérienne. “Aujourd'hui, (la direction) fait pareil avec nous et cet argent est perdu pour la société et pour tous les employés”, dit-elle.
 
De son côté, Cyril Le Gayic de la CSIP assure que les points de revendication ont un coût, “c'est normal”, et regrette que la direction de la compagnie aérienne n’ait pas fait de contreproposition afin de voir jusqu’où elle peut aller. “Ils peuvent se payer un avion de first class pour les touristes de première qualité et étrangers et acheter deux bus pour ces personnes-là, mais ils ne sont pas capables de renouveler le van du personnel de KH qui est vétuste et dégradé. Je trouve ça un peu dégradant vis-à-vis du personnel.”

Pas de négociation en vue…

Aucune négociation entre les syndicats et la direction d’Air Tahiti n’a eu lieu depuis mercredi soir. Vanessa Siu indique qu’une proposition a été faire aux syndicats : “À l'heure actuelle, nous attendons un retour de leur part. Il n'y a pas d'autre rencontre prévue à ce jour”.  
 
Les syndicats indiquent pour leur part qu’ils n’ont eu aucun retour de la direction “depuis qu'ils nous ont envoyé leur projet de protocole d'accord. On attend qu'ils reviennent vers nous, mais on a l'impression qu'ils préfèrent faire durer”, assure Virginie Sicot.
 
Titaina Viriamu, ironique, ajoute que leur directeur a des mots “magiques” : “‘Je m'engage’. À toutes les réunions, c'est ‘je m'engage et j'assume’.” Mais pour elle, ce ne sont que des paroles en l’air : “Quand on demande du concret sur ces engagements, il n'y a rien”. La syndicaliste indique que les pistards attendent leurs équipements de protection notamment des casques et imperméables depuis un an. 

Cyril Le Gayic de la CSIP “Des travailleurs étrangers pour remplacer les pistards grévistes”

“Actuellement, peut-être avec la complicité d’Air Tahiti, les compagnies Air New Zeland, Air France et Air Tahiti Nui font appel à des travailleurs étrangers pour remplacer les pistards grévistes, à l’international et au domestique (les pistards sont des employés d’Air Tahiti, prestataires auprès des autres compagnies aériennes, NDLR). Ils sont sur le tarmac et apprennent auprès des non-grévistes, pour remplacer justement les grévistes.

La réglementation interdit ces pratiques, la jurisprudence de la Cour de cassation, notamment de sa chambre criminelle, est claire : il est interdit de prendre des intérimaires ou des agents temporaires pour remplacer des salariés en grève.
Je vais saisir les autorités compétentes. Et s’ils continuent, il ne faut pas qu’ils s’étonnent que le personnel en grève s’énerve. Ces méthodes vont à l’encontre des dispositions du Code du travail polynésien.

Certains de ces travailleurs sont arrivés avec Air New Zeland, d’autres avec Air France. Ils sont actuellement sur le tarmac et apprennent notamment à conduire des véhicules lourds pour déplacer les avions. Ils doivent non seulement disposer d’un permis de travail pour travailler ici. Et en plus ils n’ont pas à exercer des activités pour remplacer le personnel en grève et ça, Air Tahiti le sait. Je vais saisir rapidement la direction du travail et déposer des plaintes. Je vais consulter nos conseillers juridiques.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Samedi 24 Octobre 2026 à 07:16 | Lu 1130 fois