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Afghanistan: Paris réclame aux Américains un "délai supplémentaire" pour les évacuations


Un père confie son bébé à un Marine américain, à l'aéroport de Kaboul. Courtesy of Omar Haidiri / AFP
Un père confie son bébé à un Marine américain, à l'aéroport de Kaboul. Courtesy of Omar Haidiri / AFP
Base aérienne Al-Dhafra, Emirats arabes unis | AFP | lundi 23/08/2021 - La France a estimé lundi qu'un "délai supplémentaire" était "nécessaire" pour mener à bien les évacuations de personnes à risque d'Afghanistan, qui s'effectuent au compte-gouttes dans des conditions extrêmes depuis l'aéroport de Kaboul, huit jours après le retour au pouvoir des talibans.

"Nous sommes préoccupés (par) la date-butoir fixée par les Etats-Unis le 31 août. Un délai supplémentaire est nécessaire pour mener à bien les opérations en cours", a dit Jean-Yves Le Drian à des journalistes qui l'accompagnaient sur la base aérienne 104 d'Al-Dhafra, à 30 kilomètres d'Abou Dhabi, où l'armée de l'Air française a mis en place un pont aérien vers Kaboul.

Le 31 août reste la date fixée par l'administration américaine pour le retrait définitif de ses forces d'Afghanistan.

Ce calendrier est toutefois jugé de plus en plus intenable par les partenaires des Etats-Unis et le président Joe Biden n'a pas exclu dimanche de prolonger la présence des soldats américains qui supervisent les opérations d'évacuation à l'aéroport.

Les talibans ont toutefois prévenu lundi qu'ils n'accepteraient pas de prolongation. "La réponse est non", sinon "il y aura des conséquences", a réagi un porte-parole des talibans, Suhail Shaheen.

La France avait évacué lundi soir "près de 1.700 personnes" depuis le 17 août, dont 90 Français, des ressortissants de l'UE et "plus de 1.500 Afghans" menacés pour la plupart pour leur engagement en faveur des droits humains avant le retour des talibans à Kaboul le 15 août, a précisé le chef de la diplomatie française, au côté de la ministre des Armées Florence Parly.

"Chaque vol est un exploit" compte-tenu du chaos régnant à l'aéroport de Kaboul, a-t-il lancé, en précisant qu'au rythme des rotations avec Al-Dhafra, 2.000 personnes auront été évacuées mardi.

"En état de stress aigu"

"On peut dire que la France est au rendez-vous de la solidarité avec l'Afghanistan", a-t-il insisté, alors que les propos du président Emmanuel Macron sur des "flux migratoires irréguliers importants" avec le retour des talibans ont suscité une vive polémique en France.

Près de 200 Afghans sont encore arrivés lundi soir à Abou Dhabi lors d'une 14e rotation française avec Kaboul. Ils ont débarqué d'un avion militaire A400M les traits tirés, le pas lent, encore sous le choc de l'épreuve qu'ils venaient de vivre, avec souvent pour seul bagage un petit sac à dos.   

Ils ont aussitôt rejoint un hall de l'aéroport pour une fouille, un nouveau contrôle d'identité, avant de se voir remettre une carte d'embarquement pour Paris et un repas chaud.

"Physiquement, ça va mais mentalement, je suis vraiment malade. Le monde doit nous aider, surtout nous les femmes", a déclaré Shukriya, employée pour une ONG suédoise, à l'AFP. 

"Nous voyons des gens très déshydratés, épuisés physiquement, moralement. Ils sont en état de stress aigu pour la plupart. Certains sont prostrés, beaucoup pleurent", a expliqué le Dr Antony Couret, dépêché sur place par la Sécurité civile. 

"On mesure la difficulté que cela a pu représenter pour aller jusqu'à l'aéroport et combien il est difficile de quitter son pays", à déclaré Florence Parly devant des Afghans tout juste exfiltrés de Kaboul.

Alors que la situation reste chaotique à l'aéroport de Kaboul --des tirs meurtriers ont été rapportés lundi--, M. Le Drian a estimé que "l'accès" à cette infrastructure constituait le "principal souci" du moment.

"Cela se fait au compte-gouttes". "Il faut encore accroître notre coordination localement, avec les Etats-Unis et nos partenaires présents sur place", a-t-il souligné.

"Dans le soleil et la poussière"

Lors d'une visioconférence depuis Kaboul avec les deux ministres, l'ambassadeur de France en Afghanistan David Martinon a souligné l'extrême confusion et difficulté pour procéder aux évacuations, alors que des milliers d'Afghans se pressent toujours aux portes de l'aéroport.

"A l'heure où je vous parle, les trois portes (de l'aéroport) sont fermées", a indiqué M. Martinon, en précisant se trouver avec son équipe "dans les locaux" de l'entreprise Thalès, à l'intérieur du complexe aéroportuaire, qui peuvent "loger" jusqu'à "80 personnes".

S'agissant de ces trois entrées, "la porte nord est fermée depuis 30 heures. La +East Gate+ est impraticable. La +South gate+ reste plus ou moins ouverte, le flux d'entrées est très limité". "La fermeture de ces trois portes nous oblige à trouver d'autres moyens", a encore affirmé le diplomate.

Ses équipes ont beaucoup de mal à faire la jonction avec les Afghans ayant obtenu le précieux sésame pour rallier Paris mais restent coincés des heures à l'extérieur de l'aéroport.

"Ils passent des heures et des heures dans le soleil, dans la poussière. Ils subissent des tirs de balles en caoutchouc, des tirs de grenades de désencerclement, pour certains les coups des check-points talibans", a expliqué David Martinon.  

Mais une fois qu'ils ont réussi à passer, tout va très vite. "Nous n'avons jamais gardé plus de 250 personnes plus de 12 heures", a relevé l'ambassadeur.  

le Lundi 23 Août 2021 à 12:42 | Lu 205 fois