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Accord Tavini – Union Populaire aux législatives, l'indépendance attendra


Temata'i Le Gayic, candidat 1ère circonscription; Steve Chailloux, candidat dans la 2e circonscription et Moetai Brotherson, candidat dans la 3e circonscription, accompagnés de Mereana Reid-Arbelot, suppléante de Moetai Brotherson.
Temata'i Le Gayic, candidat 1ère circonscription; Steve Chailloux, candidat dans la 2e circonscription et Moetai Brotherson, candidat dans la 3e circonscription, accompagnés de Mereana Reid-Arbelot, suppléante de Moetai Brotherson.
Tahiti, le 9 mai 2022 - La question de l'indépendance de la Polynésie française n'est pas au cœur de l'accord entre le Tavini et la Nupes qui semblent plutôt s'accorder sur leur opposition au Président réélu et une nécessaire transition écologique.
 
Le Tavini Huiratira'a présentera ses trois candidats aux législatives, Temata'i Le Gayic dans la 1ère circonscription, Steve Chailloux dans la 2e et Moetai Brotherson dans la 3e, avec le soutien de la plateforme Nupes, la Nouvelle Union Populaire Ecologiste et Sociale, issue de l'alliance des principaux partis de gauche français. Cette alliance vise, en France, à exploiter et renforcer aux élections législatives le bon score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle. Les candidats Tavini sont restés relativement flous sur les détails de ce “soutien”, lors de l'officialisation des trois candidatures lundi sur le Tahua Tu-Marama à Papeete.

“On n'est pas rentrés dans des négociations de marchands de tapis”, explique le député Moetai Brotherson qui mène les discussions depuis plusieurs semaines à Paris avec Mathilde Panot, députée de la France Insoumise. Rappelant l'ancrage fermement “à gauche” du Tavini, il évoque un grand nombre de points communs entre les idées défendues par son parti et le programme du candidat Mélenchon : la justice sociale, la transition écologique, les référendums d'initiative populaire... “On est d'accord sur les valeurs, on n'a pas besoin de formaliser le détail”, précise le député, échaudé par les accords non respectés par le Parti Socialiste après l'élection de 2012. La question de l'indépendance du territoire, cheval de bataille du parti présidé par Oscar Temaru, n'a de toute évidence pas été au centre de l'accord avec la Nupes.
 
Un soutien distant sur l'indépendance
 
Dans sa lettre de soutien au trois candidats Tavini, le week-end dernier, le comité local de l'Union Populaire précisait garder “[sa] réserve sur le thème de l'indépendance” ajoutant que ce n'était pas, “de toutes les façons, un sujet sur lequel trois députés sur les 577 élus de l'Assemblée Nationale ont un grand poids”. Il apparaît donc que parmi les “points communs” entre la Nupes et le Tavini, ne figure pas l'engagement formel de lancer d'un processus d'auto-détermination en Polynésie française.

“On n'attend pas d'un mouvement national français qu'il se positionne sur l'indépendance des territoires d'outre-mer”, justifie le député. Pour lui, “l'Assemblée Nationale n'est pas la bonne tribune” pour revendiquer une indépendance du territoire. Pour les candidats Tavini, le soutien s'inscrit donc dans une logique d'opposition au Président réélu, plutôt que dans le cadre d'un progrès rapide vers un référendum d'auto-détermination du territoire. “Si vous n'avez pas aimé Macron 1, vous allez détester la saison 2”, explique Moetai Brotherson, “surtout s'il a encore une hypermajorité”. Même son de cloche du côté des représentants locaux de l'Union Populaire : “Notre objectif, c'est avant tout d'amener Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre”, rappelle Tevaiarii Frébault, porte-parole du candidat insoumis à l'élection présidentielle passée.  “L'indépendance, c'est ici et à l'ONU qu'elle se jouera, pas au Palais Bourbon”, assure Moetai Brotherson, “on demande juste [à Jean-Luc Mélenchon] d'être ouvert sur la question de l'autodétermination”.
 
Observer les signes
 
Le député Tavini avance avec une frilosité palpable sur ce sujet. “On va juger les actes”, déclare-t-il, “on observe les signes”. Il assure trouver ces signes encourageants, en s'appuyant sur la position de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de l'auto-détermination en Nouvelle-Calédonie. Le leader de la France Insoumise avait en effet dénoncé “l'illégitimité” du 3e référendum de 2021 organisé sans la participation des indépendantistes kanaks.

Tevaiarii Frébault assure que Jean-Luc Mélenchon soutient le droit des peuples à “décider par eux-mêmes” et qu'il reconnait le rôle central de l'ONU dans les médiations avec les populations d'Outre-Mer. Cependant, à l'heure actuelle, l'ancien candidat à la Présidentielle n'a jamais fait une telle déclaration concernant le statut spécifique de la Polynésie française, ses positions n'ayant été exprimées que pour le seul contexte néo-calédonien. “De toute façon, il vaut mieux discuter avec Mélenchon qu'avec Macron sur ce sujet-là”, balaye la porte-parole de l'Union Populaire, pour qui il existe une “franche base de discussion” sur l'auto-détermination entre le Tavini et un éventuel gouvernement issu de l'union de la gauche française.
 
Enjeux globaux, désunion locale
 
Dans l'attente des détails de leur programme, les trois candidats Tavini à la députation ont mis l'accent sur une orientation écologique de leur candidature. “Se battre sur des questions institutionnelles est un peu puéril si la planète n'existe plus”, insiste Moetai Brotherson. Tematai Le Gayic, candidat dans la première circonscription, l'un des plus jeune en Polynésie, pense pouvoir faire entendre à l'Assemblée les voix d'un peuple qui n'est pas responsable du réchauffement climatique, mais qui en subit les effets. Steve Chailloux insiste : “Être indépendantiste, ce n'est pas se couper du monde, c'est être également conscient des enjeux globaux”.

A l'heure actuelle, il n'y a cependant pas d'accord entre les candidats soutenus par la Nupes et ceux de Heiura-Les Verts, représentant de Europe Ecologie-Les Verts qui, en France, a pourtant rejoint l'union de la gauche. “La porte du Tavini a toujours été ouverte et nos candidatures sont connues depuis novembre”, déclare Moetai Brotherson. Il affirme regretter une dispersion des voix entre les deux “partis amis” au premier tour, espère des retrouvailles au second et rappelle que “contrairement aux accords d'union en Métropole” le soutien de l'Union Populaire n'implique pas une exclusivité des candidatures en Polynésie.

Rédigé par Antoine Launey le Lundi 9 Mai 2022 à 20:00 | Lu 1450 fois