Ce rapport met une nouvelle fois en exergue et synthétise ce qui était déjà largement ressorti des différentes audiences, qui se sont étalées, depuis octobre dernier, sur 54 journées.
Les trois membres de cette Commission d’enquête, nommée par le Roi de Tonga George Tupou V, étaient le juge Warwick Andrew (Président), assisté du juge Richard Alexander James (ancien juge à la Cour Suprême de Tonga) et d’un expert maritime, Michael Keith Handfield.
Ce rapport souligne notamment des graves dysfonctionnements ayant précédé l’achat de ce ferry à une société des îles Fidji, y compris au niveau des procédures de vérifications techniques, de l’état du navire et de la prise de décision de le faire naviguer, une fois acquis, malgré un état évident de délabrement.
La commission estime aussi en substance que ce type de navire était inadapté à une desserte inter-îles en haute mer et souligne aussi un manque de compétences et de connaissances maritimes de la part des personnes ayant eu la charge de ce dossier, traité « à la hâte ».
La Commission ne se prononce toutefois pas sur l’éventuelle responsabilité d’individus, ni sur des chefs d’accusation pouvant faire l’objet de poursuites en justice.
Tout en parlant de drame « scandaleux » qui aurait pu être évité si les procédures avaient été dûment respectées, les trois membres de la Commission se contentent de rappeler l’éventail juridique disponible dans la juridiction concernée, à savoir les notions de responsabilité civile et le crime d’homicide involontaire du fait de négligence.
Le contenu du rapport n’a pas été immédiatement publié à Tonga, ce qui a suscité des réactions de colère de la part de plusieurs organisations de défense des droits civiques ou des familles des victimes.
Au cours de cette enquête, et en particulier dans les derniers jours des audiences, le mois dernier, le Capitaine du Princess Ashika, Maka Tuputupu, a été formellement accusé d’avoir pris la mer tout en sachant pertinemment que le navire, dans un état de délabrement avancé du fait de la corrosion en multiples endroits de la coque, n’était en fait pas en état de naviguer.
Un autre responsable de la compagnie tongienne armatrice (la Shipping Corporation of Polynesia, dans laquelle le gouvernement est l’actionnaire principal), John Jonesse, de nationalité néo-zélandaise, a lui aussi été interpellé pour avoir négligé les procédures d’usages en matière de précautions avant de conclure l’achat de ce navire à une compagnie fidjienne.
Il est par ailleurs accusé de faux et usage de faux et pourrait aussi à répondre d’un chef d’accusation d’homicide.
Cette affaire a aussi sérieusement fait tanguer le gouvernement tongien depuis l’an dernier.
Outre la démission quasi-immédiate du ministre des transports de l’époque, Paul Karalus, le Premier ministre tongien Fred Sevele, s’est lui aussi récemment retrouvé sur la sellette.
Devant la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le naufrage du 5 août 2009, M. Sevele a, en février, été contraint de s’expliquer et de s’excuser.
Lors des audiences, le Premier ministre tongien a tenu à lire une déclaration.
« Nous sommes sincèrement désolés et, en tant que Premier ministre, je présente mes excuses les plus sincères pour les manquements qui se sont produits à divers niveaux de gouvernement et de la Shipping Corporation of Polynesia. Cette tragédie j’aurait jamais dû avoir lieu », a tenu à déclarer solennellement M. Sevele devant la Commission.
Le Premier ministre offusqué
Mais M. Sevele, interrogé sans relâche par les membres de la Commission, s’est aussi, dans la foulée, offusqué de l’insistance des assesseurs et a même prétendu que par là même, ils insultaient le Roi de Tonga lui-même.
S’adressant à l’un des juges, Manuel Varitimos, de nationalité australienne, le chef de l’exécutif tongien a ainsi conclu sa déclaration par un cinglant : « Vous êtes sûrement un excellent avocat en Australie, mais lorsque vous êtes au Royaume de Tonga, je vous prie de comprendre notre Constitution et de montrer un tant soit peu de respect pour notre monarque, pour notre gouvernement, notre peuple et notre culture ».
Juste après le drame, M. Sevele avait affirmé être persuadé que toutes les procédures concernant l’acquisition de ce navire (acheté à un armateur fidjien quelques semaines auparavant) avaient été respectées.
Un ministre fusible
M. Sevele a également rappelé que le dossier avait été confié au ministre de transports de l’époque, Paul Karalus, et que force était de constater qu’il n’avait pas été géré comme il se devait.
M. Karalus, quelques jours seulement après le naufrage, a démissionné de ses fonctions tout en présentant ses excuses aux familles des victimes.
Également en cause, au sein du gouvernement : le ministre des finances, Afu'alo Matoto, qui présidait depuis avril 2008 une commission chargée de l’acquisition d’un ferry inter-île.
Lors de sa comparution, M. Matoto a lui aussi chargé le ministre des transports de l’époque.
Les travaux de cette commission, lancés quelques jours après le naufrage, ont été interrompus à plusieurs reprises depuis.
Le député d’opposition Akilisi Pohiva, chef de file du mouvement pro-démocratie à Tonga, n’a pas hésité à estimer qu’à la lumière des dernières audiences, M. Sevele devrait être inculpé.
Dans un domaine financier, et à la lumière du récent témoignage du ministre des finances lors des récentes audiences de la Commission, il semblerait aussi que le Princess Ashika a été acheté (pour un peu plus de trois cent mille dollars US) grâce à des fonds chinois qui, à l’origine, étaient destinés à la mise en œuvre d’un projet dans le domaine des télécommunications par satellite.
Valeur « négative »
La commission d’enquête royale est chargée, depuis la catastrophe, de recherches les causes de ce qui a été qualifié de pire tragédie maritime dans les transports inter-îles de ce royaume du Pacifique Sud.
Lors des premières séances 2010, début janvier, un ingénieur néo-zélandais, David Shaw, et un expert évaluateur maritime, James Lewis, qui ont eu à se pencher sur l’état de ce navire, ont tous deux abondé dans le sens de la thèse selon laquelle l’état du Princess Ashika (construit il y a trente sept ans au Japon et ayant depuis connu au moins trois propriétaires) ne lui permettait pas de naviguer dans des conditions sûres.
Selon les propos de M. Lewis, de fait, la valeur de ce ferry était « négative » au moment où il a pris la mer, le 5 août 2009.
De précédents témoignages avaient mis en avant des réparations sommaires faites juste avant le naufrage, afin de colmater à la hâte des perforations dans les structures dues à la corrosion.
Un nouveau ferry pour l’intérim
Fin mars, un nouveau ferry, le Ajang Subuh, censé reprendre la desserte inter-îles à titre temporaire, est arrivé dans la capitale Nuku’alofa.
Le service de nouveau bateau est cofinancé par les gouvernements australien et néo-zélandais, qui prennent en charge chacun de moitié les quelque cinq millions de dollars néo-zélandais (2,6 millions d’euros) nécessaire pour assurer la desserte passagers et marchandises au cours des douze mois à venir, ont annoncé conjointement les ministres des affaires étrangères australien et néo-zélandais, Stephen Smith et Murray McCully.
Les frais de fonctionnement (carburant et maintenance) seraient à la charge du gouvernement tongien.
« Trouver un vaisseau pouvant être exploité en toute sécurité à Tonga, dans un environnement maritime difficile, a été notre priorité. Le Ajang Subuh satisfait au cahier des charges du gouvernement tongien et il est aussi conforme aux rigoureuses normes maritimes internationales », a précisé M. McCully la semaine dernière.
Ce service est annoncé comme étant lancé sur une base intérimaire, en attendant la livraison, en 2011, d’un autre vaisseau, neuf cette fois-ci, qui est actuellement en cours de construction au Japon.
Peu après la tragédie, qui s’est produite alors que les dirigeants des États membres du Forum des Îles du Pacifique (FIP) se réunissaient au sommet à Cairns (Australie), les Premiers ministres australien et néo-zélandais, Kevin Rudd et John Key, avaient proposé de prendre en charge l’acquisition d’un nouveau ferry afin d’assurer la continuité de la desserte inter-îles.
Juste après l’accident, les gouvernements de Canberra et de Wellington avaient aussi apporté leur aide matérielle et logistique (moyens militaires maritimes et aériens, équipes de plongeurs) dans le cadre des opérations de recherche et de secours, tout en soulignant la nécessité, à moyen terme, d’améliorer les conditions de sécurité du transport maritime dans les îles du Pacifique.
L’idée de récupérer la carcasse du Princess Ashika et son macabre contenu avait été rapidement abandonnée.
Les restes des victimes du naufrage reposent toujours par cent dix mètres de fonds, à l’intérieur de la carcasse du ferry.
« Je pense que c’est un signe qu’il y a de réels problèmes concernant la qualité de certains des bateaux actuellement exploités dans le Pacifique », avait alors déclaré le Premier ministre néo-zélandais John Key depuis Cairns.
Au cours du sommet du FIP, la tragédie du Princess Ashika avait fait l’objet d’une déclaration spéciale de la part des dirigeants océaniens qui, dans le communiqué final, exprimaient « leurs condoléances et (…) leur profonde sympathie personnelle au gouvernement et au peuple de Tonga ».
pad
Les trois membres de cette Commission d’enquête, nommée par le Roi de Tonga George Tupou V, étaient le juge Warwick Andrew (Président), assisté du juge Richard Alexander James (ancien juge à la Cour Suprême de Tonga) et d’un expert maritime, Michael Keith Handfield.
Ce rapport souligne notamment des graves dysfonctionnements ayant précédé l’achat de ce ferry à une société des îles Fidji, y compris au niveau des procédures de vérifications techniques, de l’état du navire et de la prise de décision de le faire naviguer, une fois acquis, malgré un état évident de délabrement.
La commission estime aussi en substance que ce type de navire était inadapté à une desserte inter-îles en haute mer et souligne aussi un manque de compétences et de connaissances maritimes de la part des personnes ayant eu la charge de ce dossier, traité « à la hâte ».
La Commission ne se prononce toutefois pas sur l’éventuelle responsabilité d’individus, ni sur des chefs d’accusation pouvant faire l’objet de poursuites en justice.
Tout en parlant de drame « scandaleux » qui aurait pu être évité si les procédures avaient été dûment respectées, les trois membres de la Commission se contentent de rappeler l’éventail juridique disponible dans la juridiction concernée, à savoir les notions de responsabilité civile et le crime d’homicide involontaire du fait de négligence.
Le contenu du rapport n’a pas été immédiatement publié à Tonga, ce qui a suscité des réactions de colère de la part de plusieurs organisations de défense des droits civiques ou des familles des victimes.
Au cours de cette enquête, et en particulier dans les derniers jours des audiences, le mois dernier, le Capitaine du Princess Ashika, Maka Tuputupu, a été formellement accusé d’avoir pris la mer tout en sachant pertinemment que le navire, dans un état de délabrement avancé du fait de la corrosion en multiples endroits de la coque, n’était en fait pas en état de naviguer.
Un autre responsable de la compagnie tongienne armatrice (la Shipping Corporation of Polynesia, dans laquelle le gouvernement est l’actionnaire principal), John Jonesse, de nationalité néo-zélandaise, a lui aussi été interpellé pour avoir négligé les procédures d’usages en matière de précautions avant de conclure l’achat de ce navire à une compagnie fidjienne.
Il est par ailleurs accusé de faux et usage de faux et pourrait aussi à répondre d’un chef d’accusation d’homicide.
Cette affaire a aussi sérieusement fait tanguer le gouvernement tongien depuis l’an dernier.
Outre la démission quasi-immédiate du ministre des transports de l’époque, Paul Karalus, le Premier ministre tongien Fred Sevele, s’est lui aussi récemment retrouvé sur la sellette.
Devant la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur le naufrage du 5 août 2009, M. Sevele a, en février, été contraint de s’expliquer et de s’excuser.
Lors des audiences, le Premier ministre tongien a tenu à lire une déclaration.
« Nous sommes sincèrement désolés et, en tant que Premier ministre, je présente mes excuses les plus sincères pour les manquements qui se sont produits à divers niveaux de gouvernement et de la Shipping Corporation of Polynesia. Cette tragédie j’aurait jamais dû avoir lieu », a tenu à déclarer solennellement M. Sevele devant la Commission.
Le Premier ministre offusqué
Mais M. Sevele, interrogé sans relâche par les membres de la Commission, s’est aussi, dans la foulée, offusqué de l’insistance des assesseurs et a même prétendu que par là même, ils insultaient le Roi de Tonga lui-même.
S’adressant à l’un des juges, Manuel Varitimos, de nationalité australienne, le chef de l’exécutif tongien a ainsi conclu sa déclaration par un cinglant : « Vous êtes sûrement un excellent avocat en Australie, mais lorsque vous êtes au Royaume de Tonga, je vous prie de comprendre notre Constitution et de montrer un tant soit peu de respect pour notre monarque, pour notre gouvernement, notre peuple et notre culture ».
Juste après le drame, M. Sevele avait affirmé être persuadé que toutes les procédures concernant l’acquisition de ce navire (acheté à un armateur fidjien quelques semaines auparavant) avaient été respectées.
Un ministre fusible
M. Sevele a également rappelé que le dossier avait été confié au ministre de transports de l’époque, Paul Karalus, et que force était de constater qu’il n’avait pas été géré comme il se devait.
M. Karalus, quelques jours seulement après le naufrage, a démissionné de ses fonctions tout en présentant ses excuses aux familles des victimes.
Également en cause, au sein du gouvernement : le ministre des finances, Afu'alo Matoto, qui présidait depuis avril 2008 une commission chargée de l’acquisition d’un ferry inter-île.
Lors de sa comparution, M. Matoto a lui aussi chargé le ministre des transports de l’époque.
Les travaux de cette commission, lancés quelques jours après le naufrage, ont été interrompus à plusieurs reprises depuis.
Le député d’opposition Akilisi Pohiva, chef de file du mouvement pro-démocratie à Tonga, n’a pas hésité à estimer qu’à la lumière des dernières audiences, M. Sevele devrait être inculpé.
Dans un domaine financier, et à la lumière du récent témoignage du ministre des finances lors des récentes audiences de la Commission, il semblerait aussi que le Princess Ashika a été acheté (pour un peu plus de trois cent mille dollars US) grâce à des fonds chinois qui, à l’origine, étaient destinés à la mise en œuvre d’un projet dans le domaine des télécommunications par satellite.
Valeur « négative »
La commission d’enquête royale est chargée, depuis la catastrophe, de recherches les causes de ce qui a été qualifié de pire tragédie maritime dans les transports inter-îles de ce royaume du Pacifique Sud.
Lors des premières séances 2010, début janvier, un ingénieur néo-zélandais, David Shaw, et un expert évaluateur maritime, James Lewis, qui ont eu à se pencher sur l’état de ce navire, ont tous deux abondé dans le sens de la thèse selon laquelle l’état du Princess Ashika (construit il y a trente sept ans au Japon et ayant depuis connu au moins trois propriétaires) ne lui permettait pas de naviguer dans des conditions sûres.
Selon les propos de M. Lewis, de fait, la valeur de ce ferry était « négative » au moment où il a pris la mer, le 5 août 2009.
De précédents témoignages avaient mis en avant des réparations sommaires faites juste avant le naufrage, afin de colmater à la hâte des perforations dans les structures dues à la corrosion.
Un nouveau ferry pour l’intérim
Fin mars, un nouveau ferry, le Ajang Subuh, censé reprendre la desserte inter-îles à titre temporaire, est arrivé dans la capitale Nuku’alofa.
Le service de nouveau bateau est cofinancé par les gouvernements australien et néo-zélandais, qui prennent en charge chacun de moitié les quelque cinq millions de dollars néo-zélandais (2,6 millions d’euros) nécessaire pour assurer la desserte passagers et marchandises au cours des douze mois à venir, ont annoncé conjointement les ministres des affaires étrangères australien et néo-zélandais, Stephen Smith et Murray McCully.
Les frais de fonctionnement (carburant et maintenance) seraient à la charge du gouvernement tongien.
« Trouver un vaisseau pouvant être exploité en toute sécurité à Tonga, dans un environnement maritime difficile, a été notre priorité. Le Ajang Subuh satisfait au cahier des charges du gouvernement tongien et il est aussi conforme aux rigoureuses normes maritimes internationales », a précisé M. McCully la semaine dernière.
Ce service est annoncé comme étant lancé sur une base intérimaire, en attendant la livraison, en 2011, d’un autre vaisseau, neuf cette fois-ci, qui est actuellement en cours de construction au Japon.
Peu après la tragédie, qui s’est produite alors que les dirigeants des États membres du Forum des Îles du Pacifique (FIP) se réunissaient au sommet à Cairns (Australie), les Premiers ministres australien et néo-zélandais, Kevin Rudd et John Key, avaient proposé de prendre en charge l’acquisition d’un nouveau ferry afin d’assurer la continuité de la desserte inter-îles.
Juste après l’accident, les gouvernements de Canberra et de Wellington avaient aussi apporté leur aide matérielle et logistique (moyens militaires maritimes et aériens, équipes de plongeurs) dans le cadre des opérations de recherche et de secours, tout en soulignant la nécessité, à moyen terme, d’améliorer les conditions de sécurité du transport maritime dans les îles du Pacifique.
L’idée de récupérer la carcasse du Princess Ashika et son macabre contenu avait été rapidement abandonnée.
Les restes des victimes du naufrage reposent toujours par cent dix mètres de fonds, à l’intérieur de la carcasse du ferry.
« Je pense que c’est un signe qu’il y a de réels problèmes concernant la qualité de certains des bateaux actuellement exploités dans le Pacifique », avait alors déclaré le Premier ministre néo-zélandais John Key depuis Cairns.
Au cours du sommet du FIP, la tragédie du Princess Ashika avait fait l’objet d’une déclaration spéciale de la part des dirigeants océaniens qui, dans le communiqué final, exprimaient « leurs condoléances et (…) leur profonde sympathie personnelle au gouvernement et au peuple de Tonga ».
pad






























