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80 ans du ralliement : Le groupe de Mamao



Dans le cadre des commémorations des 80 ans du ralliement des Établissements français d’Océanie (EFO) à la France libre, Tahiti Infos et l’association Mémoire polynésienne vous proposent jusqu’à vendredi prochain une série de publications quotidiennes consacrées à cet épisode de l’histoire franco-polynésienne. Sous la plume de Jean-Christophe Shigetomi, le président de l’association Mémoire polynésienne et délégué de la Fondation de la France libre, on s’intéresse aujourd’hui au groupe d’activistes autour duquel s’organise le ralliement à Tahiti dès juin 1940.
 
Alors que l’armistice est signé le 22 juin 1940 à Compiègne en région parisienne par Philippe Pétain, à Tahiti les partisans du refus de la capitulation s’organisent. Le médecin-chef et administrateur des îles Sous-le-Vent, Émile de Curton, va vite trouver auprès de Marcel Sénac, l’administrateur des Tuamotu-Gambier, une foi commune. Et Marcel Sénac n’entraine pas qu’Émile de Curton dans le sillage du futur ralliement. Il gagne aussi l’adhésion de beaucoup d’autres hommes et femmes. En particulier celle de l’industriel Emile Martin, et de sa famille. Ce rassemblement constituera l’assise du Groupe de Mamao.
 
C’est donc dans une ruelle de Mamao, alors si paisible, que le ralliement à la France libre va trouver toute sa fibre. En août 1940, Émile de Curton prend location dans ce quartier périphérique de Papeete d’une maison auparavant occupée par Jean Gilbert, le gendre d’Émile Martin. Ce dernier vient de déménager pour s’installer à Pirae. Le frère de Jean Gilbert, le Dr Jacques Gilbert, venu à Tahiti avec l’intention d’ouvrir une clinique privée habite une maison voisine. Marcel Sénac loge non loin dans la maison située en face de celle de Jacques Gilbert.
La ruelle est tranquille et fermée à ses deux extrémités par les maisons de Tante Sissi et de Tante Rose, de la famille Martin. Le cercle familial et le domicile du conseiller privé Émile Martin, industriel et propriétaire de l’Électricité de Tahiti et de la Brasserie, vont accueillir les premières réunions du Groupe de Mamao.

​"Des airs de conspirateurs"

De Curton, Marcel Sénac et Jean Gilbert.
De Curton, Marcel Sénac et Jean Gilbert.
Les comploteurs élisent leur quartier général à Mamao, comme en témoigne Émile de Curton dans l’ouvrage Tahiti 40 : "(…) Avec des airs de conspirateur, chaque arrivant se hâtait dans l’obscure ruelle, salué d’un « Iaorana ! » retentissant par tante Sissi, installée comme au spectacle sur le sofa de sa véranda, fort étonnée de retrouver à son rendez-vous clandestin, une compagnie aussi nombreuse qu’imprévue."
 
Émile Alexandre Martin est né à Papeete le 1er décembre 1879. Son père Louis Martin, est un armateur et un commerçant installé rue du marché. On lui prête d’avoir eût l’idée, le premier, de faire venir des tissus d’ameublement pour finalement les transformer en paréo. Après des études à San Francisco, puis à Grenoble, Émile Martin revient à Tahiti en 1896 où il reprend le magasin de son père. En 1917, il rachète une petite usine électrique. En 1930, il est Vice-président de la Chambre d’agriculture. En 1933, il est membre du Conseil privé. En 1936, il rachète la Brasserie de Tahiti.
 
Son gendre Jean Gilbert, époux de Simone Martin et son fils Yves Martin dirigent le Groupe Martin.
 
Yves Martin est l’aîné des enfants Martin. Il est marié à Antonina, née Bambridge. Ils habitent aussi à Pirae : "Un agréable fare qu’une pelouse ombragée et fleurie sépare de la plage et d’un bain délicieux". La famille Martin comprend aussi les enfants d’un second lit dont Louis et ses deux sœurs, Rose et Frida.

La famille Martin - De gauche à droite, au second plan, Antonina née Bambridge, épouse d’Yves Martin, au quatrième plan Rose Martin, épouse Rouleau, suivie d’Émile de Curton, Émile Martin, Simone Martin, Frida Martin épouse Fourcade, Mme de Curton, Mme Jacques Gilbert, son époux Jacques Gilbert derrière elle, Yves Martin, Rose Martin, sœur d’Émile Martin épouse Deflesse, Héloise Martin, sœur d’ Émile Martin, dite Tante Sissi, épouse Ducos.
La famille Martin - De gauche à droite, au second plan, Antonina née Bambridge, épouse d’Yves Martin, au quatrième plan Rose Martin, épouse Rouleau, suivie d’Émile de Curton, Émile Martin, Simone Martin, Frida Martin épouse Fourcade, Mme de Curton, Mme Jacques Gilbert, son époux Jacques Gilbert derrière elle, Yves Martin, Rose Martin, sœur d’Émile Martin épouse Deflesse, Héloise Martin, sœur d’ Émile Martin, dite Tante Sissi, épouse Ducos.
Le Groupe de Mamao va rapidement compter dans ses rangs de nouvelles recrues qui, tous les soirs, empruntent la sombre ruelle de Mamao, à l’abri des regards indiscrets, pour échanger sur les informations recueillies et prendre des décisions et mesures correspondantes.
Ainsi, les deux autres membres du conseil privé, Édouard Ahnne et Georges Lagarde adhèrent à leur tour au Groupe de Mamao. Puis ils sont rejoints par le grand chef de Papenoo, Teriieroo a Teriierooiterai, par le chef de Katiu, Tehema Winchester, Teriitauairohotu Mataitai, chef de Afareaitu et de Maraetefau, par Loulou Spitz, par Tony Bambridge mais aussi Andréa de Balmann. Le père de cette dernière dirige la Compagnie française des phosphates, à Makatea. Et c’est là qu’elle est née un 24 avril 1913. Depuis 1939, Andréa de Balmann exerce comme première doctoresse tahitienne.
Enfin, les rangs du Groupe de Mamao se compléteront des recrues de Marcel Sénac comme Tetuahitiaa Colombel et Francis Sanford, chef de poste administratif aux îles Gambier. Jean Gilbert gagne pour sa part à leur cause ses élèves pilotes comme Peter Royce Challier, Joseph Pommier et Julien Allain.
La promulgation de la loi du 13 août 1940 portant interdiction des sociétés secrètes accélère la mesure de leur mouvement par la création le 27 août 1940 du Comité de la France libre en réponse au Comité des Français d’Océanie favorable au Maréchal créé le 10 août 1940.
 
Le Groupe de Mamao, en prenant visage institutionnel, se renforce avec notamment Georges Bambridge, le maire de Papeete, Tony Bambridge, le photographe Max Bopp du Pont, Etienne Davio, le contremaître François Ménard, Marcel Frogier, Élie Juventin, Alfred Poroi, Terii a Tepa et Pouvanaa a O’opa. Jean Brunet, membre fonctionnaire du conseil privé et Robert Charron, le président de la ligue des droits de l’Homme rejoignent ce groupe d’activistes, de même que Robert Delage, le chef du Service de l’enseignement, Henri Lemonnier, administrateur des colonies, Philibert Montaron, le Docteur Serge Rabinovitch, président de la Chambre d’agriculture et Isaac Walker.
 
Autour d’Étienne Davio et de François Ménard se trouvent aussi le dentiste Jean Lavigne, Jean Malardé et surtout Jourde, chef syndicaliste à bord du navire Ville d’Amiens qui est à quai à Papeete, et qui va fournir au groupe de Mamao une force armée avec son équipage. Ce renfort providentiel de marins se faisait appeler « les Bleus », à cause de la couleur de leurs salopettes. Mais, à Papeete ils sont surtout désignés comme « les Noirs du Ville d’Amiens » par la population : beaucoup d’entre eux sont Sénégalais. Depuis l’armistice, le paquebot des Messageries maritimes est immobilisé dans le port de Papeete.

​Le soutien du Ville d’Amiens

Le 2e lieutenant Talon, l’officier radio Marc ainsi que Jacques Devau, médecin de bord du Ville d’Amiens rejoignent aussi le Groupe de Mamao.      
Le 2 septembre 1940, jour de la consultation populaire, les hommes et les femmes du Groupe de Mamao seront sur tous les fronts. Jacques Gilbert et Rose Martin font la liaison avec la mairie de Papeete où les registres ont été ouverts. Les chefs de districts font signer dans les fare et dans les îles. Francis Sanford rallie la population des Gambier.
Édouard Ahnne comme Teriieroo, orateurs reconnus, haranguent les populations locales pour obtenir leur soutien. Peu de popa'ā, quelques Chinois signeront les registres. Les femmes tahitiennes participent pour la première fois à une consultation populaire.
Jean Gilbert gagne l’hôtel de la Marine où les Bleus ont pris position et soumet le commandant Grange. La presque totalité des quartiers-maîtres, marins de la base Marine de Fare Ute, l’escadrille 8S5 et la relève du Dumont d’Urville rallient à leur tour le mouvement. L’officier réserviste Praud prend le commandement de la Zélée.
Jean Gilbert devient le commandant de la Marine jusqu’à son départ de Tahiti, à bord du Wairuna le 31 mars 1941, pour être affecté dans une escadrille de chasse de la Royal Air Force à Ternhill. Il arrive en Grande Bretagne le 19 juin 1941. Il est finalement promu capitaine de corvette et mis à la disposition du capitaine de vaisseau Thierry d’Argenlieu, Haut-commissaire de la France libre dans le  Pacifique.
À partir du 1er avril 1942, il devient officier de liaison auprès de l’amiral Ghorley commandant des forces navales américaines dans le Pacifique sud jusqu’à sa disparition dans le crash de l’avion qui doit le transporter de Nouvelle-Zélande à Hawaii.
Ironie du sort, les artisans du Groupe de Mamao et du ralliement restés à Tahiti seront incarcérés  par Brunot, en mission d’inspection et autoproclamé gouverneur, jusqu’à leur libération par l’amiral d’Argenlieu.

Hommage avenue Pouvanaa a Oopa 

Le 2 septembre 1940, les Établissements français d’Océanie ralliaient la France libre. Du 1er au 15 septembre, dans le cadre des commémorations des 80 ans du ralliement des E.F.O. à la France libre, l’association Mémoire polynésienne pavoisera l’avenue Pouvanaa a Oopa de quelques 30 portraits de Tamari’i Volontaires colorisés. 


Rédigé par Jean-Christophe Shigetomi le Vendredi 28 Août 2020 à 08:00 | Lu 1595 fois






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