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​Plus de 400 matahiapo réunis à Taravao


Des résidents des cinq communes de Terehēamanu étaient conviés (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Des résidents des cinq communes de Terehēamanu étaient conviés (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 1er octobre 2026 – La Journée internationale des personnes âgées a été célébrée ce jeudi à Teaputa, en présence de 400 matahiapo des communes du sud de Tahiti. À l’initiative du Pays, en partenariat avec la commune de Taiarapu-Est, le traditionnel mā’a Tahiti était précédé d’un village avec des animations et des stands d’information. Le parcours de huit anciens a également été mis à l’honneur, l’occasion d’évoquer de précieux souvenirs. Au-delà de cette journée festive, les enjeux en matière d’isolement et de perte d’autonomie demeurent : d’ici 2030, la part des 60 ans et plus devrait représenter 19 % de la population au Fenua.
 

Ce jeudi 1er octobre marquait la Journée internationale des personnes âgées. Créée par l’assemblée générale des Nations Unies, elle est célébrée depuis 1991. “L’ère de la longévité : repenser les systèmes pour vivre plus longtemps”, c’est le thème de cette édition 2026, qui invite à “faire en sorte que les années supplémentaires gagnées se traduisent par une vie saine, productive, digne et équitable pour tous”.
 
“Notre vice-présidente (Minarii Galenon, aussi ministre des Solidarités, NDLR) est attachée à votre bien-être et à votre accompagnement au quotidien”, a indiqué Teiva Shan, son directeur de cabinet, face à 400 matahiapo des communes du sud de Tahiti réunis à Taravao. Concrètement, le dispositif des aidants Feti’i a été revalorisé début 2026. Un projet expérimental a été mené avec la commune de Punaauia pour livrer des repas aux matahiapo isolés ; des améliorations sont prévues avec de nouveaux essais dans d’autres communes. Dans les archipels, le Pays miserait sur le soutien d’initiatives en faveur du développement de centres d’activités de jour, comme à Rangiroa ou Hao. Comme le souligne le rapport d’information sur les personnes âgées en perte d’autonomie de la commission de la santé et des solidarités de l’assemblée de la Polynésie française, il y a urgence : à l’horizon 2030, la part des 60 ans et plus devrait représenter 19 % de la population locale.
 



​Se divertir et s’informer


Ce jeudi, l’ambiance était à la fête au parc Teaputa. Accueil marquisien, mā’a Tahiti et orchestre aux sonorités d’antan, la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE) avait mis les petits plats dans les grands en partenariat avec la commune de Taiarapu-Est. “On organise une grande journée comme celle-ci tous les ans”, rappelle la directrice du service, Ravahere Rauzy. “On essaie de plus en plus d’aller en dehors de la zone urbaine pour lutter contre l’isolement. D’ailleurs, une centaine de repas seront portés à des matahiapo restés à domicile. L’objectif, c'est de les mettre en lumière. Très souvent, on se consacre à la jeunesse, mais il est aussi important de prendre soin de nos matahiapo : ils sont la mémoire, l’expérience et la sagesse”. De bons souvenirs et des perspectives d’avenir partagés par le maire de Taiarapu-Est, Willy Chung Sao, qui a enchaîné les embrassades : “Je reconnais nos matahiapo et ça fait plaisir de les revoir ! Ça fait partie de notre profession de foi, dans les communes associées et les quartiers, de s’occuper plus régulièrement d’eux : c’est notre projet”.
 
Avant de s’attabler, les invités ont participé à des ateliers. La culture, le sport adapté et la détente étaient à l’honneur entre artisanat, peinture, danse, tai chi, jeux de société, rā’au Tahiti et massage. Avec leur matériel coloré, la joyeuse troupe de l’association 3ème dos d’âne après le manguier est allée au devant des anciens pour les divertir grâce aux arts du cirque. “C’est une première pour nous. On a des balles, des foulards, que des choses légères. On a transposé ce qu’on fait avec les élèves de maternelle qui développent leur motricité, quand les personnes âgées ont besoin de la redécouvrir”, expliquent Faahei et Carott’. Des ateliers de prévention et d’information autour de la maladie d’Alzheimer et de l’ergothérapie complétaient ce village.
 
Et les mātuatua ne sont pas repartis les mains vides : un “kit tupuna” a été remis à chacun, composé d’un tee-shirt à l’effigie de la journée, ainsi que d’un panier et d’un éventail tressés par les jeunes du CJA de Rimatara. Un événement similaire se tiendra ce samedi à Fakarava, où 200 personnes âgées sont attendues.
 

Les Trophées du cœur... et des souvenirs

Cette journée était aussi l’occasion de rendre hommage aux anciens. “Merci pour tout ce que vous avez donné dans votre vie, māuruuru maita’i pour tout ce que vous continuez d’apporter à nos familles et à notre Pays. Vous avez travaillé dur, vous avez élevé des enfants, accompagné des mo’otua, soutenu vos proches, fait vivre vos communautés, vos quartiers, vos paroisses, vos écoles et vos communes”, a souligné le représentant de la vice-présidente lors des discours.
 
Le parcours de huit retraités de Taiarapu a été mis à l’honneur à travers les Trophées du cœur : Évelyne Metua-Whitman, enseignante et auteure de chants traditionnels ; Henri Magaut, agent puis élu municipal ; Manea Lovine, fondateur de plusieurs clubs de volley-ball ; Vito Rochette ; Janick Aubineau, professeure et bénévole associative ; Haamoetini Tiapari-Lagarde, maire déléguée de Faaone et ministre de l’Agriculture ; Jean Royol, militaire et directeur d’école de 98 ans ; et enfin, Ruita Lucas, artisane et membre du conseil municipal de Taiarapu-Est pendant plus de vingt ans.
 
“Quand on m’a appelée, j’ai pleuré ! C’est une belle reconnaissance”, nous a-t-elle confié. À 81 ans, cette enfant de Taha’a se souvient du bon vieux temps : “Je suis arrivée à Taravao à 18 ans pour aider ma sœur et mon beau-frère qui tenaient l’hôtel Faratea. J’ai été élue en 1983 en tant que conseillère sous le maire Tutaha Salmon. Sylve Perry était maire délégué. J’ai aussi été adjointe. J'ai surtout œuvré dans le social. J’organisais d’ailleurs le repas des matahiapo ! Je constate avec plaisir que ça continue dans une version améliorée. Ça permet de se voir et de discuter : j’ai retrouvé des amis avec joie ! Mon autre dada, c’est l’artisanat. J’ai fait de grandes expositions à Pape’ete, puis à Taravao pour les mamans qui n’avaient pas les moyens de se déplacer. À cette époque, il y avait encore l’armée : ça marchait bien !”.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 1 Octobre 2026 à 18:23 | Lu 283 fois