Tahiti Infos

​Les nodules polymétalliques, “un non-sens économique et un non-sens environnemental”


Tahiti, le 25 août 2026 - À la veille de son départ à Palau pour le Forum des îles du Pacifique (ce mercredi matin), le président du Pays, Moetai Brotherson, est revenu avec Tahiti Infos sur les grands dossiers qu’il souhaite exposer lors de son déplacement. Protection des océans, exploitation minière sous-marine, tirs chinois dans le Pacifique, Jeux du Pacifique en 2027. Tour d’horizon entre deux délibérations étudiées en conseil des ministres délocalisé mardi à Arue.
 
 
Président, on va parler de tout sauf de l’assemblée parce que je crois qu’on vous a suffisamment interrogé sur la question. J’aimerais qu’on s’arrête sur votre déplacement à Palau demain matin et sur les problématiques que vous allez évoquer au Forum des îles du Pacifique.
“Oui, et elles sont nombreuses. Évidemment, il y a tout ce qui concerne l'océan avec à la fois nos Aires marines protégées (AMP) et les enjeux autour d’elles, leur gestion, leur contrôle. On a déjà conclu avec un collectif d'ONG pour 1,5 milliard de francs, mais ça c'est pour faire des études principalement, pour déterminer les modèles de gestion et les moyens techniques et humains qu'il faut prévoir pour pouvoir faire une gestion effective de ces AMP. Au-delà des trois ans sur lesquels ce premier MOU (memorandum of understanding, NDLR) a été signé pour ces 15 millions de dollars, il faudra les mettre en œuvre. C'est l'objet des discussions que je vais avoir avec un collectif encore plus large d'ONG, à Palau.”
 
Vous n'allez donc pas rencontrer que des chefs d'État de la zone Pacifique ? C'est élargi aussi au privé ?
“Au Forum, il y a toujours un planning avec des rencontres, des plénières, des bilatérales également, des rencontres avec ce qu'on appelle les partenaires du dialogue, c'est-à-dire des pays qui ne sont pas membres du Forum, mais qui sont invités, comme la France, comme la Chine, comme Taïwan, comme les États-Unis. Et puis, il y a toujours des ONG qui sont là ou parfois même des entreprises qui viennent faire un peu de lobbying. À Tonga, je me souviens que l'entreprise de Metal Company était présente et venait faire la publicité des bienfaits de l'exploitation des fonds marins. (sourire)
Au Forum, il y a plusieurs niveaux de rencontres, il y a plusieurs cercles. Et évidemment, en tant que leaders, nous avons accès à tous ces cercles. Donc, premier sujet, les AMP. C'est très important pour nous, puisque l'État, il faut rappeler, dans ses missions régaliennes, a la surveillance de la ZEE et la surveillance des pêches. Mais une AMP, ce n'est pas que ça. Une AMP, il faut pouvoir contrôler exactement l'activité qui est prévue ou qui s’y passe pour pouvoir éventuellement intervenir et faire de la prévention, faire du contrôle. Donc ça va au-delà des seules missions régaliennes de l'État. Je les ai interpellés d'ailleurs. Je pense que les moyens qui existent aujourd'hui ne seront pas suffisants à l'aune de la mise en place de ces AMP dans leurs missions régaliennes. Mais, c'est un autre débat. Nous, de notre côté, dans les compétences du Pays, il faut bien qu'on se donne les moyens, pas simplement sur le budget du Pays, donc sur les deniers publics. Si on peut trouver d'autres sources de financement, c'est mieux pour opérer ces missions de gestion et de contrôle des AMP.”
 
Cette protection des AMP nous conduit immédiatement à la question de l’exploitation des fonds marins qui fait débat dans le Pacifique.
“J'ai saisi à travers deux courriers le chef de l'État. Cette initiative américaine d'aller faire de l'exploitation dans cette poche qu'on appelle la poche du sud de Penrhyn, qui est une zone à la frontière des ZEE polynésiennes de Rarotonga et des Kiribati, est pour nous très préoccupante. Nous avons saisi le chef de l'État, le président Macron, pour avoir la position officielle de l'État concernant cette initiative, puisque, un peu comme Tchernobyl, un peu comme les essais nucléaires à l'époque, la pollution qui sera générée obligatoirement par l'exploitation des fonds marins au fond de l'océan ne connaît pas de frontières. Ça va venir se répandre joyeusement de notre côté dans notre ZEE.”
 
Les représentants des États du Pacifique ne sont pas nécessairement tous d’accord sur cette question d’ailleurs ?
“Non. Il y a à peu près, je dirais, une grosse moitié de pays qui sont contre l'exploitation des fonds marins, dont nous, bien entendu. Et puis il y a l'autre moitié qui a envie de se laisser tenter par le chant des sirènes. En premier chef, on retrouve malheureusement nos voisins les plus proches, les îles Cook, qui ont entamé depuis quatre ans maintenant une démarche assez méthodique. Exploration, évaluation du stock, évaluation de business plan possible et, en dernier, évaluation des dommages environnementaux prévisibles, avant de passer à la phase d'exploitation. Les îles Cook sont un peu en tête de pont sur ce dossier parmi les nations favorables. Il y a également Nauru, qui ne retient pas les leçons de l'histoire. Nous, notre préoccupation est de deux ordres. Il y a d'abord la question de l'exploitation envisagée dans les ZEE. Là, on est dans un sujet de souveraineté. Ce n'est pas moi qui vais aller dire au Premier ministre des îles Cook, ‘ne faites pas d'exploitation des fonds marins dans votre ZEE’. Ensuite, il y a la question de l'exploitation des fonds marins dans les zones internationales. Là, par contre, il faut qu'on arrive à avoir une position commune. C’est un non-sens économique puisqu'aujourd'hui, tous les minerais qui sont présents au fond de l'océan, on les trouve également en surface et que c'est beaucoup moins cher d'aller les chercher sur terre que d'aller chercher à 2 000 ou 2 600 m de fond. Le deuxième élément, c'est que les usages qu'on fait aujourd'hui de ces minerais peuvent être mis en cause du jour au lendemain. Tous les scientifiques s'accordent à dire que si on faisait un meilleur recyclage, il y aurait déjà suffisamment de minerais. Et ces minerais sont aujourd'hui principalement utilisés pour faire des batteries. C’est du green washing. C’est détruire l’océan pour produire une électricité moins polluante. Aujourd’hui, on a des batteries au sel qui sont en train d'être développées, qui sont non-polluantes, faciles à obtenir et ces nouvelles technologies peuvent, du jour au lendemain, rendre obsolète, finalement, tout le business model qu'on construit autour de l'exploitation de ces ressources marines. Pour moi, c'est un non-sens économique et un non-sens environnemental. Je suis issu d'un parti politique qui, historiquement, a lutté contre les essais nucléaires et contre la pollution et les dangers sanitaires que ça fait encore courir aux Polynésiens. Je ne peux pas concevoir, demain, qu'on soit politiquement ceux qui porteraient l'option d'aller détruire l'océan.”
 
Dans les réunions préparatoires au Forum des îles du Pacifique, il avait été question de prendre une position commune sur les tirs chinois. C’est toujours d’actualité ?
“Il y a effectivement dans l'agenda une réunion spéciale des leaders sur ce sujet. Il y aura des discussions dans ce qu'on appelle la retraite des leaders qui intervient complètement à la fin de l'agenda du Forum. Et c'est là qu'on décidera des termes exacts du communiqué. Il faut que tout le monde soit d'accord sur la rédaction à la virgule près. Le président de Palau est porteur d'un projet d'écriture dans ce communiqué qui viendrait marquer notre ferme opposition à ce type d'essai dans notre région. On va nous dire que ça a été fait dans les règles du droit international, c'est vrai. Il y a le droit, mais il y a aussi la morale, il y a les bonnes relations diplomatiques. Je pense que si on veut avoir des bonnes relations avec ses voisins, si petits soient-ils, on évite de leur tirer dessus.”
 
Les Jeux du Pacifique, vous en discuterez sur place avec les délégations ?
“On en discutera, et notamment sur un autre aspect qui a fait l'unanimité lors du précédent Forum aux îles Salomon, c'est celui des addictions et des drogues. Nous voulons des Jeux propres, on veut une société propre et indemne de ces fléaux.”
 
Il y a aussi l'aspect sanitaire. On repense à l’épidémie de Zika qui a suivi l'organisation de la Coupe du monde de beach soccer.
“Il va falloir contrôler ça aussi. Il y a un point d'attention particulier, effectivement, sur ce phénomène. On va avoir à peu près 4 500 invités du Pacifique qui vont venir nous rendre visite. Notre ministre de la Santé est sur le sujet, avec la DBS (Direction de la biosécurité, NDLR) également, pour éviter l'introduction de pestes végétales ou animales nouvelles, ou existantes d'ailleurs. Et nous avons, sur ce dossier spécifique de l'épidémiologie, on va dire, du contrôle de l'épidémiologie aux frontières, le soutien du Comité du Pacifique Sud. C'est un dossier qui est suivi de près. Je ferai une intervention, en tant que leader du pays hôte, pour rappeler à mes collègues, effectivement, de faire en sorte de bien rappeler à leur délégation de respecter toutes les obligations sanitaires. Vaccins, contrôles avant de prendre l'avion. Que tout ça puisse être fait dans les règles.”r tirer dessus

Rédigé par Bertrand PREVOST le Mardi 25 Août 2026 à 19:11 | Lu 495 fois