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​L’affaire de l’homme retrouvé mort ligoté à Mataiea devant la cour d’assises


Tahiti, le 10 juin 2026 - Cinq hommes comparaissent pour violences volontairement ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avec circonstances aggravantes, faits commis en réunion et dans un contexte d’usage et de trafic de stupéfiants en 2023 à Mataiea. La première journée d’audience a été consacrée mercredi à l’examen de la personnalité des accusés.  

Devant la cour d’assises de Papeete, ce mercredi, cinq hommes sont accusés d’avoir participé à la mort d’un homme retrouvé à Mataiea en septembre 2023. Deux des accusés étaient mineurs au moment des faits et sont donc jugés en tant que tels.  

Les faits remontent à la soirée du 24 septembre 2023, dans le secteur de Mataiea, commune de Teva I Uta. Le corps sans vie d’un homme de 33 ans est découvert sur un terrain vague. La victime a les mains et les pieds ligotés, le visage tuméfié et partiellement recouvert d’un “store trouvé dans les poubelles”, selon les éléments du dossier. Une scène jugée particulièrement choquante lors des premières constatations des autorités.  

Selon les éléments du dossier rappelés à l’audience, la victime se serait rendue au domicile d’un vendeur présumé afin d’acheter 10 grammes d’ice. La transaction se serait déroulée dans une voiture de location. La victime aurait tenté de s’enfuir avec le produit stupéfiant sans le payer, déclenchant l’altercation centrale. La victime aurait alors été rattrapée par plusieurs individus. Des coups auraient été portés dans le cadre de cette récupération de stupéfiants. Les constatations médico-légales font état de multiples fractures dont la plus importante au niveau du cou, d’hématomes importants, d’une morsure à la langue et de nombreuses abrasions. L’autopsie a conclu à un décès par asphyxie avec des lésions compatibles avec une strangulation. Les analyses toxicologiques révèlent également la présence d’ice dans l’organisme de la victime au moment du décès. Selon l’accusation, plusieurs protagonistes auraient participé à la maîtrise de la victime après sa tentative de fuite. Une strangulation dite “en guillotine” aurait été pratiquée.    

Un des accusés raconte être allé chercher une corde afin de ligoter les pieds et les mains de la victime, encore en train de se débattre, avant que le corps ne soit dissimulé sous une bâche. Deux des cinq accusés, mineurs au moment des faits, auraient été sollicités pour aller chercher de la corde. Ils expliquent avoir obéi par crainte.  

La présidente a pointé qu'“à aucun moment il n’aurait été envisagé par les auteurs d’appeler les secours”. Dans le dossier, plusieurs éléments évoquent ensuite la récupération du produit stupéfiant à l’origine de la transaction. Le contexte de consommation d’ice est largement évoqué au cours des débats. Cette drogue de synthèse particulièrement addictive, surnommée localement “pas dormir”, est régulièrement citée dans les échanges. Si aucune analyse toxicologique n’a été réalisée sur les accusés, le parquet estime que plusieurs d’entre eux auraient été sous l’emprise d’ice au moment des faits.

​“J’aurais préféré ne jamais toucher à l’ice”


Cette première journée d’audience a été consacrée à la personnalité des cinq accusés, âgés aujourd’hui de 19 à 23 ans. Les profils présentés à la cour oscillent entre parcours familiaux relativement stables et trajectoires plus chaotiques marquées par les addictions et les difficultés sociales. Leur casier judiciaire est vierge, contrairement à la victime qui était connu pour trafic de stupéfiants par les autorités.  

Le premier accusé à être entendu est aujourd’hui âgé de 22 ans. Originaire de Mataiea, il est actuellement en détention, où il fait l’objet de plusieurs procédures disciplinaires pour détention d’objets prohibés, tentative d’introduction de cannabis et possession de stupéfiants. Il affirme toutefois “fumer rarement”. L’enquête de personnalité évoque une enfance jugée stable et affectueuse, avec des proches qui disent ne pas comprendre son passage à l’acte.  

Le second accusé, 23 ans, également originaire de Mataiea, a trouvé un poste rémunéré en cuisine au centre de détention. Son parcours est marqué par une enfance difficile, une mère décrite comme fragile psychologiquement et un fort sentiment d’abandon. Il reconnaît son implication et exprime des regrets à la barre. Avant son incarcération, il travaillait sur un navire de pêche avant de basculer dans le trafic d’ice. Sa famille évoque un jeune homme “récupérable” avec un cadre adapté. À l’époque des faits, il travaillait dans la même blanchisserie qu’un de ses coaccusés.  

Le plus âgé des accusés, 38 ans, est domicilié à Faa’a. Il reconnaît les faits tout comme ses coaccusés. Il est connu pour des violences conjugales sur deux anciennes compagnes. Il aurait repris la consommation et le trafic d’ice en 2023.  

Parmi les deux accusés mineurs, le premier, âgé de 19 ans aujourd’hui, évoque une tentative de suicide et une consommation régulière de cannabis durant sa scolarité. Cousin de deux des coaccusés majeurs, sa mère évoque à la barre un environnement familial marqué par les violences. Elle raconte frapper son fils “avec les mains”. Le second mineur, âgé de 20 ans aujourd’hui, travaille dans le bâtiment. Il explique avoir grandi dans un contexte familial violent et avoir été hospitalisé après des faits de violences paternelles durant son adolescence. Il reconnaît une consommation occasionnelle d’ice, en 2023. Les mineurs auraient été appelé par l’un des accusés pour les aider “en allant chercher de la ficelle”. Ce qu’ils ont fait “par peur de représailles”.  À la barre, l’un déclare : “J’aurais préféré ne jamais toucher à l’ice, ça détruit des vies”. Il affirme avoir subi des pressions de la part de l’un des coaccusés.  

Les deux mineurs apparaissent comme particulièrement livrés à eux-mêmes. La famille de la victime, composée de ses enfants et de plusieurs proches, s’est constituée partie civile, aux côtés de la Caisse de Prévoyance Sociale. Le procès doit durer cinq jours.  Les peines encourues vont jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.   

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 10 Juin 2026 à 20:05 | Lu 335 fois