Tahiti, le 24 août 2026 - Face aux promesses de l’intelligence artificielle, les professionnels du droit doivent aussi apprendre à en maîtriser les risques. À l’UPF, universitaires, avocats et magistrats échangent sur ses usages pendant deux jours.
“L’IA fait des miracles.” On a tous déjà entendu ce genre de phrase. Plus souvent pour nous avoir réalisé une recette de cuisine en 3 secondes ou donnée des idées à propos de “comment s'habiller aujourd'hui”. Mais l’intelligence artificielle pourrait aussi servir dans la justice.
Ce lundi matin, à l’Université de la Polynésie française (UPF), la question n’est plus vraiment de savoir s’il faut utiliser l’IA ou non, mais plutôt comment bien l’utiliser, sans en abuser dans le milieu du droit.
“En tant que juriste, il faut vérifier”, martèle Géraldine Vial, maître de conférences à l’Université de Grenoble, qui enseigne aujourd’hui l’IA juridique dès la deuxième année de droit. Pour cette enseignante, la conférence qu’accueille l’UPF lundi et mardi est justement l’occasion de voir comment les professionnels du tribunal de Papeete utilisent ces nouveaux outils et de partager leurs propres expériences. Car si certains professionnels commencent à s’en servir, d’autres restent encore réticents.
Pendant deux jours, universitaires et professionnels du droit se réunissent pour interroger les transformations causées par l’intelligence artificielle dans les métiers juridiques, la justice, mais aussi l’enseignement et la recherche en droit.
Dans l’auditorium, avocats et magistrats sont installés aux côtés de représentants de la Direction générale des enseignements et de l’éducation, de la Socredo ou encore des services des contributions. Une trentaine de professionnels sont présents. Car l’IA est déjà là. Et avec elle, de nouvelles erreurs auxquelles les professionnels du droit doivent faire face.
“Certaines lois sont totalement inventées par l’IA”, met en garde Géraldine Vial. L’outil peut aussi “inventer des décisions de justice” ou encore des textes qui n’existent tout simplement pas. Alors il faut se méfier surtout dans un domaine où chaque référence compte, le risque peut rapidement devenir problématique.
Les magistrats, “les grands oubliés”
“Les magistrats sont les grands oubliés de cette histoire”, rapporte Géraldine Vial.
Mais pourquoi ? “Parce qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser l’IA”, répond la professeure.
La situation est d’autant plus compliquée que les magistrats doivent parfois vérifier, dans un temps très limité, des documents produits à la dernière minute.
Un magistrat du parquet de Papeete, en a encore effectivement fait l’expérience récemment : “des conclusions m’ont été adressées où, vérification faite, les arrêts référencés n’existaient pas.” Et le problème ne concerne pas seulement quelques lignes. “Nous savons que lorsque l’argumentation est pertinente, trois-quatre pages de démonstration claire suffisent. Contrairement à ce que pourraient penser les justiciables, quand des conclusions ‘fleuves’ de 30 à 50 pages sont fournies aux magistrats, c’est en général mauvais signe : il y a de fortes chances que le rédacteur cherche à noyer le poisson et que, pour cela, il tente de détourner le problème et de semer la confusion dans le flot d’écritures.”
Il est vrai que lorsqu’un avocat produit plusieurs dizaines de pages de conclusions à l’audience sans les avoir communiquées avant, le magistrat peut se retrouver face à un véritable casse-tête.
“Ça engorge la justice”
Alors que les tribunaux doivent déjà faire face à un nombre croissant de procédures, disposer d’outils capables de leur simplifier la tâche devient un enjeu important.
Mais encore faut-il que ces outils soient adaptés et sécurisés. “On cherche à obtenir un outil souverain, verrouillé et sécurisé”, expose Géraldine Vial. “On n’a pas encore aujourd’hui un outil juridique prêt.”
Alors que l’on entend régulièrement que “la justice est lente”, l’intelligence artificielle pourrait paradoxalement contribuer à cette lenteur si les magistrats doivent passer davantage de temps à vérifier les documents qui leur sont soumis.
Pour de nombreux praticiens du droit, une évolution de la procédure est nécessaire. “Il y a besoin d’une évolution de la législation pour que, sur des audiences orales, les pièces soient transmises aux magistrats en amont, pour que le président comme le procureur aient le temps de vérifier. Sinon ça engorge la justice. Il faut faire le tri et on perd du temps”, estime Géraldine Vial. Car le problème, encore une fois, c’est le temps. “Quand on est à l’audience et qu’on nous produit des conclusions qui font 30 pages, on est dans l’incapacité de discerner les fausses preuves”, poursuit-elle.
L’enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut bannir l’IA de la justice mais de trouver le bon équilibre entre l’utilisation de ces nouveaux outils et le contrôle humain indispensable.
À l’université aussi, le message est clair : “On ne veut pas former des machines.” Même si “l’IA fait des miracles”, elle peut aussi inventer des lois, des décisions et des preuves. Et en matière de justice, la règle de toujours vérifier.
“L’IA fait des miracles.” On a tous déjà entendu ce genre de phrase. Plus souvent pour nous avoir réalisé une recette de cuisine en 3 secondes ou donnée des idées à propos de “comment s'habiller aujourd'hui”. Mais l’intelligence artificielle pourrait aussi servir dans la justice.
Ce lundi matin, à l’Université de la Polynésie française (UPF), la question n’est plus vraiment de savoir s’il faut utiliser l’IA ou non, mais plutôt comment bien l’utiliser, sans en abuser dans le milieu du droit.
“En tant que juriste, il faut vérifier”, martèle Géraldine Vial, maître de conférences à l’Université de Grenoble, qui enseigne aujourd’hui l’IA juridique dès la deuxième année de droit. Pour cette enseignante, la conférence qu’accueille l’UPF lundi et mardi est justement l’occasion de voir comment les professionnels du tribunal de Papeete utilisent ces nouveaux outils et de partager leurs propres expériences. Car si certains professionnels commencent à s’en servir, d’autres restent encore réticents.
Pendant deux jours, universitaires et professionnels du droit se réunissent pour interroger les transformations causées par l’intelligence artificielle dans les métiers juridiques, la justice, mais aussi l’enseignement et la recherche en droit.
Dans l’auditorium, avocats et magistrats sont installés aux côtés de représentants de la Direction générale des enseignements et de l’éducation, de la Socredo ou encore des services des contributions. Une trentaine de professionnels sont présents. Car l’IA est déjà là. Et avec elle, de nouvelles erreurs auxquelles les professionnels du droit doivent faire face.
“Certaines lois sont totalement inventées par l’IA”, met en garde Géraldine Vial. L’outil peut aussi “inventer des décisions de justice” ou encore des textes qui n’existent tout simplement pas. Alors il faut se méfier surtout dans un domaine où chaque référence compte, le risque peut rapidement devenir problématique.
Les magistrats, “les grands oubliés”
“Les magistrats sont les grands oubliés de cette histoire”, rapporte Géraldine Vial.
Mais pourquoi ? “Parce qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser l’IA”, répond la professeure.
La situation est d’autant plus compliquée que les magistrats doivent parfois vérifier, dans un temps très limité, des documents produits à la dernière minute.
Un magistrat du parquet de Papeete, en a encore effectivement fait l’expérience récemment : “des conclusions m’ont été adressées où, vérification faite, les arrêts référencés n’existaient pas.” Et le problème ne concerne pas seulement quelques lignes. “Nous savons que lorsque l’argumentation est pertinente, trois-quatre pages de démonstration claire suffisent. Contrairement à ce que pourraient penser les justiciables, quand des conclusions ‘fleuves’ de 30 à 50 pages sont fournies aux magistrats, c’est en général mauvais signe : il y a de fortes chances que le rédacteur cherche à noyer le poisson et que, pour cela, il tente de détourner le problème et de semer la confusion dans le flot d’écritures.”
Il est vrai que lorsqu’un avocat produit plusieurs dizaines de pages de conclusions à l’audience sans les avoir communiquées avant, le magistrat peut se retrouver face à un véritable casse-tête.
“Ça engorge la justice”
Alors que les tribunaux doivent déjà faire face à un nombre croissant de procédures, disposer d’outils capables de leur simplifier la tâche devient un enjeu important.
Mais encore faut-il que ces outils soient adaptés et sécurisés. “On cherche à obtenir un outil souverain, verrouillé et sécurisé”, expose Géraldine Vial. “On n’a pas encore aujourd’hui un outil juridique prêt.”
Alors que l’on entend régulièrement que “la justice est lente”, l’intelligence artificielle pourrait paradoxalement contribuer à cette lenteur si les magistrats doivent passer davantage de temps à vérifier les documents qui leur sont soumis.
Pour de nombreux praticiens du droit, une évolution de la procédure est nécessaire. “Il y a besoin d’une évolution de la législation pour que, sur des audiences orales, les pièces soient transmises aux magistrats en amont, pour que le président comme le procureur aient le temps de vérifier. Sinon ça engorge la justice. Il faut faire le tri et on perd du temps”, estime Géraldine Vial. Car le problème, encore une fois, c’est le temps. “Quand on est à l’audience et qu’on nous produit des conclusions qui font 30 pages, on est dans l’incapacité de discerner les fausses preuves”, poursuit-elle.
L’enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut bannir l’IA de la justice mais de trouver le bon équilibre entre l’utilisation de ces nouveaux outils et le contrôle humain indispensable.
À l’université aussi, le message est clair : “On ne veut pas former des machines.” Même si “l’IA fait des miracles”, elle peut aussi inventer des lois, des décisions et des preuves. Et en matière de justice, la règle de toujours vérifier.
Mardi 25 août
Mardi 25 août, pour la deuxième journée de cette rencontre consacrée à l’IA dans la justice, universitaires et professionnels poursuivront leurs réflexions lors d’ateliers consacrés aux usages de l’intelligence artificielle dans les métiers de la justice, les formations juridiques et la recherche en droit.
Parole à un magistrat du parquet de Papeete : “Il est de bonne justice que le juge ne soit pas trompé par de fausses preuves”
Quels sont les principaux risques liés à l'utilisation de l'IA par les magistrats et les avocats ?
“L'IA peut fabriquer de fausses informations, notamment de faux textes ou de fausses jurisprudences. Même un avocat peut se faire tromper en utilisant ces outils. Il faut donc toujours vérifier ce que l'IA produit.”
Vous avez récemment trouvé des arrêts qui n'existaient pas dans des conclusions. Comment éviter ce type de situations ?
“Il faut être très vigilant et prendre le temps de vérifier les références. Le problème, c'est lorsque des conclusions de plusieurs dizaines de pages sont déposées à l'audience. La loyauté des débats et la justesse de la décision du tribunal sont alors en jeu.”
Faut-il faire évoluer les règles de procédure face à ces nouveaux risques ?
“Nous avons vraiment besoin d'une évolution de la législation, notamment de la procédure pénale pour que les pièces soient transmises aux magistrats en amont, dans un délai permettant des vérifications, y compris donc lors des audiences orales devant le tribunal correctionnel ou la chambre des appels correctionnels. Cela permettrait d'avoir le temps de les examiner et de vérifier les informations qui nous sont soumises. Si elles sont réelles, ces informations devront être prises en compte par le tribunal mais si ce n’est pas le cas, il est essentiel que le tribunal puisse le savoir . Il est de bonne justice que le juge ne soit pas trompé par de fausses preuves ou par de fausses jurisprudences.”
“L'IA peut fabriquer de fausses informations, notamment de faux textes ou de fausses jurisprudences. Même un avocat peut se faire tromper en utilisant ces outils. Il faut donc toujours vérifier ce que l'IA produit.”
Vous avez récemment trouvé des arrêts qui n'existaient pas dans des conclusions. Comment éviter ce type de situations ?
“Il faut être très vigilant et prendre le temps de vérifier les références. Le problème, c'est lorsque des conclusions de plusieurs dizaines de pages sont déposées à l'audience. La loyauté des débats et la justesse de la décision du tribunal sont alors en jeu.”
Faut-il faire évoluer les règles de procédure face à ces nouveaux risques ?
“Nous avons vraiment besoin d'une évolution de la législation, notamment de la procédure pénale pour que les pièces soient transmises aux magistrats en amont, dans un délai permettant des vérifications, y compris donc lors des audiences orales devant le tribunal correctionnel ou la chambre des appels correctionnels. Cela permettrait d'avoir le temps de les examiner et de vérifier les informations qui nous sont soumises. Si elles sont réelles, ces informations devront être prises en compte par le tribunal mais si ce n’est pas le cas, il est essentiel que le tribunal puisse le savoir . Il est de bonne justice que le juge ne soit pas trompé par de fausses preuves ou par de fausses jurisprudences.”































