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​Fritch sonne le réveil du Tapura


Tahiti, le 2 décembre 2021 – Le Tapura a réuni 400 de ses cadres et de ses élus mercredi soir en congrès pour lancer la campagne des législatives, après que le parti a adoubé la veille son trio de candidats. “Je trouve que le Tapura huiraatira est un peu endormi. On est dans un état un peu comateux”, a critiqué Édouard Fritch en invitant ses militants à retourner “bosser” sur le terrain.
 
En politique, il est peu prudent de s’endormir sur ses lauriers. C’est en substance le message longuement délivré par le leader du Tapura huiraatira aux cadres de son parti, mercredi soir, en “mini congrès” à Punaauia. Présidents de fédération, militants, élus municipaux et de l’assemblée, ministres du gouvernement, 400 membres du parti rouge et blanc étaient rassemblés au fare amuira’a de Matatia.  

Pour les lauriers, un bref rappel des dernières victoires électorales que le Tapura affiche au compteur depuis les législatives de 2017 a été fait en préambule, par le sénateur Teva Rohfritsch. En juin de cette année-là, le parti était arrivé en tête sur deux des trois circonscriptions de Polynésie avec 55 280 électeurs en faveur de ses candidats. Un succès dans les urnes confirmé l’année suivant, aux élections territoriales de 2018, avec 66 790 électeurs pour les listes Tapura au second tour avec à la clé 38 représentants sur les 57 de l’assemblée. Succès reproduit lors des élections communales de 2020, avec 67 156 voix en faveur des candidats locaux encartés au parti rouge et blanc et 39 des 48 communes polynésiennes aujourd’hui tenues par des élus Tapura.

De nouvelles échéances approchent, avec la présidentielle d’avril 2022, les législatives de juin et la grand-messe des territoriales, en avril 2023. Emmanuel Macron n’a pas encore présenté sa candidature pour la présidentielle, mais déjà, les militants Tapura ont le mot d’ordre de le soutenir. Pour les élections législatives, trois candidats du Tapura ont été adoubés par le conseil politique du  parti mardi soir. A noter que pour ces élections, le comité d’investiture a dû sélectionner ce trio parmi huit candidatures déposées : Virginie Bruant, Alice Tinorua et Nicole Bouteau sur la première circonscription ; Tepuaraurii Teriitahi et Antonio Perez, sur la deuxième ; et Moihara Tupana, Luc Faatau et Tuterai Tumahai, sur la troisième. Mercredi, la validation des investitures de Nicole Bouteau sur la première circonscription, Tepuaraurii Teriitahi sur la seconde et Tuterai Tumahai sur le troisième a été validée “par acclamation”, de même d’ailleurs que la réélection d’Édouard Fritch à la présidence du parti jusqu’en 2024.
 
“Labourer le terrain”
 
Mais l’enjeu du congrès de Punaauia était surtout de sonner le réveil des troupes à cinq mois de l’élection présidentielle française, sept des législatives et 18 des territoriales de 2023. “Il faut bosser. Je ne vois pas d’autres solutions”, a exhorté Édouard Fritch. “Et bosser en politique, c’est labourer le terrain. Organiser son maillage avec les relais politiques, nos comités, nos fédérations. Nous devons créer ce réseau pour qu’il fonctionne au moment où nous auront envie d’enclencher cette machine qui va nous faire gagner.” Une évidence, martelée au passage : “Nous sommes un parti politique. Un parti politique pris au sérieux est une machine à gagner les élections.” Mais aussi un constat sévère dressé par le leader politique : “Je trouve que le Tapura huiraatira est un peu endormi. On est dans un état un peu comateux”, a-t-il critiqué.

Pour le terrain, Édouard Fritch a aussi beaucoup insisté sur les valeurs de discipline, de loyauté, de travail et d’humilité que devait incarner le parti aux yeux des électeurs. Trois vertus qui ont une résonnance toute particulière, après “la crise politique” traversée par le gouvernement et le parti, ces dernières semaines avec la déchéance de la vice-présidence de Tearii Alpha face à son refus de se faire vacciner et la démission de la ministre du Travail et du Tourisme, Nicole Bouteau, froissée par la posture politique du désormais ministre, à contre-courant du reste du gouvernement sur la question vaccinale. “Je ne veux pas qu’il y ait la pagaille. Il nous faut faire cet effort d’appliquer ce qu’on a décidé. Et pour moi, il n’y a pas d’exception. Car toute exception traduit un intérêt personnel. Pas l’intérêt du parti”, a claironné Édouard Fritch alors qu’au fond de la salle, Tearii Alpha pianotait sur son téléphone l’air désintéressé.

Un long chapitre a aussi été consacré au message d’honnêteté à prêcher sur le terrain. Une nécessité, selon lui, histoire de redorer l’image des politiques, écornée avec la publication du dernier baromètre global de la corruption, mi-novembre par l’organisation non-gouvernementale Transparency international. L’enquête donne une indication de la perception qu’ont les Polynésiens de leurs hommes politiques. Pour 44% des personnes interrogées le gouvernement est corrompu, les représentants de l’Assemblée pour 40% ou encore les tāvana pour 34%. “La suspicion est toujours présente, au moment où nous parlons encore de condamnations d’hommes politiques”, a constaté le président du Tapura. Et il le reconnait : “Je fais partie de ceux-là”. Mais il minimise, pour avoir été condamné “au nom de celui que j’ai servi pendant toutes ces années.

“Défendez-nous !”
 
Le fait est qu’Édouard Fritch est encore empêtré dans l’affaire de la citerne de Erima, pour détournement de fonds publics. Son pourvoi en cassation est en attente de décision. Depuis décembre 2020, il est sous le coup d’un arrêt d’appel le condamnant à un million de Fcfp d'amende assorti de l’obligation de rembourser, solidairement avec Gaston Flosse, plus de 80 millions de Fcfp à la commune de Pirae. Mais pour conjurer cette perception, l’appel est lancé aux militants : “même sur ce sujet, n’ayez pas peur : Il n’y a pas d’affaire politico-judiciaire avec le Tapura huiraatira depuis 2014”, a-t-il assuré. “Défendez-nous ! Défendez-vous ! Il faut le dire !
Un message étonnant, assorti d’une situation cocasse mercredi lorsque les prières de début et de fin du congrès ont été dites par l’ancien maire de Papara. Putai Taae, dont la cour d’appel a confirmé le mois dernier la peine à 18 mois de sursis, 2 millions de Fcfp d'amende et 2 ans d'inéligibilité pour recel d'abus de confiance dans l'affaire de l'association Taatira ia ora Papara, alors qu’il était tāvana. La réalité à la vie dure.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 2 Décembre 2021 à 14:47 | Lu 2157 fois