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​“Les cargos, un lien important entre Papeete et les îles”


Tahiti le 14 avril 2026 - La vie au Tuamotu n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Certains de ces atolls dépendent beaucoup des caboteurs, notamment pour leur fret. “Il y a un peu de tout, du carburant, de l'essence, du gazole, des matériaux de construction comme les palettes de ciment. Ensuite, il y a tout ce qui est lié à l'alimentation.” Le capitaine du Maris Stella, Heimana Salem, dont la famille transporte le fret depuis quatre générations, est “fier” et rappelle que les “cargos sont le lien important entre Papeete et les îles”.

Le Maris Stella est l’un des caboteurs qui dessert plusieurs atolls des Tuamotu. Le navire a d’ailleurs quitté Papeete le 4 avril dernier et a desservi Makatea, Mataiva puis Tikehau “à l’aller pour déposer la barge de la commune”, précise le capitaine Heimana Salem. Cap ensuite sur Rangiroa, Aratika, Kauehi, Raraka, Fakarava, Niau, Apataki, Arutua, Kaukura, Takaroa, Takapoto, Ahe et Manihi pour terminer cette tournée par Tikehau “pour débarquer les affaires (…). C'est un des moyens pour que les habitants des ces atolls puissent récupérer leurs affaires”, précise Heimana Salem.

Rien qu’à Tikehau, pas moins de 100 tonnes de fret ont été débarquées ce mardi matin. “Il y a un peu de tout, du carburant, de l'essence, du gazole, des matériaux de construction comme les palettes de ciment. Ensuite, il y a tout ce qui est lié à l'alimentation”, précise le capitaine.

En ce qui concerne les produits frais comme les légumes ou encore les fruits, le Maris Stella fait comme beaucoup d’autres cargos “des ventes à l’aventure” et Tikehau étant le dernier atoll desservi, il a été quelque peu lésé. “C’est un souci et les dernières îles sont pénalisées parce qu'on n'a presque plus rien”, précise le capitaine.

Le Maris Stella ne dessert pas que les atolls des Tuamotu, il se rend également aux Marquises, aux îles Sous-le-Vent ou encore aux Australes. “Les cargos qui desservent ces îles-là, c'est un lien important entre Papeete et les îles”.

“Maintenant, on est privilégié, on a beaucoup plus de bateaux”

Rauana, employée de Tikehau Paradise, était également présente au quai ce mardi matin pour récupérer “tout ce qui est congelé et tout ce qui est important pour la pension. Et après, quand c'est fini, on va prendre notre bateau pour rentrer sur le motu où se trouve Tikehau Paradise qui est à quelques kilomètres du quai”. Cette dernière précise que faire venir du fret par bateau “revient toujours moins cher que de le faire venir par avion”.

Anatole vit lui aussi sur un motu, appelé “le village des pêcheurs” situé pas très loin de la passe. Il est venu au quai pour récupérer ses affaires. “Ce bateau, on ne sait jamais quand est-ce qu’il arrive. Et le souci, c’est que dès qu’il arrive, il débarque toutes les affaires et n’attend pas les personnes à qui appartiennent le fret. Alors il faut se dépêcher pour venir récupérer tes affaires.”

Ce dernier reconnaît tout de même que ces cargos sont d’une grande aide pour les habitants des atolls. “On ne peut pas faire autrement. Heureusement qu’il y a ces moyens de transport pour qu’on puisse acheminer nos affaires jusqu’ici et nous, aux Tuamotu, nous sommes très contents.”

Marie-Josée Huri épouse Buillard qui, après avoir pris sa retraite, a décidé de revenir chez elle, était aussi au quai car elle avait des affaires à mettre sur le cargo. “Heureusement que maintenant, on est privilégié, on a beaucoup plus de bateaux qui viennent à Tikehau, parce qu'à un moment donné, on était en pénurie dans les magasins, on n'avait plus rien, même pas de riz, même pas de pua’atoro, vraiment les trucs de base”.

Elle rappelle que dans peu de temps, ils auront un tout nouveau cargo qui “va nous sauver, on aura un bateau toutes les semaines parce que sinon, la vie ici, ce n'est quand même pas évident”. Marie-Josée raconte même que parfois, ils sont en rupture de bonbonnes d’eau, “sachant qu'ici, on ne peut pas boire l'eau, sauf ceux qui ont grandi ici, mais pour nous, c'est difficile”. Mais elle prend tout de même la vie du bon côté. “On fait avec, on s'habitue, tu vas au magasin, s’il y en a, eh bien tant mieux, et s’il n'y en a pas, tant pis et tu fais avec. Il n'y a pas de grande enseigne ici où tu prends la voiture, tu changes de magasin… Ici, on n'a pas trop le choix, on vit comme ça, simplement.”

Marie-Josée Huri épouse Buillard “En quinze jours, si on n'a pas de bateau, c'est la panique”

“On n'a pas trop à se plaindre par rapport aux îles beaucoup plus éloignées que nous, ils ont peut-être un bateau par mois. Franchement, je ne sais pas comment ils font. Nous, en quinze jours, si on n'a pas de bateau, c'est la panique. Le bateau arrive, c'est la razzia dans les magasins, tu arrives, tu fais la queue (…). C’est un coût de faire venir ton fret par avion, mais des fois, tu n'as pas le choix, surtout que moi j'ai une structure de Airbnb, donc tout ce qui est légumes, on est obligé de faire venir. Et donc heureusement qu'il y a tous ces bateaux qui passent par chez nous. J'ai pris l'habitude, ça fait quatre ans que je suis revenue ici. On a la qualité de vie ici, c'est ce qui prime, du moins pour moi, c'est vraiment cool la vie, pas de circulation, pas de stress ! Je ne me plains pas trop, moi qui ai vécu 40 ans à Tahiti, après ma retraite, j'ai voulu revenir dans mon île. Aujourd'hui, je fais l'aller-retour, pour raison de santé, on est obligé. Mais à Tahiti, je reste maximum une semaine, après j'ai hâte de revenir. À part ça, je crois que je vais mourir ici.”

Heimana Salem, capitaine du Maris Stella “Je suis la quatrième génération à faire ce métier-là”

“C'est mon métier de commander un navire pour le ravitaillement de ces îles. Et pour moi, c'est surtout une fierté parce qu'en plus, la compagnie appartient à la famille. Je ne suis pas la première génération, je suis la quatrième génération à faire ce métier-là. C'est vraiment une grande fierté pour toute la famille (…). Du coup, même les personnes dans les îles éloignées deviennent aussi, en fin de compte, un peu ma famille.

Le prochain départ est prévu le 21 avril et pour toucher Tikehau, il me faut 8 à 9 jours. Le seul souci que j'ai avec mon navire, c'est quand je pars de Papeete, je ne peux pas franchir la passe de Tikehau parce que mon tirant d’eau est énorme, et si je venais à franchir la passe, je m'échouerais juste là au milieu de la passe, donc c'est compliqué et c’est pour cela qu’on fait Tikehau en dernier.”

Anatole “Quand je suis revenu pour ma retraite, cela a été plutôt facile”

“ Je suis de Raiatea mais j’ai grandi ici avec mes parents puis j’ai travaillé à Tahiti et lorsque j’ai pris ma retraire, je suis revenu à Tikehau pour garder mon papa qui est d’ailleurs le dernier pêcheur de Tikehau, en tout cas de sa génération. Je ne l’ai pas remplacé dans la pêche car j’ai travaillé pendant 37 ans puis j’ai pris ma retraite, donc je pense que cela est suffisant. Je fais quelques travaux encore car il ne faut pas non plus se laisser aller. Quand je suis revenu, cela a été plutôt facile pour moi car je connaissais déjà la vie à Tikehau puisque j’y ai grandi. Et j’aime bien ma vie ici car lorsqu’on prend de l’âge, on a besoin de tranquillité alors que lorsque tu es jeune, tu ne tiens pas et tu commences à aller voir un peu ailleurs.”         

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 14 Avril 2026 à 18:59 | Lu 630 fois