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​“C’est la population qui subit”


Croisements périlleux sur la déviation du plateau de Taravao (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Croisements périlleux sur la déviation du plateau de Taravao (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 26 janvier 2026 - Cinquième jour de galère pour les usagers de la Dorsale de Afaahiti, paralysée dans l’attente des travaux de sécurisation du talus. Excédés par la situation, plusieurs d’entre eux témoignent des contraintes qui pèsent sur leur quotidien personnel et professionnel, pointant du doigt une déviation “plus dangereuse” via le plateau de Taravao et un manque d’informations tangibles. Ils plaident en faveur de la réouverture de la route en dehors des horaires du chantier, qui n’avait pas encore débuté ce lundi.
 

La colère gronde sur la Dorsale de Afaahiti. Restreints dans leurs déplacements depuis mercredi soir – pour raisons de sécurité suite à la chute d’un arbre ayant entraîné la fragilisation du talus –, des centaines d’habitants et de professionnels font face à des contraintes pesantes en passant par la déviation du plateau de Taravao. Une alternative qui a le mérite d’exister, mais qui est loin d’être idéale. “Vous avez vu comment est la route de l’autre côté ?”, nous interpelle Teiva au volant de sa citadine. “Ça fait plus de 30 ans qu’on habite ici et qu’on attend que l’entretien soit assuré de façon plus régulière. Il fallait couper tous ces arbres bien avant : aujourd’hui, ils sont énormes !”, poursuit-il, dénonçant au passage un manque d’entretien public comme privé le long de cette route territoriale. “Maintenant, c’est la population qui subit. Je suis vraiment énervée ! On nous prend pour des imbéciles. L’arrêté du maire n’est même pas affiché”, renchérit Moea, voisine immédiate du barrage.
 


​“On flingue nos voitures !”


Résidente du quartier de Maraeapai, Régine est tout aussi remontée : “C’est catastrophique. Il faut reboucher tous les trous : on flingue nos voitures ! Et il faut réouvrir au plus vite”. Ce sentiment d’urgence contraste avec l’absence de travaux, dont la date de démarrage n’a pas encore été annoncée .
 
“Dans le flou”, Rose-Marie partage ses inquiétudes en tant que retraitée. “La déviation, ce n’est pas une solution. Ça pose des problèmes de sécurité. En cas de problème de santé, en combien de temps vont intervenir les secours ? Personnellement, j’ai une petite voiture et je ne suis descendue qu’une seule fois depuis que la route est fermée pour éviter d’emprunter la déviation qui me fait peur : elle est plus dangereuse que la route fermée ! C’est boueux et on ne voit pas les autres voitures arriver. Ça donne lieu a des manœuvres compliquées et tout ce flux va accentuer la dégradation des conditions de circulation”, remarque-t-elle.
 
Les usagers doivent en effet composer avec une route étroite aux bas-côtés parfois cassés, labourés ou absents, cette même route touristique qui mène au belvédère de Taravao. Le gyrobroyeur de la commune de Taiarapu-Est tournait encore à plein régime ce lundi pour défricher et élargir le passage, là où la configuration le permet.
 
Malgré cet effort, les difficultés demeurent. Grand exploitant agricole sur le plateau de Afaahiti où il réside depuis 25 ans, Nelson Van Kam interpelle la commune de Taiarapu-Est et le ministère des Grands travaux et de l’Équipement. “Côté Afaahiti, il y a 200 mètres de route dangereuse, alors que côté Taravao, c’est 2 kilomètres de danger. Tout le monde n’a pas les moyens d’acheter un 4x4 ! Il faut agir dès maintenant avant qu’il y ait un accident. Samedi après-midi, un arbre est tombé sur la route du belvédère. On a appelé les pompiers qui sont venus tronçonner et nous étions plusieurs habitants pour libérer la circulation”, illustre-t-il. Certains habitants n’ont pas de moyen de locomotion, comme Steeve, qui continue de monter et descendre à pied avec son carton de courses à bout de bras. “Je n’ai pas vraiment le choix : je ne peux pas passer par l’autre côté”, admet-il.
 


​Des impacts personnels et professionnels


Pour Anaïs, salariée et mère de deux enfants, le quotidien est devenu un véritable casse-tête, source de stress et d’angoisse : “Habituellement, on met sept minutes pour rejoindre l’école. Là, on est obligé de lever nos enfants 30 minutes plus tôt pour quitter à 6 h 15. Demain (mardi, NDLR), on va devoir partir encore plus tôt avec mon mari par rapport à nos travails respectifs. On a dû tout réorganiser pour les activités sportives du soir en faisant des stops dans la famille pour éviter de faire une heure de route aller-retour. On croise des camions-conteneurs avec nos enfants à l’arrière : c’est dangereux et ça fait peur ! Et pendant ce temps, il n’y a pas de travaux et pas d’information.”
 
Pour Vaea et Nui, prothésiste ongulaire et coiffeur-barbier, c’est la double peine : le couple de jeunes entrepreneurs est impacté personnellement et professionnellement. “Dans ces conditions, la plupart de nos clients renoncent à monter, et je les comprends ! Moi-même, j’ai une petite voiture et je limite mes trajets, car c’est vraiment un calvaire. Au lieu de cinq clientes par jour, je n’en ai qu’une ou deux. Mon chéri, qui vient de se lancer ici, perd de la nouvelle clientèle. On ne sait pas comment s’organiser, vu qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer”, confie Vaea, désemparée.
 
Toutes les personnes interrogées s’accordent sur une doléance : la réouverture de la route en alternance ou en dehors des horaires de chantier pour soulager les habitants entre la fin d’après-midi et le début de matinée. En attendant d’être fixés sur leur sort, certains riverains de la Dorsale misent sur la solidarité et le covoiturage, d’autres songent à monter une association ou un collectif pour faire entendre leurs voix. Ces derniers jours, des scooters, des voitures et des véhicules de livraison ont bravé l’interdiction. Depuis 11 heures, ce lundi, le barrage a été renforcé par des agents de la Direction de l’équipement.
 



Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Lundi 26 Janvier 2026 à 17:49 | Lu 804 fois