Tahiti Infos

Wellington applaudit la décision française de restituer ses têtes Maori

WELLINGTON, 5 mai 2010 (Flash d'Océanie) – Le gouvernement néo-zélandais a rapidement réagi, mercredi, à l’adoption mardi (heure de Paris) par l’Assemblée Nationale française d’un texte qui scelle désormais définitivement le processus de restitution à la Nouvelle-Zélande de têtes Maori momifiées, jusqu’ici détenues par plusieurs établissements culturels français.


Wellington applaudit la décision française de restituer ses têtes Maori
Dès jeudi dernier, les députés français avaient clairement fait connaître leur intention de voter cette proposition de loi, tous bords confondus et sans amendement.
Le vote de mardi a donné 437 voix pour et huit contre.
En réaction, Christopher Finlayson, ministre des arts, de la culture et du patrimoine et Pita Sharples, ministre des affaires maori, ont immédiatement réagi mercredi par voie de communiqué, dans lequel ils applaudissent cette décision concernant les « Toi Moko ».
« Depuis 2003, les autorités néo-zélandaises ont suivi une politique visant à faciliter le rapatriement des Toi Moko et des « koiwi tangata Māori » (les restes d’ancêtres Maori) se trouvant dans les musées à travers le monde.
Les Toi moko et les koiwi tangata de certaines collections de musées d’objets océaniens datant du dix neuvième siècle.
À ce jour, quelque trente neuf institutions à travers le monde ont collaboré dans le cadre de rapatriements similaires », rappellent les deux ministres.
Au plan mondial, sur un total d’environ cinq cent têtes Maori « expatriées » à travers le monde, près de trois cent ont déjà été rapatriées en Nouvelle-Zélande, notamment du Royaume-Uni et des États-Unis.
« Cette décision de la part du Parlement français reconnaît l’importance culturelle et spirituelle qu’attache la Nouvelle-Zélande, et en particulier le peuple Maori, de ramener les Toi Moko chez eux, sur leurs terres ancestrales.
La Nouvelle-Zélande apprécie ce geste », souligne M. Finlayson.
C’est une question de grande importance pour les Maori, qui croient que, à travers ce retour de leurs ancêtres sur leur sol ancestral, leur dignité s’en trouve rétablie, et que désormais, ils peuvent reposer en paix parmi les leurs », a ajouté M. Sharples.
Le processus devrait rapidement être enclenché entre établissements muséologiques français et le Musée Te Papa de Nouvelle-Zélande, créé en 1999 et qui a été particulièrement actif, ces dix dernières années, dans ce processus de rapatriement et les demandes qui lui sont associées.
Le Musée Te Papa de Wellington estime à « entre douze et vingt » le nombre de têtes Maori actuellement sur le sol français.
Ce musée devrait ensuite, à titre provisoire, conserver ces têtes, tout en lançant dans l’intérim des consultations avec tous les clans Maori concernés, avec pour objectif ultime la localisation de l’endroit d’origine de chaque crâne et l’organisation ultérieure de cérémonies d’inhumation.
Les établissements français concernés sont notamment Le Musée du Quai Branly (huit têtes), mais aussi des Musées et centres de recherche universitaire spécialisés dans l’art africain et océanien, à Nantes, La Rochelle, Rochefort, Dunkerque, Rouen, Lille, Marseille, Lyon Montpellier).
Ce dossier avait suscité une vive polémique ces trois dernières années, avec en fer de lance, du côté des partisans de cette restitution, la ville de Rouen et son Muséum d’Histoire Naturelle hébergeant une de ces têtes.
En octobre 2007, une polémique s’était fait jour après que Christine Albanel, alors ministre de la culture, se soit opposée à l’intention exprimée par Rouen.

Le Sénat, première étape franchie l’an dernier

Fin juin 2009, le Sénat français s’était prononcé unanimement en faveur d’une motion proposant le retour et de fait la restitution de l’ensemble des têtes momifiées Maori, conservées jusqu’ici dans plusieurs musées de France, sur la base qu’il ne s’agissait non pas d’objets d’arts, mais de restes humains.
La mise aux voix de ce texte avait été précédée de la première intervention devant le Sénat du ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand, tout juste nommé quelques jours auparavant.
La ville de Rouen s’apprêtait alors à renvoyer la tête d’un grand chef Maori, qu’elle détenait depuis 1875, au musée néo-zélandais Te Papa.
Cette notion avait, l’an dernier, suscité l’opposition de la ministre de la Culture Christine Albanel, sur la base de craintes selon lesquelles cette décision pourrait ouvrir une sorte de boîte de Pandore.
À l’époque, Christine Albanel s’inquiétait en effet d’une remise à l’ordre du jour d’une procédure visant à rendre obsolète la notion d’ « inaliénabilité » des collections des musées français, qui pourrait alors, de fait, concerner des pièces-clés des collections de musées français, comme par exemple des momies égyptiennes.
À l’origine du texte présenté aux députés : la Sénatrice (Centre) de la Seine-Maritime et conseillère municipale de la ville de Rouen, Catherine Morin-Dessailly.
Début avril 2010, cette élue a été auditionnée par Colette Le Moal, députée, rapporteur à l'Assemblée Nationale, concernant justement cette proposition de loi autorisant la restitution des têtes maories à la Nouvelle-Zélande.
L’une de ces têtes se trouve au Musée de Rouen.
« Après des années d’attente, elles seront enfin inhumées dans le respect des traditions du peuple maori qui a toujours lutté face aux menaces pesant sur sa survie identitaire et culturelle », précisait au début du mois la Sénatrice.
Ces têtes de personnes tatouées et ensuite momifiées (connues en Nouvelle-Zélande sous le nom de « toi moko « ) sont reconnues dans la culture Maori comme un hommage posthume de la part d’une tribu ou d’un clan envers les plus prestigieux de leurs guerriers décédés.
« À l'origine pratique rituelle (…) la momification des têtes est devenue, sous l'effet de la curiosité macabre des voyageurs et des collectionneurs européens, l'objet d'un commerce particulièrement barbare (…) On ne construit pas une culture sur un trafic, sur un crime.
On construit une culture sur le respect et l'échange, sur une véritable pratique de la mémoire », avait affirmé M. Mitterrand avant le vote des Sénateurs, le 30 juin 2009.

Les reliques océaniennes ont la bougeotte

Au début du mois d’avril 2010, par ailleurs, ce sont d’autres têtes, cette fois-ci aborigènes d’Australie, qui semblaient obtenir les faveurs du Prince britannique William.
Ce dernier s’est en effet déclaré solidaire des clans aborigènes qui réclament la restitution des restes d’un chef aborigène, Pemulwuy qui, dirigeant d’un mouvement de résistance à la puissance coloniale britannique, avait été arrêté et décapité en 1802, sur ordre du gouverneur britannique de ce qui était alors une colonie pénitentiaire, Philip King.
Sa tête avait ensuite été emmenée à Londres, pour l’exemple.
Mais son emplacement exact semble voir été de plus en plus difficile à établir, au moins depuis le début du vingtième siècle
Lors de son récent voyage officiel en Australie, en janvier 2010, le Prince avait rencontré les tribus descendantes de ce chef, dans la banlieue de Redfern (Sydney), qui leur avaient présenté une pétition demandant le retour de ces reliques.
Cet engagement a été confirmé au début du mois par un courrier très officiel émanant de du Palais de Buckingham.
Le prince, par le truchement de son secrétaire particulier, déclare dans cette missive vouloir « faire tout ce qui est en son pouvoir pour enquêter sur les circonstances de la disparition du crâne de Pemulwuy », dont le surnom a été, de son vivant et depuis son exécution, le « Rainbow Warrior » (Guerrier Arc-en-Ciel).

Le Moai pascuan, lui, ne bougera pas

Début avril 2010, également, le gouvernement du Chili, pays de tutelle de l’île de Pâques (Rapa Nui), sonnait le glas d’un projet de voyage, à des fins d’exposition du 26 avril au 9 mai, l’une des statues monumentales « Moai » de cette île, dans le jardin des Tuileries, en plein cœur de Paris.
Les Pascuans avaient été consultés le mois dernier à ce sujet et pas moins de 89 pour cent des personnes interrogées ont opposé leur refus à cette exposition parisienne d’un de leurs objets emblématiques qui était soutenue par deux fondations mécènes (l’italienne Mare Nostrum et la française Louis-Vuitton).
L’exposition de ce Moai de cinq mètres de haut et de treize tonnes était censée entrer dans le cadre d’un vaste projet de sensibilisation des populations européennes à l’importance de la préservation de l’environnement.
Le gouvernement chilien, dont les relations avec les Pascuans ont été particulièrement tendues depuis l’an dernier, avec en toile de fonds une volonté exprimée par les autorités locales de mettre un frein à un tourisme de masse et une immigration chilienne accusés de corrompre les valeurs culturelles, devrait rendre un arbitrage final sur le voyage du Moai dans les jours à venir.

Polynésie française : le retour du « Mana »

L’année dernière a été également riche en voyages d’œuvres océaniennes, dans tous les sens : mi-2009, aux États-Unis, le Seattle Art Museum a restitué une pierre cérémoniale rituelle aborigène, un « tjuringa », au National Museum d’Australie.
En Polynésie française, à peu près à la même période, la communauté culturelle et muséologique était aussi en émoi après le retour au « fenua » de dix statues d’idoles, des « Tiki », originaires des îles Gambier, et qui se trouvaient en France métropolitaine depuis presque cent cinquante ans.
Ce retour a été possible dans le cadre d’une exposition itinérante, baptisée « Mangareva » et organisée en partenariat avec le musée du Quai Branly, mais aussi les musées de Cahors, La Rochelle et du Vatican, qui ont tous prêté des pièces longtemps exilées.
Seuls le British Museum de Londres et le Metropolitan Museum of Art de New York n’ont pas consenti à se défaire momentanément de leurs Tikis polynésiens, ont précisé les organisateurs.
Ce retour en terre d’origine avait été marquée par une cérémonie coutumière solennelle et des danses traditionnelles, devant le site du Musée qui a ensuite abrité, jusqu’à fin septembre 2009, l’étape polynésienne de cette exposition.
À cette occasion, les spécialistes ont estimé que l’endroit avait retrouvé un « mana » (esprit sacré) du fait du retour de ces objets spirituels.

Rédigé par pad le Mardi 4 Mai 2010 à 15:34 | Lu 1679 fois