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Viti attaque à son tour


Tahiti, le 31 octobre 2022 – L'opérateur internet et téléphonique Viti a dégainé à son tour lundi matin deux recours contre le refus du gouvernement d'autoriser la "portabilité" des numéros de téléphone mobile en Polynésie française et contre les tarifs jugés "prohibitifs" et même "prédateurs" d'Onati sur ses offres fibre.
 
On l'entendait moins dans la guerre commerciale et juridique que se livrent Vini et Vodafone ces derniers mois, mais l'opérateur internet et de téléphonie mobile Viti s'est exprimé à son tour lundi matin lors d'une conférence de presse destinée à annoncer deux offensives juridiques sur le marché polynésien des télécommunications.
 
La bataille de la portabilité
 
Dernier arrivé dans le secteur de la téléphonie mobile en 2018, Viti s'est lancé dans la bataille de la "portabilité des numéros de mobile". Concrètement, il s'agit de la possibilité de changer d'opérateur sans changer de numéro de portable. En Polynésie, les numéro Vini débutent par 87, ceux de Vodafone par 89 et ceux de Viti par 88. Mais en France métropolitaine, par exemple, les numéros peuvent être conservés par les abonnés même s'ils changent d'opérateur. Un élément reconnu comme "décisif dans la libre concurrence" par la Commission européenne et imposé en France hexagonale par une loi de 2002.
 
En Polynésie française, Vodafone s'était lancée un temps dans cette bataille, avant de devoir se résoudre à investir massivement dans le marketing autour de son numéro en "89" pour inciter ses abonnés à changer de numéro et d'opérateur. Pourtant en 2013, le gouvernement polynésien avait fait la moitié du chemin. Il avait voté une loi du pays permettant la portabilité… mais sans jamais voter depuis les arrêtés d'application pour la mettre en œuvre. "On a constaté qu'après des années de négociations avec le gouvernement, on n'y arrivait pas", explique le directeur général de Viti, Bernard Foray. "Donc on a déposé un recours devant le tribunal administratif pour enjoindre la Polynésie française à publier des arrêtés d'application pour mettre en place une solution d'ici un an."
 
Chère fibre
 
Le second recours de Viti concerne le coût de location de la fibre optique par la maison mère de Vini -Onati- et fait écho à la récente conférence de presse de Vodafone et de l'association de consommateurs Te Tia Ara sur le coût de l'abonnement fixe imposé par Onati pour chaque abonnement fibre. "Nous ne sommes pas exactement sur le même angle d'attaque", explique Bernard Foray. "Dans le contrat que l'on a avec Onati, on a toute une pyramide de coûts qui s'appliquent à nous. Sur certains coûts, on a gagné des batailles juridiques, sur les liaisons louées ou la liaison internationale par exemple, mais il nous reste encore les coûts de location de la fibre optique." Et le directeur de Viti d'expliquer que "lorsque l'abonné paye un coût de location de ligne, l'opérateur paye aussi un coût de location pour la même ligne". Une sorte de "droit de passage" facturé près de 3 000 Fcfp (hors taxe) par Onati. "On n'a jamais réussi à avoir le détail de ces coûts auprès d'Onati, donc on a engagé une action auprès de l'autorité polynésienne de la concurrence pour qu'on obtienne des coûts clarifiés et réels", poursuit Bernard Foray.
 
Autre casus belli, le lancement de nouvelles offres ViniBox d'Onati en juin 2022. "Ce sont des offres sur lesquelles Onati a multiplié par trois les débits et ajouté des services de type télévision, radio, service de téléphonie locale et internationale tout en maintenant les mêmes prix…", indique Bernard Foray. "Nous, à cause de l'augmentation des débits, nous avons vu nos coûts de location multipliés par trois, sur la partie liaison locale et liaison internationale, sans que nos revenus n'augmentent." Et le directeur de Viti d'indiquer que là où il ne lui restait plus auparavant que 20% de revenus sur son abonnement fibre, une fois payés tous les tarifs de location à Vini-Onati, il s'est retrouvé en juin dernier "quasiment à perte sur l'activité". Selon Bernard Foray, le tarif public pratiqué par Vini pour ses clients coûte presque moins cher que le coût de location de la fibre facturé par Onati à Viti…
 
"La fibre, ça coute cher"
 
Contactée lundi, Onati a réagi en renvoyant de nouveau ce sujet des coûts de location de la fibre à ses investissements lourds pour la maintenance du réseau. "Les opérateurs concurrents d'Onati veulent gagner de l’argent sans participer à la juste hauteur des dépenses. La fibre, ça coute cher. Onati prend à sa charge 70% de coûts d’investissements -les subventions ne couvrant que 30% des investissements de la fibre- et 100% des coûts de maintenance. Il est normal qu'Onati le refacture aux autres opérateurs", indiquait-on lundi au sein de la filiale de Vini. "Onati n’est pas responsable de la rentabilité de ses concurrents. En outre, le modèle de nos coûts est communiqué en toute transparence à la DGEN et à l’APC. C'est normal, ces organismes étant les régulateurs de notre marché télécom."
 
De son côté, le patron de Vodafone, Patrick Moux, dit soutenir les actions de Viti mais n'en oublie pas d'égratigner son concurrent au passage. "Sur les tarifs de location fibre d'Onati, nous l'avions abordé du bout des lèvres lors de notre conférence de presse avec Te Tia Ara. Soit ils font du dumping, soit il y a une incohérence dans leurs tarifs", affirme le vice-président de Pacific Mobile Télécom, maison mère de Vodafone au fenua. "Nous allions également attaquer, mais nous avons préféré commencer en priorité par les recours qui bénéficient aux consommateurs polynésiens. Viti ne voit que l'intérêt des opérateurs, c'est dommage." Dans les télécommunications en Polynésie, l'ennemi de ton ennemi… reste aussi ton ennemi.
 
Antoine Samoyeau

Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 31 Octobre 2022 à 18:10 | Lu 3579 fois