Tahiti Infos

Venezuela : des experts de l'ONU expriment de "sérieuses réserves" sur la loi d'amnistie


Crédit Federico PARRA / AFP
Crédit Federico PARRA / AFP
Genève, Suisse | AFP | jeudi 12/03/2026 - Une mission des Nations unies sur le Venezuela a exprimé jeudi à Genève de "sérieuses réserves" sur la loi d'amnistie récemment votée dans ce pays, la jugeant notamment incomplète et manquant de transparence, un peu plus de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine. 

Les autorités ont fait état jeudi de la libération de plus de 7.000 personnes dont la quasi-totalité étaient en liberté conditionnelle. L'ONG Foro Penal souligne qu'il reste plus de 500 prisonniers politiques. 

Promulguée le 19 février sous la pression Etats-Unis, la loi d'amnistie entérinée par la présidente par intérim Delcy Rodriguez doit permettre la libération des prisonniers politiques.

La mission d'établissement des faits, mandatée depuis 2019 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU mais qui ne s'exprime pas au nom de l'organisation, a dit jeudi devant le Conseil "saluer" cette loi, tout en exprimant de "sérieuses réserves".

"Premièrement, la loi a été adoptée de manière précipitée, ce qui a empêché un processus consultatif transparent et inclusif", a regretté Maria Eloisa Quintero, membre de la mission.

- "Arbitrairement restrictif" -

En outre, a-t-elle souligné, le texte ne reconnaît pas la responsabilité de l’Etat en matière de violations des droits humains.

"Elle ne prévoit ni processus transparents et exhaustifs, ni enquêtes indépendantes, ni mécanismes de recherche de la vérité. Elle ne reconnaît pas non plus les victimes de la répression", privées du "droit à une réparation effective", a expliqué Mme Quintero.

En vertu de cette loi amnistie, les personnes concernées doivent saisir les tribunaux et ceux-ci révisent au cas par cas, annulant ou non les condamnations.

La mission reproche aussi à cette loi le caractère "arbitrairement restrictif" de son champ d’application.

Cette loi exclut par exemple "un grand nombre de personnes détenues en lien avec d’autres actes", comme les "actions armées" et l'"usage de la force" portant atteinte à la souveraineté du pays, une accusation "fréquemment utilisée par les autorités", a déploré Mme Quintero.

Une dizaine d'anciens prisonniers politiques étrangers ont assisté à cette session du Conseil jeudi, portant des habits bleu ciel similaires à ceux qu'ils avaient dans la prison de Rodeo 1, non loin de Caracas. 

Parmi eux, Camilo Castro, un quadragénaire français incarcéré pendant cinq mois l'année dernière, a dit à l'AFP exiger "la libération de tous les prisonniers politiques qui, comme nous, ont été injustement qualifiés de criminels". 

"Nous souhaitons également que notre situation soit prise en compte" par la communauté internationale, a-t-il ajouté, réclamant "la reconnaissance d'un statut de victimes" et "des réparations pour toutes les victimes de ce système de répression".

- "Rien n'a changé au Venezuela" -

L'ONG Foro Penal dénombre encore 508 personnes privées de liberté pour des raisons politiques au Venezuela, dont des étrangers et des mineurs.

"Aujourd'hui, rien n'a changé au Venezuela ; la répression et la situation humanitaire y restent absolument les mêmes", a déploré Olnar Ortiz, un des coordinateurs de l'ONG aujourd'hui réfugié politique en Suisse.

La commission de suivi de l’amnistie a annoncé jeudi avoir reçu plus de 12.000 demandes depuis la promulgation. 

"La majorité des demandes a déjà été reçue (...) l’essentiel a déjà été traité mais nous allons continuer à y répondre", a déclaré Jorge Arreaza, un ex-vice‑président de M. Maduro et actuellement député, qui préside la commission de suivi. 

A Caracas, au cours d’une conférence de presse, Foro Penal a annoncé avoir notamment recensé 179 militaires toujours derrière les barreaux. "Nous avons le sentiment que le secteur militaire est plus durement sanctionné que les autres secteurs de la société", a déclaré Romero tandis que des proches de prisonniers politiques campent devant les prisons depuis plus de deux mois.

L'ONG précise aussi étudier un millier d’autres signalements d’anciennes détentions arbitraires qui n’avaient pas été comptabilisées. 

le Vendredi 13 Mars 2026 à 04:05 | Lu 121 fois