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Une simulation d'accident d'avion grandeur nature, pour se “tenir prêt”"


Les pompiers ont évacués les victimes fictives vers les structures médicales. Crédit photo : Thibault Segalard.
Les pompiers ont évacués les victimes fictives vers les structures médicales. Crédit photo : Thibault Segalard.
 Tahiti, le 23 novembre 2023 – Un exercice grandeur nature d' "accident d'aéronef" a été organisé jeudi matin, à l'aéroport de Tahiti. De nombreux services du Pays et de l'État, tels que les sapeurs-pompiers, le CHPF, la gendarmerie ou encore la protection civile, ont été réunis pour cette simulation. L'objectif était une répétition générale visant à être prêt au cas où un tel scénario catastrophe se produirait.
 
Un exercice grandeur nature a eu lieu à l'aéroport de Tahiti (ADT) ce jeudi matin. De l'autre côté du tarmac, près du SSLIA, les services de secours d'aérodrome, plus d'une centaine de personnes, membres de différents services du Pays et de l'État, ont participé à la simulation d'un accident d'aéronef, avec 149 personnes à bord. "C'était un scénario catastrophe d'un crash d'un avion après une difficulté sur un moteur”, détaille le commandant Alexandre de la Direction de la protection civile, responsable de l'exercice. “Ce scénario implique la nécessité d'entraîner de nombreux services pour être prêt au cas où cette situation catastrophe se produirait. Là, on a vraiment mis en place l'entièreté du dispositif Orsec (plan d'urgence de gestion de crise, NDLR).” Car c'est bien là l'enjeu de cette matinée : se tenir prêt en cas du pire. Et pour se rapprocher le plus possible d'une éventuelle réalité, des blessés et des morts fictifs ont été joués par des personnes extérieures.
 
Être coordonné pour être prêt
 
Sapeurs-pompiers, gendarmerie, sécurité civile, CHPF, Seac (Service d'État de l'aviation civile), mais également mise en place d'une cellule psychologique pour les familles des victimes, installation d'un poste de commandant... La liste des acteurs en cas d'accident d'aéronef est extrêmement longue et nécessite une efficacité sur le terrain pour maximiser la prise en charge des blessés et sécuriser la zone. “Cet exercice est nécessaire pour réviser nos gammes afin de faciliter les échanges entre services. C'est primordial de revoir le mécanisme pour être le plus fluide possible, pour bien se coordonner et que tous les acteurs puissent s'imbriquer”, explique le commandant Alexandre.
 
Cette simulation est organisée “tous les ans ou tous les deux ans” afin de maintenir les équipes prêtes. Sur le bilan de l'exercice de cette année, le commandant se veut optimiste. “Nous avons bien réussi à travailler ensemble, c'est un point fort.” Concernant les points d'amélioration, le patron de la Direction de la protection civile souligne le temps d’intervention, avant de rappeler que ce n'est “pas un objectif. Le principal aujourd'hui, c'est vraiment la mécanisation du processus”.

 

Van Hoang-Oppermann, médecin au CHPF et responsable de l'unité médico-judiciaire : “Il faut aussi prendre en charge les victimes décédées”

Quel a été votre rôle et celui de votre équipe lors de cet exercice ?

“Je dirigeais l'équipe de l’UMJ (Unité médico-judiciaire,ndlr) et du service de thanatologie clinique et judiciaire. 

Notre présence est nécessaire, compte tenu de l'implication de la médecine légale dans l'organisation de l'identification des victimes et l'identito-vigilance (victimes décédées ou vivantes inconscientes ou hors d'état de s'exprimer,ndlr), dans la restauration, la conservation, la traçabilité et la présentation des corps. 

Cet exercice permet de s’organiser avec les différents acteurs et de mettre en place une procédure décrivant l'intervention de la médecine légale dans la gestion initiale de la prise en charge des victimes de catastrophes de masse, que ça soit sur les lieux de la catastrophe ou à l’Institut médico-legal.

Toutes ces actions coordonnées et rapides, qu’on réalise selon des procédures bien définies, permettra d’apporter au final des réponses plus rapides aux familles des personnes décédées ou disparues.”
 
Est-il également important de prendre en charge rapidement les victimes décédées ?

“Dans les précédents exercices, on prenait plus en charge les victimes vivantes. On avait tendance à accorder moins d'attention à celles décédées. Sauf qu'aujourd'hui, on commence à se rendre compte de l'importance des dispositifs et des protocoles de médecine légale dans la gestion d'une catastrophe de masse.”

Simeon Ayou, de la fédération polynésienne de protection civile : “Nous, on brancadre”

Quelle est la mission de la fédération polynésienne de protection civile dans ce genre de scénario ?

“Dans ce type de scénario, notre mission principale consiste à collaborer avec les médecins au poste principal pour assurer le brancardage des victimes. Concrètement, au fur et à mesure de l'arrivée des victimes du terrain, elles sont déposées au niveau du poste médical. En fonction des urgences et selon les directives des médecins, notre rôle est d'emmener les victimes vers différentes zones. En gros, nous, on brancarde.”
 

Bertrand Remaudière, médecin urgentiste et chef de service du Samu au CHPF : “La médecine de catastrophe, c'est un sport de haut niveau”

Le Samu a énormément de responsabilité dans une gestion de crise comme celle-ci, quel a été votre rôle ?

“J'ai coordonné l'ensemble des aspects, en amont, pendant, et après cet exercice, pour la partie du CHPF. Le Samu du CHPF est en charge du poste médical avancé (PMA) et supervise la capacité de projection de nos remorques pour prendre en charge un grand nombre de victimes notamment dans des situations sanitaires exceptionnelles comme celle-là. Chaque remorque a la capacité d'accueillir 40 victimes, ce qui signifie que nous sommes en mesure de prendre en charge jusqu'à 400 victimes dans n'importe quel environnement, comme cela a été le cas aujourd'hui à l'aéroport.”
 
C'est important d'organiser ce genre d'exercice régulièrement ?

“Le meilleur moyen de faire face à une crise est de s'entraîner. La médecine de catastrophe, c'est un sport de haut niveau, ce qui nécessite une préparation constante. Dans mes équipes, il y a des turn-over, avec des arrivées et des départs, ce qui signifie qu'il est essentiel de revenir régulièrement sur le terrain pour garantir d'assurer le jour J.”
 
Dans ce genre de situation, qu'est-ce qui est le plus complexe pour vous, la gestion des victimes ou les types de blessures ?

“Là, pour cet exercice, on va loin dans le scénario car chaque blessé et victime virtuels avaient un script détaillé sur lui et avait été briefé sur ce qu'il devait jouer. Chacun jouait la blessure qui lui avait été attribuée. Après, nous, on sait gérer les victimes. Notre travail de tous les jours, c'est de devoir prendre en charge une ou deux victimes sur un accident. Ce n'est pas la pathologie le problème, c'est le nombre de victimes et l'organisation. Car on ne peut pas envoyer 149 personnes à l'hôpital en même temps. On doit les stabiliser, les conditionner puis organiser leur transfert vers les structures médicales. Ce type d'exercice nous prépare spécifiquement à ce scénario.”


Rédigé par Thibault Segalard le Jeudi 23 Novembre 2023 à 16:19 | Lu 2160 fois