Tahiti Infos

"Une bonne augmentation serait un Smig à 165 000 Fcfp"


Tahiti, le 17 novembre 2021 – Les 14 secteurs d’activité de l’économie polynésienne et les services de l’administration sont aujourd’hui sous la menace d’une grève générale illimitée qui pourrait débuter dès le 24 novembre si aucun accord n’était trouvé d’ici là. Le dépôt des préavis a débuté mardi. Le mouvement est porté par les confédérations syndicales CSTP-Fo, CSIP, O oe to oe rima et Otahi. Le leader syndical CSIP, Cyril Le Gayic s’explique sur les cinq points de revendication communs à tous les préavis : l'augmentation du pouvoir d'achat, le retrait de la loi sur l'obligation vaccinale, le refus de la réforme de la CPS, la caisse chômage et l'application de la loi sur la protection de l'emploi local.
 
Est-ce un fait exprès que les préavis arrivent à échéance le 24 novembre, alors que l’étude du budget 2022 du Pays doit avoir lieu le 3 décembre ?

“Non, pas du tout. La décision a été prise par les organisations syndicales, alors que depuis un certain temps la loi sur la protection de l’emploi local a un peu bousculé les mœurs des salariés polynésiens. La cerise sur le gâteau, c’est la nouvelle gouvernance que propose le Pays pour avoir la main mise sur la gestion de la CPS. C’est qui a provoqué la décision de déposer ces préavis de grève.”
 
Pouvez-vous détailler toutes les revendications mises dans ce préavis de grève générale ?


“Il y a des points communs à tous les secteurs d’activité. Il y a aussi des spécificités dans chaque entreprise. Un point déclencheur a notamment été la loi sur l’obligation vaccinale. Si les syndicats d’employeurs avaient fait leur travail en demandant à leurs membres de ne pas mettre la pression sur les salariés, nous ne serions pas montés au créneau. Ils ont sorti des notes de services pour demander à leurs employés d’aller se faire vacciner, au risque de subir une suspension de contrat, voire un licenciement… Des cadres ont été isolés et ne font plus partie de l’organisation du travail quotidien… Quand on touche aux clauses du contrat de travail, ça nous concerne. C’est pour ça qu’on monte au créneau. Un point essentiel est aussi pour nous que tout le monde soit égal devant la loi. Lorsque les élus de l’assemblée votent une loi qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes, il y a traitement discriminatoire.”
 
Édouard Fritch disait lundi que si on lui garantissait qu’on était à l’abri d’une nouvelle vague, il retirerait cette loi sur l’obligation vaccinale. Qu’en pensez-vous ?

“Pourquoi nous, salariés, devrions-nous garantir cela. Que les services du Pays fassent un meilleur contrôle à l’aéroport et au port lorsque les touristes arrivent. Si les touristes ne pouvaient venir ici que vaccinés et munis d’un pass sanitaire de chez eux, je crois que l’on n’aurait pas de problème.” 
 
Ne craignez-vous pas que cette grève générale amplifie les problèmes économiques après la crise Covid ?

“On défend les intérêts des salariés privés d’emploi depuis l’arrivée du Covid. Je sais que le Pays a beaucoup aidé avec le Diese, le Deseti, la CSE… Mais qui paye ? C’est encore le coût du travail. Si on avait mis la caisse chômage, on aurait peut-être résolu le problème de ceux qui ont perdu involontairement leur emploi. On a passé des accords depuis 2010 avec les gouvernements Tong Sang puis Temaru en 2012 pour la création de cette caisse chômage. Ces accords n’ont jamais été respectés. Les syndicats cherchent à aider ceux qui perdent involontairement leur emploi : les licenciés pour motif économique et les licenciés remis dans leurs droits par décision du tribunal. Ils n’ont pas été réintégrés. Pour certains, à 55 ans ce n’est pas évident de retrouver un travail. Avant la retraite, ils risquent de passer des années sans emploi.”
 
Vous demandez aussi la hausse des salaires de 4%. Ça concerne le Smig et les grilles de salariales ?

“Il ne faut pas oublier que le président du Pays s’est déjà engagé à augmenter le Smig en juin 2020. Ça n’a pas été fait avec la crise Covid. Là, il promet de le faire au premier trimestre 2022. Encore une promesse. Pour nous, il faut formaliser cette augmentation du Smig d’abord. Et comme cette augmentation va impacter les minimas des grilles salariales, il faut aussi que les bas salaires augmentent.”
 
Combien demandez-vous pour l’augmentation du Smig ?

“En France le Smic est à 175 000 Fcfp. Ici, une bonne augmentation serait un Smig entre 160 000 et 165 000 Fcfp brut.”
 
Une autre revendication concerne la protection de l’emploi local.
“On se bat depuis 10 ans pour ça. On constate l’arrivée de nombreux travailleurs de l’extérieur depuis le début de la crise Covid. Nous avons nos enfants partis faire leurs études en France. On aimerait qu’ils aient un emploi en revenant.”

Rédigé par Propos recueillis par Vaite Urarii-Pambrun le Mercredi 17 Novembre 2021 à 19:20 | Lu 2703 fois