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Un mariage posthume célébré à Faa'a


Tahiti, le 13 mars 2022 - Cérémonie exceptionnelle au fenua, un mariage posthume a été célébré samedi matin à la mairie de Faa'a. La fille des mariés, Naumi, raconte le “parcours du combattant” de cette démarche de 14 mois mêlant “joie et tristesse”.
 
C'est une cérémonie totalement exceptionnelle qui s'est déroulée samedi matin à la mairie de Faa'a. Procédure rarissime en Polynésie et plus généralement sur le territoire de la République, un “mariage posthume” a été célébré au terme de 14 longs mois de démarches administratives, allant jusqu'au Président de la République, Emmanuel Macron. “Nous sommes très émus d'avoir enfin pu célébrer ce mariage à titre posthume”, souriait samedi Naumi, la fille des deux époux. “C'est un honneur, une joie et une fierté. Nous sommes tous émus.”
 
A l'origine de cet épilogue somme toute heureux, il y a le drame qui a frappé la famille de Naumi. En août 2020, alors que la cérémonie de mariage était parfaitement prévue, le père de la jeune femme a dû être hospitalisé pour un cancer. Jusqu'au dernier jour, le couple a toujours souhaité maintenir le mariage. Avec la dégradation de l'état du futur marié, l'idée d'organiser le mariage à l'hôpital a même été évoquée. “Le mariage posthume, c'est l'union de deux vœux, de deux personnes qui ont projeté de se marier. Et malheureusement, parmi les deux, il y en a un qui est décédé”, raconte Naumi. “C'est notre cas à nous. Le mariage devait avoir lieu le 29 août 2020 à 10 heures. Malheureusement papa est décédé le 29 août 2020 à 9 heures. La brutalité était là. Ne pas aboutir, laisser comme cela notre maman qui est restée… Ce n'était pas possible.”
 
“Parcours du combattant”
 
Mais si l'hypothèse d'organiser un mariage posthume s'est présentée à la famille assez rapidement, sa réalisation s'est avérée être un véritable “parcours du combattant”. “Personne ne connaît cette procédure”, constate Naumi, qui a dû davantage compter sur ses recherches Google et sur le soutien de la députée Nicole Sanquer que sur les services du haut-commissariat ou du tribunal de première instance. Pour ces deux dernières administrations, la jeune femme explique que sa famille a dû souvent s'y reprendre à deux fois pour être prise au sérieux dans sa démarche. “C'est connu en France, où le mariage posthume existe bien et depuis des années”, explique Naumi, “mais ici, ça a été une réunion de formalités qui a été très difficile”. Les services locaux de l'État ont d'ailleurs initialement refusé le dossier, au motif que le mariage posthume aurait été réservé aux seuls militaires morts au combat. “Heureusement, il y a Google. (…) Je savais que c'était possible et qu'ils ne pouvaient nous le refuser car on remplissait les critères”.
 
Procédure exceptionnelle nécessitant une autorisation exceptionnelle, l'autorisation du mariage posthume passait par l'envoi d'une demande expresse au chef de l'État, Emmanuel Macron. “Et on n'envoie pas une telle lettre comme ça.” La demande nécessitait également un dossier recueillant l'ensemble des preuves du consentement du défunt. “Rien que pour faire ce dossier, on a mis quatre mois car on était tellement ignorants.” Et là encore, c'est la députée Nicole Sanquer qui est intervenue pour ouvrir les portes légèrement grippées de l'administration. “Mais bon on va dire qu'on ne va garder que le positif. On va dire que cela a été très difficile, très long, mais qu'aujourd'hui on a abouti.”
 
"Joie et tristesse"
 
“En tout, on a reçu quatre courriers. Le premier c'était pour dire que le Président Macron avait bien réceptionné notre requête. Et le dernier, c'était l'annonce. À la Saint Valentin. Il n'y a pas de hasard…”, raconte Naumi. “On est parti avec trois voitures à la Poste. On ne voulait pas louper ça." La jeune femme se souvient encore de l'enveloppe cachetée bleu, blanc, rouge. “On savait que ça venait de là-bas, de très loin”. Le recommandé ouvert, la famille a eu confirmation de ce que le mariage posthume était accepté par le Président de la République. “On a éclaté de joie, à en faire peur au vigile qui était à côté de nous. Mais ce n'était pas grave. On était trop content. On était heureux. On était remplis à la fois de joie et de tristesse.”
 
Et samedi matin, à la mairie de Faa'a, les liens sacrés du mariage ont uni les parents de Naumi. Pour l'éternité. 
 
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 13 Mars 2022 à 12:44 | Lu 15572 fois