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Ua Pou en pèlerinage au Matavaa, les coulisses


Ua Pou, le 14 juillet 2022 - Se rendre au Matavaa est un voyage qui relève souvent du défi logistique mais c’est aussi une incroyable histoire humaine de vie de groupe. Tahiti Infos vous amène dans les coulisses de la délégation de Ua Pou.
 
Joseph Kaiha, maire de Ua Pou, l’a rappelé à ses quelque 200 administrés lors de leur arrivée à Fatu Hiva : “Nous sommes venus en groupe, on dort en groupe, nous mangeons en groupe, il y a certaines règles à respecter pour que le séjour se déroule dans les meilleures conditions possibles.” Comment s’articule alors l’organisation pour le déplacement et l’installation des délégations convergeant vers des îles qui ont souvent des structures d’accueil limitées ? Voici quelques éléments de réponses.
 
14 heures de trajet
 
Le départ n’a pas été des plus reposants pour la délégation de Ua Pou. Le Tahiti Nui, bateau du Pays affrété pour le déplacement des officiels ou de la population pour les événements de grande ampleur avait pris du retard sur sa rotation depuis Papeete. Au lieu des 8 heures de trajet habituelles entre Hakahau et Fatu Hiva, les quelque 200 habitants de Ua Pou –dont 150 faisant partie des délégations de danseurs, artisans, cuisiniers et officiels, ainsi que ceux désirant faire le déplacement pour retourner voir de la famille ou juste assister aux festivités– ont dû endurer 14 heures de trajet, avec un crochet sur l’île de Ua Huka pour y récupérer sa délégation. Les places assises se sont faites rares de nombreuses personnes ont dû faire face au mal de mer, la houle étant forte au départ du Nord et au passage près de Hiva Oa.

Une fois le pied à terre, dans le village de Omoa, le programme n’a pas été de tout repos : déplacement en truck vers les locaux de la nouvelle école, à 1,2 km du site, et installation des couchages. Certains se sont installés dans les salles de classe, au sol, alors que d’autres ont souhaité rester sous le préau, préférant la fraîcheur aux bruits de fond collectifs. Familiarisation avec les lieux, avant l’arrivée de la délégation de Tahuata, avec qui Ua Pou a partagé les lieux.

Répétitions et préparation avant l'inauguration
 
Les jours suivants ont été rythmés par des réunions et répétitions pour l’ouverture officielle du festival, le jeudi, avec l’arrivée du cortège d’officiels de Tahiti. Une danse commune aux six formations marquisiennes a été apprise sur place, elle a ponctué également l’inauguration du nouveau site communautaire de Anitau. Le lendemain de l’arrivée a été consacré à la confection du costume en 'auti (plante aux grandes feuilles vertes ou rouges utilisées pour protéger certains endroits des mauvais esprits mais également pour faire des costumes) pour le spectacle du jeudi, devant le président de la Polynésie française venu également célébrer son mariage avec Angelina, sa femme d’origine marquisienne.

Après l’ouverture des festivités l’après-midi, c’était Tahuata et Ua Pou qui ont ouvert le bal avec leur spectacle de danse. Les danseurs se sont préparés pendant des semaines pour répéter les chorégraphies et s’accorder sur le costume, le trac était palpable dans les coulisses et à quelques minutes de l'heure de vérité. Une fois le show terminé, tous les danseurs racontent ce moment proche de la transe où leurs voix chantaient à l’unisson au son des pahu, des mains qui claquent sur les cuisses et des colliers de graines qui s’entrechoquent. Un moment de pure communion avec les esprits des anciens Marquisiens dans cet endroit magique et mystérieux qu’est l’île de Fatu Hiva.
 
Pendant ce temps, les commis aux cuisines s’affairent à la préparation du umu kai –four marquisien–, pour le kaikai (repas) communautaire tant attendu du samedi. Découpe de la viande et du poisson, préparation des sauces, mais surtout du trou de 2 m de large, 3 m de long et d’15 m de profondeur qui fera office de four à l’étouffée, dans la grande tradition marquisienne en enterrant les aliments dans un trou rempli de bourre de coco et de bois qui se transformeront petit à petit en braises pour cuire à feu doux des aliments emballés dans des feuilles de bananiers. Le tout est ensuite soigneusement cuit pendant au minimum 5 heures, mais cela peut également durer toute une nuit.

Un repas pour 2 000 invités
 
Les spectacles se sont enchaînés sur le site Anitau jusqu'au jour du umu kai, moment fort du festival. Les guerriers de chaque île ont ouvert à la main le four encore fumant et ont transporté les victuailles vers le site central où quelque 2 000 personnes étaient réunies pour ce grand repas communautaire. Cochon à l’étouffée, poke banane, poke 'auti, chèvre au lait de coco, kaaku, fruits de mer, ika mito (poisson salé mariné toute une nuit) et bien d’autres. La délégation de Ua Pou est une dernière fois entrée en transe et fait un haka pour ouvrir le repas.
 
Le festival s'est clôturé avec la passation du totoko à l’île de Nuku Hiva, qui sera la prochaine à accueillir le Matavaa en décembre 2023. La délégation de Ua Pou s’est ensuite apprêtée à remballer ses affaires pour reprendre le Tahiti Nui en direction de son île lundi. Au moment de l'embarquement sur le quai, à bord des baleinières, la mer était haute et quelques valises sont tombées à l’eau, mais heureusement il n'y a eu aucun blessé.
 
Le trajet retour a été plus court, avec “seulement” 7 heures de traversée, et une mer beaucoup plus calme. Les dieux ont été cléments... il faut dire qu'on leur a bien rendu hommage pendant ces quatre jours de festivités.



Rédigé par Eve Delahaut le Jeudi 14 Juillet 2022 à 14:04 | Lu 607 fois