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Ua Pou : Un jeune gravement blessé, évasané en bonitier


Ua Pou, le 4 avril 2022 – La semaine dernière à Ua Pou, un adolescent s'est gravement blessé en chutant du haut d'un pistachier. Après avoir été pris en charge au dispensaire, son évasan en hélicoptère n'a pas pu être déclenchée depuis Nuku Hiva, faute d'éclairage de la piste de Ua Pou. Il a donc dû être transporté en bonitier dans une mer houleuse et de nuit. Un accident qui illustre une nouvelle fois la complexité des évasans dans les îles isolées.
 
L'incident s'est déroulé le dimanche 27 mars sur l'île de Ua Pou, en fin d’après-midi, entre le terrain de football du collège de Hakahau et le terrain de tennis. Tuiariki, 16 ans, après avoir grimpé sur l'un des trois vieux jamelonguiers (communément appelé pistachier) pour y cueillir des fruits, est tombé de près de 10 mètres de haut. Dans sa chute, il s'est fracturé les deux bras et s'est gravement blessé au visage.
 
Son grand-père Théodore Teikitohe, encore sous le choc, explique comment s'est ensuite déroulée sa prise en charge et les circonstances de son évasan, qui n’ont fait qu’aggraver son désarroi. Il raconte que l’événement ayant eu lieu en fin de journée et non loin du centre médical de Hakahau, la prise en charge de son petit-fils vers le dispensaire s’est déroulée sans encombres. C’est l’attente de l’hélicoptère qui, pensait-il, avait été déclenché depuis Nuku Hiva, qui leur a semblé sans fin. Et effectivement, l'hélicoptère n'a pas pu venir car il ne peut opérer de nuit, faute d’éclairage adéquat sur les pistes d’atterrissage des îles autres que Nuku Hiva.
 
Transport de nuit en bonitier
 
La famille a donc dû se résoudre à affréter un bonitier vers l’hôpital de Taiohae pour transporter le blessé.  Le jeune Tuiariki accompagné de ses proches et d'un infirmier sont donc partis dans la nuit du dimanche au lundi dans une mer assez houleuse pour rendre délicat le transport de blessé et déstabiliser ceux n’ayant pas le pied marin. L’infirmier accompagnant le convoi ce jour-là est d’ailleurs tombé malade durant la traversée, ce qui a fortement limité sa marge de manœuvre à bord.
 
Cette scène rappelle malheureusement à quoi ressemblait la quasi-totalité des évasans d’urgence aux Marquises avant l’arrivée de l’hélicoptère en 2020. Le décès du nourrisson Hoane, lors de son évasan entre Ua Pou et Nuku Hiva est encore dans tous les esprits. Fort heureusement, aujourd’hui, lorsqu‘un accident arrive avant la tombée de la nuit, un malade ou un blessé peut être évacué à Nuku Hiva dans l’heure. Reste la problématique des vols de nuit, que l’on sait concerner une grande partie d’accidents comme les AVC, infarctus et accidents de la circulation. Les pistes d’atterrissage n’étant pas équipées et éclairées en conséquence, une évasan d’urgence de nuit aura encore lieu en bateau (en poti marara ou bonitier) et durera 2 heures (au lieu de 15 minutes en hélicoptère) sans compter le temps de préparation en amont.
 
Attente de la nouvelle navette maritime
 
En attendant une mise aux normes des pistes d’atterrissage d’hélicoptère, la population du nord de l’archipel attend avec impatience sa nouvelle navette, le Kaoha Iti, qui devrait arriver d'ici le mois de mai. D’une capacité d’une soixantaine de places, le bateau devrait être plus stable et donc plus approprié pour transporter des cas graves. Reste cependant un questionnement pour les habitants de Ua Pou et Ua Huka. Car cette navette sera basée à Nuku Hiva, or, en cas de besoin pour une évacuation sanitaire, cela impliquerait qu’il faudrait compter environ 2 heures de déplacement pour venir vers l’île concernée pour ensuite repartir vers Nuku Hiva. Soit un minimum de 4 heures de flottement qui peuvent s'avérer cruciales pour un blessé grave, par exemple, ou un accident cardiovasculaire.

Tuiariki, après plusieurs opérations –dont la dernière de 5 heures à l'hôpital du Taaone–va mieux à présent. Il est actuellement avec sa grand-mère en attendant leur retour prochain à Ua Pou. Théodore, quant à lui, recherche activement le « propriétaire » de l’arbre se trouvant "dans les cinquante pas du roi" pour lui demander de le couper ou de le sécuriser afin d’éviter un nouveau drame. Selon plusieurs témoins, c'est le troisième blessé suite à une chute de ces jamelonguiers lors des 25 dernières années.

Rédigé par Eve Delahaut le Lundi 4 Avril 2022 à 15:37 | Lu 2477 fois