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"Tu Sang, Hakkas de Tahiti" enfin disponible


TAHITI, le 28 janvier 2022 - À la veille du nouvel an chinois, l’association Wen Fa présente un ouvrage collectif très attendu. Il s’agit de Tu Sang, Hakkas de Tahiti, la suite d’un premier livre paru en 1979 et intitulé Histoire et portraits de la communauté chinoise. Au-delà des portraits qui le composent, Tu Sang porte les réflexions de toute une communauté.

En 1979, cinq ans après la naissance de l’association Wen Fa paraissait Histoire et portraits de la communauté chinoise. Il est aujourd’hui épuisé. La suite, Tu Sang, Hakkas de Tahiti, vient de paraître. Il était attendu. Cet ouvrage collectif se découpe en plusieurs chapitres interrogeant la communauté chinoise. Il est illustré de nombreux portraits et ponctué de poèmes aux formes variées, écrits à différentes époques (1977, 2018).

Tu Sang est un beau livre qui fait près de 500 pages. Il compte six chapitres qui traitent des rites communautaires, de la vie de la Cité, du modèle familiale hakka hier et aujourd’hui, de la tradition entrepreneuriale, d’identités croisées, et enfin de migration et de diaspora.

Les portraits sont autant de portes d’entrées dans ces chapitres. La parole a été donnée à des personnalités plus ou moins connues, à des membres de la communauté discrets mais engagés, à des femmes et des hommes de tout âge. Tous se sont exprimés librement sur leur culture, le métissage, la transmission, les codes. “Je pense que le métissage est une expérience universelle vécu de manière individuelle, que nous devons apprendre à cerner qui nous sommes, limiter les pertes et accepter la transformation”, dit l’une.

Le giron familial rassure, unit, mais il est surtout propice à l’apprentissage des épreuves de la vie. Rien n’est jamais acquis, que l’on naisse ou non dans un milieu social aisé”, dit l’autre. Ou encore : “Aujourd’hui comme autrefois, sans distinguer le profane du sacré, le religieux du séculier, dans le cercle clanique ou un lieu public, au temple comme au cimetière, on scande le temps faute de le maîtriser, on recherche un sens à l’existence avec une logique et une grammaire spécifique, transmises oralement et donc sans cesse renouvelées –celle des signes et des rites.

Un ouvrage collectif

Loin d’être une étude universitaire sociologique, il est simplement un échantillonnage de perceptions et d’attitudes pouvant traduire la diversité, la richesse et la complexité de la société polynésienne contemporaine”, décrit Patrick Yeung. Il est le président de Wen Fa et a participé à la réalisation de ce livre.

Il n’est pas seul dans cette opération. Plusieurs auteurs sont intervenus, le photographe Silvain Ajonc s’est chargé d’une partie des illustrations, la graphiste et artiste Yling Changues a écrit, illustré et géré la conception graphique de l’ensemble. Léopold Musiyan a mis “ses précieuses compétences au service du projet”. Maître de conférences en civilisations américaines et relations internationales il a structuré l’ouvrage.

Protéger la langue, cette richesse

Un groupe de membres de Wen Fa travaille en parallèle sur la mise au point d’un lexique. “Nous visons deux objectifs, le premier consiste à sauvegarder le hakka de Polynésie, le second à poursuivre la transmission”, détaille Patrick Yeung. Ce lexique, qui sera enregistré, pourrait devenir un outil d’apprentissage. Pour l’instant, le groupe de travail étoffe la base de données. Il s’est rapproché du linguiste Jacques Vernaudon pour établir la structure. “Comment transcrire la phonétique d’une manière didactique mais aussi académique avec un plus grand nombre de tonalités et des phonèmes qui n’existent pas dans le mandarin ?”, interroge Patrick Yeung.

L’affaire est complexe mais la motivation est grande parmi les volontaires engagés. À ceux qui se demandent pourquoi enseigner le hakka aux plus jeunes, Patrick Yeung répond : “Il ne faut pas raisonner en termes d’utilité, mais d’identité”. La langue est une richesse à sauvegarder coûte que coûte.


Pratique

Le livre est en vente dans les magasins Carrefour ainsi qu’à la galerie Walk of art, quartier du commerce.

Contacts

FB : Association culturelle Wen Fa

Rédigé par Delphine Barrais le Vendredi 28 Janvier 2022 à 14:45 | Lu 1669 fois