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Trois ans de sursis pour Mama Nita


Tahiti, le 18 janvier 2022 – Le procès pour escroquerie d'une femme de 52 ans, dite “Mama Nita”, s'est tenu mardi matin devant le tribunal correctionnel en présence de plusieurs des 80 victimes de l'affaire. La quinquagénaire, qui était notamment poursuivie pour avoir arnaqué des dizaines de personnes en leur vendant des voyages à destination des États-Unis, a été condamnée à trois ans de prison avec sursis probatoire.
 
Des voyages à destination de Los Angeles ou de Las Vegas comprenant des billets d'avion aller-retour, l'hôtel, le service avec chauffeur et parfois même des billets pour assister au concert de Céline Dion : Le procès d'une femme de 52 ans, Marcelline Ly, dite “Mama Nita” s'est tenu devant le tribunal correctionnel mardi matin. La prévenue, désormais ruinée, était poursuivie pour avoir escroqué plus de 80 personnes en leur vendant, tel que l'a expliqué l'avocat des parties civiles, “le voyage de leurs rêves”. Il lui était aussi reproché d'avoir illégalement exercé les professions de voyagiste et d'agent de change.
 
L'escroquerie avait été mise au jour lorsque Tracfin, l'organisme de renseignement chargé de lutter contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent, avait constaté de conséquents mouvements bancaires sur le compte de Marcelline Ly. Entre janvier 2014 et décembre 2016, son compte avait en effet été crédité de la modique somme de 66 millions de Fcfp dont 264 versements en espèces. Sur la même période, il avait été débité de 63 millions de Fcfp. Les limiers de Tracfin avaient par ailleurs constaté des mouvements bancaires révélant des activités dans des proportions que le président du tribunal a qualifiées mardi de "non négligeables".
 
Système de cavalerie
 
Après le signalement de Tracfin, le parquet de Papeete avait ouvert une enquête qui avait permis d'établir que la prévenue, qui opérait sous l'enseigne “Nita tours”, avait honoré les premiers voyages vendus avant de finalement laisser ses clients sur le carreau. Elle se livrait à cette activité de voyagiste sans autre document officiel que sa patente. Afin, toujours selon le président du tribunal, de "payer d'autres dettes", la quinquagénaire utilisait le système dit de la “cavalerie” en s'improvisant agent de change. Elle échangeait ainsi des dollars américains pour la moitié de leur cours légal et se crée ainsi une "trésorerie" qui lui permettait, même en étant à perte, d'avoir "un flux d'argent".
 
A la barre du tribunal lundi, Marcelline Ly a vaguement reconnu les faits en jouant tour à tour sur une mémoire défaillante et l'incompréhension quant aux questions qui lui étaient posées. Elle a cependant expliqué qu'elle était désormais ruinée. Une situation personnelle qui n'a pas semblé émouvoir l'avocat de 49 des 80 victimes de ce dossier, Me Abgrall, pour lequel la prévenue exerçait une "emprise totale sur ses victimes". "Elle travaillait avec des gens modestes qu'elle escroquait et leur a fait miroiter un mirage en réussissant à capter leur confiance." 
 
"Pays de l'oralité"
 
Pour le représentant du ministère public, qui a ensuite requis trois ans de sursis à l'encontre de “Mama Nita”, ce dossier est “propre à la Polynésie” , le “pays de l'oralité” “la gestion de l'argent est une chose étrangère dans les familles” et où une “certaine naïveté” s'entremêle parfois avec une “certaine avidité”.
 
Face à ce réquisitoire plutôt clément, l'avocat de Marceline Ly, Me Benouar, a tenu à rappeler que sa cliente n'avait “amassé aucune fortune” ni “trésor de guerre” ou encore de “biens immobiliers”. Il a par ailleurs insisté sur le fait que le signalement à l'origine de cette affaire avait été émis par Tracfin et non par les banques de la place, qui étaient à l'époque de “véritables machines à blanchir”. Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel a suivi les réquisitions du parquet en condamnant la prévenue à trois ans de prison avec sursis probatoire pendant trois ans et obligation d'indemniser les victimes à hauteur de 50 000 Fcfp chacune. Le tout assorti de l'exécution provisoire.

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 18 Janvier 2022 à 15:57 | Lu 4618 fois