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Trêve des confiseurs bleus sur le budget


credit photo APF
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Tahiti, le 6 décembre 2023 – C’est la trêve des confiseurs au Tavini pour l’examen du projet de budget 2024 ce mercredi en commission de l’assemblée. Antony Géros continue de s’imposer en “véritable patron”, mais soutient Moetai Brotherson face aux nombreuses questions de la minorité qui se demande comment le gouvernement va compenser les recettes que la loi fiscale modifiée devait engranger. Pour Tematai Le Gayic, si ces tensions auraient dû se régler en amont et en privé, c’est finalement un mal pour un bien qui a permis de remettre l’exécutif sur le droit chemin… politique.
 
Depuis ce mercredi matin, le gouvernement au grand complet, avec son président en tête, subit sa véritable première épreuve du feu en commission de l’Économie avec l’examen du projet de budget 2024. Le premier de la mandature Brotherson. Un exercice d’autant plus périlleux pour le gouvernement puisqu’il doit déjà revoir sa copie budgétaire afin de prendre en compte les modifications qu’il a dû apporter à la loi fiscale amendée vendredi dernier dans cette même commission.
 
Des amendements que Moetai Brotherson a dû opérer contraint et forcé par les propres élus de sa majorité, pilotés par le maître des lieux de Tarahoi, Antony Géros. Marche arrière toute donc sur deux des articles clés de cette loi fiscale. La taxe sur l’immobilier (CSPI) disparaît ainsi aussi vite qu’elle est apparue en étant renvoyée “à une réforme globale” de plus grande ampleur promise pour 2024. Une réforme qui, à en croire Tematai Le Gayic, ira beaucoup plus loin “avec beaucoup plus de taxes directes, ce qui mettra fin à cet effet d’aubaine de taxes indirectes et au fait de compter à chaque fois sur la consommation sur les conjonctures internationales”, mais aussi “une réforme sur la taxation des entreprises comme les banques par exemple, ou encore revoir la part des métiers libéraux dans leur contribution à la solidarité”. Secundo, rétropédalage sur la fin des avantages fiscaux accordés aux véhicules hybrides et électriques.
 
“Un changement de braquet du gouvernement”, selon Tematai Le Gayic, corapporteur du projet de budget, qui va dans le bon sens selon le jeune député car l’exécutif est allé peut-être “un peu trop vite” en besogne et qu’il était nécessaire que l’assemblée intervienne, même s’il aurait préféré “que ça se décide en amont, en comité de majorité, ou au sein du parti pour éviter toute cette tambouille médiatique”.
 
“L’objectif de l’assemblée n’est pas d’entraver le gouvernement”
 
“L’objectif de l’assemblée, ce n’est pas de bloquer le gouvernement, de l’entraver”, a-t-il insisté, allant ensuite dans le sens du président de Tarahoi qui, dès le début de la mandature, avait mis les choses au clair. Autrement dit, le président du Pays propose et le président de l’assemblée dispose. Et il peut compter sur le soutien de Tematai Le Gayic : “On a une assemblée qui est politique, qui a pris des engagements auprès du peuple polynésien et il faut que ça se traduise dans l’exécutif qui est un exécutif Tavini”.
 
Il n’en demeure pas moins que ce changement de braquet pose néanmoins problème sur le plan budgétaire. Car il manque désormais un peu plus de deux milliards de francs pour équilibrer le budget : un milliard et demi de francs au titre de la suppression de la CSPI (contribution de solidarité sur le patrimoine immobilier) et 730 millions au titre de la fin des exonérations sur les véhicules hybrides et électriques.
 
“On a gratté les fonds de tiroirs”
 
Alors comment le gouvernement entend-il opérer ce rééquilibrage ? L’examen du projet de budget risquant de se poursuivre encore ce jeudi, et le gouvernement étant arrivé avec ses amendements en commission, difficile d’avoir toutes les informations. Même pour les élus de la minorité qui découvrent “à la minute” ces modifications.
 
“Ce qu’on sait, c’est qu’il va y avoir des diminutions dans chaque ministère pour compenser la fiscalité sur les véhicules hybrides et électriques”, a expliqué Tepuaraurii Teriitahi (Tapura) qui précise : “Par exemple, ils ont rogné sur l’ILM (institut Louis-Malardé), ils ont rogné également sur leurs prévisions de TVA, que ce soit à l’importation ou TVA intérieure… En fait, on a gratté les fonds de tiroirs pour trouver 20 millions par ci, 30 ou 50 millions par là pour arriver à un manque à gagner qu’eux estiment à 740 millions de francs”. En revanche, pour savoir comment sera compensé le manque à gagner d’un milliard et demi, “il faudra attendre les comptes spéciaux”.
 
La minorité “devant le fait accompli”
 
De son côté, Nuihau Laurey (Ahip) regrette que la minorité soit la seule à poser des questions en commission et que “tout se décide en comité de majorité”.  “Nous, minorité, on est mis à chaque fois devant le fait accompli. On fait des propositions, on nous dit qu’on en tiendra compte, et pour l’instant rien ne se fait”, a-t-il ajouté précisant que pour l’instant, “les mesures qui posent le plus de problèmes ont été mises sous le tapis”, la question étant de savoir “à quel moment le tapis va être secoué”.
 
Le seul vrai patron, c’est Antony Géros”
 
Sur le plan politique en revanche, cette marche arrière du gouvernement a permis aux deux franges du Tavini de se réconcilier, du moins en apparence, et pour le moment, puisque cette commission de mercredi a affiché une unité entre les deux présidents Brotherson et Géros. “Comme par magie oui”, a réagi Nuihau Laurey pour qui, “sur le fond, il y a de vraies dissensions sur la manière de gérer les choses, de gérer la matière fiscale”.
 
Est-ce à mettre au crédit de la trêve des confiseurs à l’approche de Noël ? Des 40 ans de mandature d’Oscar Temaru à la mairie de Faa’a ? “Peut-être… on a l’impression que c’est le grand amour”, sourit Tepuaraurii Teriitahi qui poursuit, plus sérieusement : “On a le président de l’assemblée qui défend presque le budget à la place du président de la Polynésie qui en dit très peu. Enfin bon, la constante c’est qu’on a toujours l’impression que c’est le président de l’assemblée qui drive et qui décide (…) Le seul et vrai patron, c’est Antony Géros.”
 
Respecter le “mammouth Tavini”
 
Pour le jeune représentant-député Tavini, Temati Le Gayic, “on est tous camarades” au Tavini mais c’est “sur la manière de faire” que les divergences se font jour. En revanche, une chose est sûre pour lui, le Tavini huiraatira étant “le plus vieux parti de notre pays, puisque les autres partis politiques ont soit changé de nom, soit craqué ou été disloqués”, c’est un “un vieux mammouth qu’il faut respecter” et dont il faut accepter les usages et le fonctionnement. “Ça prend plus de temps mais comme l’a dit un certain socialiste, on ne marche pas ensemble mais il faut frapper ensemble” (slogan qui incarne la stratégie de front unique utilisé par des militants de Léon Trotsky, NDLR).  

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 6 Décembre 2023 à 18:41 | Lu 2853 fois