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Tikehau, la renaissance de l'île aux oiseaux



L’approche du motu aux oiseaux ; l’îlot est cerné par une magnifique couronne de madrépores en pleine santé. On distingue, dominant les cocotiers, le feuillage des Pisonia grandis.
L’approche du motu aux oiseaux ; l’îlot est cerné par une magnifique couronne de madrépores en pleine santé. On distingue, dominant les cocotiers, le feuillage des Pisonia grandis.

Tikehau - Presque toutes les terres polynésiennes aux Tuamotu ont leur “île aux oiseaux”, généralement un motu où chats, rats, chiens et hommes n’ont pas leur place. C’est le cas à Tikehau. Il y a quelques années, nous avions eu l’occasion de dresser un bilan sombre de l’îlot Puarua qui n’était pas en très grande forme. Il semble avoir retrouvé de son lustre aujourd’hui et les amoureux des oiseaux ne pourront que s’en réjouir.

 

Depuis le “Relais Royal Tikeha”, il faut environ trois-quarts d’heure pour parvenir à l’île aux oiseaux. La balade fouette le sang, surtout si le lagon est d’huile et que les moteurs peuvent rugir… L’approche, en revanche, se fait au ralenti ; pas question de déranger la faune aviaire, pas question non plus de buter sur les patates de corail qui affleurent partout. C’est une des particularités d’ailleurs de ce motu que d’être cerné par une magnifique couronne de madrépores apparemment en pleine santé.
 

Un petit regret, rien de bien “consistant” n’est prévu pour débarquer les passagers des bateaux d’excursion. C’est bien pour préserver l’aspect sauvage de l’île, mais c’est négatif quant aux conséquences ; les passagers qui descendent de leur speed-boat risquent de piétiner le substrat forcément fragile. Un ponton très étroit (sans béton) permettrait sans doute de réduire la nuisance, tout en améliorant l’accès à l’île.


Noddis, sternes, fous…

Imperturbables sentinelles veillant sur leurs congénères, des fous à pieds rouges ne se laisseront pas impressionner par l’objectif du photographe.
Imperturbables sentinelles veillant sur leurs congénères, des fous à pieds rouges ne se laisseront pas impressionner par l’objectif du photographe.

Une fois à terre, la séquence émerveillement peut commencer. Émerveillement devant une faune peu craintive qui se laisse volontiers approcher : le motu sert de lieu de reproduction aux noddis, aux sternes blanches, aux fous, entre autres, et tout ce petit monde piaille et crie à tue-tête, se tenant ainsi au courant de l’avancée des visiteurs sur le platier.

Apparemment, tous les oiseaux savent que ces importuns d’un moment ne font que passer en les fixant parfois avec leurs drôles d’yeux, les téléobjectifs de leurs appareils photos. Ça fait bien vaguement “clic-clac”, mais ça ne dérange aucun oiseau, même si tous les volatiles restent tout de même attentifs durant les séances de pose...
 

L’intérieur de l’île est nettement moins facile d’accès et les arbres, plus élevés, ne permettent pas une observation aussi aisée des oiseaux. C’est là que le spectacle nous avait paru désolant : ce motu est l’un des rares bouts de terre qui n’a pas été rasé et transformé en cocoteraie à la fin du XIXe siècle (comme 98 % des Tuamotu d’ailleurs). 
 

On y trouve donc une végétation indigène exceptionnelle, mais malheureusement très abîmée. Aujourd’hui, encore trop d’espèces introduites, essentiellement des cocotiers, encombrent le terrain mais apparemment, le couvert végétal s’est densifié. Peut-être que la relative rareté des visiteurs, Covid oblige, y est pour quelque chose...


Magique “Pisonia grandis”

Ce vieux Pisonia grandis a souffert, perdant nombre de ses grosses branches. Sa base donne une idée de sa taille une fois adulte.
Ce vieux Pisonia grandis a souffert, perdant nombre de ses grosses branches. Sa base donne une idée de sa taille une fois adulte.

L’arbre dominant aux Tuamotu était le magnifique et altier “Pisonia grandis”, les pu’atea, dont les jeunes feuilles sont délicieuses mangées comme des épinards.
 

Cet arbre produit un humus exceptionnel par la conjonction de deux phénomènes ; comme il est très élevé, c’est lui que les oiseaux de mer préfèrent pour nidifier, hors de portée des hommes et de cette saleté de félin qu’ils ont introduit, le chat. Ces oiseaux, la nuit venue, s’y installent (ils le font aussi de jour durant la couvaison et pour nourrir les jeunes) et leurs déjections tombent sur les feuilles plus basses et accélèrent leur chute. En plus clair, le mélange des feuilles et des fientes permet, en quelques décennies, de constituer un humus d’une exceptionnelle épaisseur (un mètre n’est pas rare) et d’une qualité sans égale ! 
 

Intéressant pour les Pisonia grandis qui voient donc leur avenir assuré par la germination, dans ce terreau, de leurs graines. Et ainsi se régénère spontanément la forêt d’ombre, de fraîcheur et de verdure. De part et d’autre de ces grands arbres, toute une flore étagée en profite, côté océan et côté lagon.


Régénérer et protéger

Quand ils ne sont pas en train de couver ou de pêcher, les noddis semblent s’accorder des pauses sur les coraux bordant le motu.
Quand ils ne sont pas en train de couver ou de pêcher, les noddis semblent s’accorder des pauses sur les coraux bordant le motu.

A Tikehau il y a quelques années, l’humus avait été sauvagement arraché et emporté et les racines des pu’atea serpentaient à même un sol pauvre et trop sec. Du coup, les jeunes pisonias étaient peu nombreux à sortir de terre, tandis que leurs aînés vieillissaient mal et prématurément. 

Apparemment, là encore la situation a changé en bien : la couche d’humus est en train de se reconstituer et il n’est pas impossible que l’île aux oiseaux retrouve dans le futur le riche substrat qui était le sien. Un substrat d’autant plus fragile qu’un cyclone peut littéralement le balayer en quelques heures.

Pour ce récent passage à Tikehau, notre constat est donc moins alarmiste qu’il ne le fut il y a quelques années. La condition première d’un renouveau de l’île, atout majeur du tourisme local, est bien entendu que les habitants de Tikehau ne viennent pas ramasser du terreau, y compris ceux qui tentent, c’est louable, de développer sur place une petite activité de maraichage. 

Enfin, à défaut d’un nettoyage de l’île aux oiseaux, il nous semble opportun de limiter considérablement le nombre de cocotiers dans le sous-bois à Pisonia grandis, de manière à laisser un peu plus de place et de lumière aux jeunes plants de ces arbres majestueux.


Pisonia grandis, le “mape” des Tuamotu

Parfois comparé au mape des îles hautes, le pu’atea prend souvent des dimensions très importantes comme en atteste ce spécimen généreux de formes.
Parfois comparé au mape des îles hautes, le pu’atea prend souvent des dimensions très importantes comme en atteste ce spécimen généreux de formes.

S’il nous fallait comparer le pu’atea (Pisonia grandis) à un arbre des îles hautes de Tahiti, indubitablement, celui qui viendrait à l’esprit serait le mape (Inocarpus fagiter), non pas eu égard aux fruits du pu’atea, mais à son volume dans une forêt et à ses racines qui occupent au sol une place plus qu’importante. La comestibilité de ses jeunes feuilles ne se discute pas quand on connaît le nom vernaculaire français de l’espèce, l’arbre à choux, et l’appellation anglaise, “lettuce tree”. On le rencontre aux Marquises, aux Australes, dans l’archipel de la Société mais aussi et surtout aux Tuamotu (pas aux Gambier) dont il semble apprécier les sols coralliens qu’il sait enrichir par l’humus que lui procure la décomposition de ses feuilles et des fientes d’oiseaux qui nichent dans ses hautes branches.


Des fruits “voyageurs”

Cet arbre est indigène à la Polynésie française ; entendez par là qu’il n’a pas été introduit par l’homme mais qu’il y est venu seul ; son aire naturelle de répartition est immense, des côtes est de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est, de l’Australie à Pitcairn et Hawaii.

Ses dimensions en font un géant local, puisqu’il peut culminer à trente mètres de hauteur pour un diamètre de cinq mètres. Ses petites fruits de quelques millimètres seulement ont la particularité d’être collants ; ils se fixent donc sur les pattes et le plumage des oiseaux, ce qui leur permet d’effectuer de grands voyages et de trouver des sites de germination très éloignés les uns des autres, d’où l’aire de répartition de cet arbre. 

Pour les amateurs de pu’atea, les branches cassées permettent d’obtenir des boutures qui reprennent très facilement (dans la nature, les branches cassées lors d’une tempête peuvent se bouturer elles-mêmes une fois au sol). Mais attention, pas question de venir massacrer les Pisonia grandis de l’île aux oiseaux de Tikehau et pas question non plus de se lancer dans un hasardeux bouturage si l’on a pas une place conséquente à consacrer à l’arbre une fois adulte.


Un bois de mauvaise qualité

En revanche, si le pu’atea a de nombreuses qualités, son bois est trop léger et tendre pour être utilisé pour les charpentes ou la fabrication de mobilier. Les spécialistes précisent que “ses résistances mécaniques sont très faibles”. Il résiste qui plus est mal aux champignons, supporte très peu l’humidité, est sensible aux insectes (xylophages, termites...) et, cerise sur le gâteau, ce bois est difficile à scier à cause de son caractère fibreux. Les gourmets enfin éviteront de capturer des crabes de cocotiers dans les forêts de pu’atea, car en se nourrissant de leurs racines (les kaveu mangent tout !) ils peuvent devenir toxiques.

Le destin des nombreuses forêts de Pisonia grandis a basculé au XIXe siècle ; jusqu’à cette époque, ses feuilles et les fientes des oiseaux permettaient aux populations paumotu de disposer d’une terre très riche et tout poussait facilement dans les fosses à culture dont la base baignait quasiment dans la lentille d’eau saumâtre qui se trouve sous chaque atoll. Or, en s’installant, les missionnaires et les marchands n’ont eu de cesse de regrouper en villages des habitants jusque-là plus dispersés et de raser les pu’atea pour y planter les immenses, mornes et stériles cocoteraies que l’on connaît de nos jours. La monoculture du cocotier aux Tuamotu a irréversiblement bouleversé les paysages, appauvrissant la flore, la faune et les sols d’une manière dramatique. Une chose est certaine, les paysages d’aujourd’hui sur les atolls n’ont rien à voir avec ceux d’il y a encore deux cents ans, la principale victime en ayant été Pisonia grandis...


Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Pisonia grandis, un livre : “Guide des arbres de Polynésie française” (Ed. Au vent des îles, J.F. Butaud, J. Gérard, D. Guibal).


La plus belle île aux oiseaux

Un superbe phaéton à brins rouges (Phaethon rubricauda) photographié sur l’atoll de Fangataufa, l’île qui est sans doute l’une des plus riches réserves d’oiseaux marins de la Polynésie française, malgré son passé nucléaire.
Un superbe phaéton à brins rouges (Phaethon rubricauda) photographié sur l’atoll de Fangataufa, l’île qui est sans doute l’une des plus riches réserves d’oiseaux marins de la Polynésie française, malgré son passé nucléaire.

Où se trouve l’une des plus belles et des plus riches îles aux oiseaux de toute la Polynésie française ? Sinon la plus belle ? Un peu incroyable, c’est sur le petit atoll de Fangataufa que se concentrent le plus d’oiseaux marins au mètre carré, bien que le site fut le théâtre de quatre explosions nucléaires aériennes entre 1966 et 1970  dont, le 24 août 1968, le premier essai français d’une bombe H (opération Canopus, 2,6 mégatonnes), représentant plus de 150 fois Hiroshima aux dires des spécialistes (expérimentations suivies de dix explosions souterraines de 1988 à 1996).
 

On ne peut évidemment se rendre qu’exceptionnellement à Fangataufa, atoll placé sous la surveillance de l’armée française, et c’est en quelque sorte tant mieux dans la mesure où la végétation typique des Tuamotu a repris le dessus et où la faune aviaire n’a pas été longue à comprendre que cet endroit était désert, donc sans risque pour elle ; d’où une concentration de vie exceptionnelle alors que durant les expérimentations nucléaires, l’atoll, notamment lors de l’essai baptisé Canopus, avait été complètement soufflé par l’explosion.
 

Pour mémoire, mais qui s’en souvient, la proposition du député Bataille, il y a quelques années maintenant, de former des jeunes étudiants polynésiens à une mission de surveillance des écosystèmes de Fangataufa et de Moruroa (aux frais de la France, ce qui paraît normal) était très intéressante. Et surtout, elle renvoyait dans leurs 22 mètres tous ceux qui, peut-être mal informés de l'état actuel de ces atolls, souhaitaient à l’époque en faire de gigantesques poubelles destinées à accumuler les ordures de Tahiti ! Le coût économique en eût été ridiculement élevé (on s’en est rendu compte depuis...), et surtout la propreté des lieux (où, faut-il le rappeler, la radioactivité artificielle est très faible) ne le mérite pas. Mais cette idée de poubelle avait bel et bien été avancée.


Cinq oiseaux emblématiques

En fonction des saisons, mais aussi des types d’habitats, certains oiseaux de mer sont ou ne sont pas présents sur telle ou telle île. Sur le motu Pu’arua de Tikehau, cinq espèces sont largement dominantes.

 

Le fou à pieds rouges

(Sula sula)

Espèce présente dans toute la ceinture tropicale de la planète. Un couple ne pond qu’un seul œuf couvé 45 jours. Il sera nourri une centaine de jours au nid avant de prendre son envol.

 

La sterne huppée

(Sterna bergii)

La sterne huppée, souvent appelée à tort mouette, est répandue dans l’océan indien et le Pacifique. Elle se nourrit de petits poissons et affectionne les eaux peu profondes des lagons. Elle est typique des Tuamotu.

 

Le noddi brun

(Anous stolidus)

Pour le repérer, pas besoin de voir cet oiseau qui lance sur son site de nidification des cris rauques et forts de jour comme de nuit. Ses “kraa kraa” sont mêmes des nuisances sonores parfois insupportables. Il est largement répandu dans le Pacifique, l’océan Indien et l’Atlantique.

 

La gygis blanche

(Gygis alba)

L’un des plus petits oiseaux de mer, la belle et immaculée gygis est répandue dans tous les archipels polynésiens. Elle a la particularité de ne pas construire de nid, posant tout simplement son œuf sur une branche ou une petite fourche de branche. Evidemment, au moindre choc violent, l’œuf est par terre...

 

L’aigrette sacrée

(Egretta sacra)

Souvent appelée à tort héron, l’aigrette sacrée est présente dans toute la ceinture tropicale du Pacifique. Il en existe deux, l’aigrette grise (plumage foncé) et l’aigrette blanche, plus fréquente aux Tuamotu. Elle rôde toujours en solitaire sur les plages ou les platiers. 

Pour ceux qui veulent mieux connaître les oiseaux de Polynésie, un ouvrage de référence : “Oiseaux du Fenua” d’Anne Gouni et de Thierry Zysman, Ed ; Thétys.


Rédigé par daniel Pardon le Vendredi 29 Janvier 2021 à 08:42 | Lu 1573 fois





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