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Temaru/Brotherson, dissonance de voix


Tahiti, le 27 janvier 2025 - C’est seul, dans la nouvelle permanence du Tavini huiraatira, que le président du parti indépendantiste, Oscar Temaru, tenait à rencontrer la presse ce lundi. Un rendez-vous qui, selon l’invitation, devait parler de l’Azerbaïdjan, mais qui a rapidement été chassé par les critiques proférées à l’encontre du président du Pays, Moetai Brotherson.
 

L’esprit toujours vif, Oscar Temaru tenait à donner son sentiment sur l’actualité politique du moment. Union des autonomistes, rassemblement des indépendantistes à Nouméa et avenir économique du Pays.
 
C’est par un tacle aux partis autonomistes que le leader du Tavini a souhaité ouvrir son propos, lors d’une conférence de presse, ce lundi. “L’autonomie, c’est un pantalon troué de partout. Il faut le jeter au dépotoir.” Pour lui, la tentative de regroupement entre les mouvements autonomistes du Pays le week-end dernier, avant les échéances municipales, ne va pas loin. “Il font l’union pour l’union. Ce n’est pas avec ça qu’on va changer la vie de nos concitoyens”, et de poursuivre : “Si Édouard Fritch avait été réélu, il aurait demandé le retrait de la Polynésie de la liste des pays non autonomes à l’ONU.”
 
Le soutien de l’ONU justement, Oscar Temaru y croit toujours, même si pour cela, il faut fricoter avec des régimes politiques opportunistes comme l’Azerbaïdjan. “Le rôle de la France, c’est de nous accompagner”, assène-t-il. “Les refus d’organisation de missions de l’ONU ici, ce n’est pas normal.” Il a avoué ce lundi à ce sujet avoir été déçu par les dirigeants socialistes, l’ancien président François Hollande en tête, qui avaient pourtant promis d’accompagner Oscar Temaru dans sa démarche, avant de se rétracter une fois au pouvoir.
 
Et s’il faut pactiser avec l’Azerbaïdjan pour cela, et faire l’union pour l’union avec les autres mouvements indépendantistes ultramarins à Nouméa, ce n’est pas un problème. “C’est un pays qui représente 140 pays non alignés à l’ONU”, explique le maire de Faa’a.
 
Une indépendance qui sera accompagnée grâce à l’extraction des nodules polymétalliques présents dans nos eaux. “1 km2 représente 10 à 15 milliards de dollars”, s’empresse-t-il d’expliquer. “Vous imaginez ce que cela fait ! Ils (l’État, NDLR) peuvent se les garder leurs 200 milliards de francs par an.”
 
Les nodules qui rendent riche et indépendant, Oscar Temaru y croit. “Il ne devrait plus y avoir de pauvres. (…) L’accession à l’indépendance, ce n’est pas la fin du film. Nous serons membre des Nations unies et nous discuterons d’État à État.” Pour le maire de Faa’a, les nodules, “ça se ramasse à la pelle”.

Brotherson était prévenu

En remettant cette histoire de nodules sur la table, Oscar Temaru rouvre la brèche qui le sépare de son gendre, et président du Pays, Moetai Brotherson. Le locataire de la caserne Broche s’est déjà prononcé contre leur extraction. “Il est du même avis que Macron”, lance-t-il alors, désappointé.
 
Et ce désaccord semble désormais plus profond. Alors qu’il est interrogé sur les élections à venir (municipales, législatives anticipées potentielles), Oscar Temaru rebondit. “On sait ce que l’on veut, on a un programme.” Le problème selon lui, c’est que “le programme du Tavini n’est pas appliqué. Je l’avais prévenu lors de son premier départ pour Paris. Je l’ai accompagné à l’aéroport et lui ai dit de faire attention. Le chemin qu’il empruntait alors, d’autres l’ont pris avant lui.”  Sous-entendu, Moetai Brotherson est parti à Paris avec des convictions… il en est revenu avec des consignes.
 
Le président du Tavini souhaite-t-il son maintien en place alors que Tony Géros trépigne dans son coin ? Réponse cash d’Oscar Temaru : “L’attitude de Moetai Brotherson est aussi celle de plusieurs personnes chez nous. Où est la défense de notre droit de souveraineté ? On a des atouts, on a des ressources que l’on pourrait partager avec d’autres pays.”
 
Ces divergences, si elles ne sont pas discutées entre deux poissons crus à la maison, seront certainement évoquées le 8 février prochain lors du séminaire du Tavini puis en mars prochain lors du congrès du parti au motu Ovini pour établir les têtes de liste dans les grandes communes aux prochaines municipales de 2026.
 
Oscar Temaru sera-t-il candidat à un nouveau mandat à Faa’a ? “God only knows”, a répondu avec le sourire le tāvana.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 27 Janvier 2025 à 15:20 | Lu 6309 fois