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Teahupo’o dit non aux plaisanciers


La baie de Phaëton et ses plaisanciers, un paysage maritime que les habitants de Teahupo’o refusent de voir à leur fenêtre.
La baie de Phaëton et ses plaisanciers, un paysage maritime que les habitants de Teahupo’o refusent de voir à leur fenêtre.
Tahiti, le 15 janvier 2024 - Le conseil des ministres a adopté la semaine dernière un arrêté réglementant le mouillage des navires de différentes catégories, dans le lagon de Taiarapu-Ouest, élaboré par le Pays en concertation avec les équipes municipales.
 
D’après communiqué du gouvernement diffusé la semaine dernière, “depuis plusieurs années, le Pays a pour projet d’organiser, avec les communes, les usages et activités nautiques dans les lagons de Polynésie française afin de prévenir toute dégradation des écosystèmes marins et de limiter l’impact des navires dans nos eaux. La première étape de ce plan consiste à encadrer le mouillage et le stationnement des navires et notamment ceux exerçant des activités de plaisance ou de transport touristique” (voir encadré).
 
Selon le ministre des Grands travaux, Jordy Chan, “la population l’a accueilli de façon plutôt favorable, les tāvana ont été invités par la Direction polynésienne des affaires maritimes (DPAM) pour l’élaboration du projet d’arrêté, qui avait pour vocation de réglementer le mouillage des navires de plaisance de taille relativement importante, et pour tous les navires de moins de 7,50 mètres, ils seront toujours autorisés à circuler où ils veulent et à stationner autant que possible, tant que cela ne dépasse pas une durée de 24 heures”.
 
Reste à savoir comment faire appliquer cette règlementation. Pour le ministre, le Pays, l’État et les communes devraient collaborer pour assurer ce rôle de contrôle. “En tout cas, c’est sûr, s’il n’y a pas de cadre légal pour pouvoir faire respecter la règlementation, on ne pourra pas agir dessus, donc dans un premier temps, il fallait poser les règles”, a-t-il précisé. Pour le maire de Taiarapu-Ouest, Tetuanui Hamblin, “la commune est prête, les brigades de police municipale seront dotées d’équipements de navigation et formées pour procéder aux contrôles des mouillages et faire appliquer la règlementation, mais nous sommes encore en attente de moyens de transport comme les bateaux de contrôle”.
 
“Nous ne voulons pas de pollution visuelle”
 
La population de Teahupo’o, sous couvert de son tāvana Roniu Tupana, s’est opposée au mouillage des plaisanciers dans son lagon, et ce jusqu’au Fenua aihere. Les chenaux étant assez étroits et le lagon servant de lieu de baignade et de pêche, “ça doit rester intact, pas de bateaux à voile, pas de mouillages, parce que nous ne voulons pas voir tous les jours cette pollution visuelle comme on peut en voir à la baie Phaëton”, a martelé un habitant du bord de mer de l’autre rive de la Fauoro. “C’est très bien qu’ils aient réglementé la vitesse de navigation, comme ça il y aura moins d’accidents, surtout que nos enfants aiment se baigner là devant”, s’est-il rassuré.
 
Ronui Tupana s’est réjouie du fait qu’il n’y aura pas de mouillage dans sa commune, car selon elle, “cela évitera aussi les dérapages qu’on a pu connaître avec des plaisanciers notamment pour le trafic de drogue”, en ajoutant à cela “les problèmes de traitement des eaux usées et la collecte des ordures qui, bien souvent, sont laissées en bord de route ou n’importe où par ces plaisanciers”.
 
Phaëton cherche capitainerie
 
Par ailleurs, dans la baie de Phaëton, il a été constaté que depuis la crise sanitaire, de plus en plus de navires sont ancrés sans corps-morts et que certains sont inhabités ou encore abandonnés. Le maire de Taravao a fait savoir récemment qu’il “aimerait bien agir”, mais il lui faudrait l’aval du Port autonome qui en est le gestionnaire. Pour l’heure, rien n’indique une avancée du dossier, malgré les démarches dans ce sens ou les contestations des riverains, comme ce restaurateur qui n’a pas hésité à inspecter lui-même les navires ancrés devant sa terrasse. Pour le ministre des Grands travaux, effectivement, le dossier est pris au sérieux : “Le domaine maritime de la baie de Phaëton a été affecté au Port autonome de Papeete, donc pour pouvoir contrôler les navires, il faut une base à terre, un terrain pour installer une capitainerie pour qu’ensuite, on puisse contrôler de manière régulière”. On n’est pas loin d’une navigation en eaux troubles.

Ce que prévoit l’arrêté

- Trois emplacements de mouillage seront dédiés aux navires de grand gabarit dans la baie de Tapuaeraha. Le premier sera destiné à l’accueil d’un navire de croisière (plus de 90 m) et les deux autres au séjour de navires de 20 à 90 m.
- Les navires de moins de 20 m pourront mouiller dans deux zones. Ces zones seront équipées à terme de dispositifs d’ancrages écologiques (corps-morts) et le mouillage sur ancre sera interdit. Ces deux zones pourront accueillir un total de huit navires.
- Les navires fréquentant l’ensemble de ces zones ne pourront séjourner plus de 48 heures sur le même emplacement.
- Les navires de moins de 7,5 m pourront mouiller dans d’autres emplacements du lagon à l’exception des passes et des chenaux de navigation. Ils devront néanmoins stationner dans des endroits adaptés, à l’écart des récifs ou massifs coralliens et la durée de leur mouillage sera limitée à 24 heures.
- La vitesse sera limitée à 10 nœuds (environ 18 km/h) dans les zones les plus étroites et dangereuses du lagon.

Rédigé par Paora’i Raveino le Lundi 15 Janvier 2024 à 19:31 | Lu 3359 fois