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Taivini Teai souhaite légaliser la pharmacopée traditionnelle


Crédit photo : Thibault Segalard.
Crédit photo : Thibault Segalard.
Tahiti, le 8 février 2024 - Lors d'une table ronde organisée au Fifo, le ministre de l'Agriculture Taivini Teai a annoncé que des “groupes de travail” plancheraient sur une future nomenclature de la pharmacopée traditionnelle, et notamment sur la méthode dite de l'hydrolytique, développée par le pharmacien Philippe Maunier, qui dirige le Comptoir des plantes polynésiennes à Paea. Le ministre voudrait proposer prochainement une loi sur la légalisation de cette “médecine”, qui allie le savoir ancestral polynésien et les méthodes scientifiques.
 
L'information a été distillée au cours d'une table ronde organisée ce jeudi, lors du Festival international du film documentaire océanien (Fifo), sur le thème de la pharmacopée traditionnelle. L'entretien réunissait le ministre de l'Agriculture, Taivini Teai, mais également Philippe et Nirvana Maunier, les propriétaires de la pharmacie Tiapa de Paea et du Comptoir des plantes polynésiennes, ainsi que leur fille Timeri Maunier, également pharmacienne. Au fil de la discussion, le ministre a évoqué le fait qu'il mettait en place des “groupes de travail” pour plancher sur la légalisation de la pharmacopée traditionnelle. “C'est dans l'optique de faire une proposition de loi”, nous confirme-t-il en premier lieu. “Tout d'abord, on va identifier les plantes qui sont déjà inscrites dans la pharmacopée française et dont on n'a pas la connaissance, afin que les pharmaciens et médecins sur le territoire puissent les utiliser en toute légitimité.”
 
“Ensuite, on va aller vers les plantes locales qu'on connaît déjà, comme la fleur de tiare. On va pouvoir, en fonction des compositions chimiques, déterminer comment on peut les utiliser”, explique-t-il. “Si la plante a telle vertu en solution aqueuse, on va l'utiliser ainsi, en solution alcoolique d'une autre manière... Cela va nous servir à émettre des recommandations d'utilisation et de non-utilisation en fonction de la toxicité.”
 
Légaliser pour démocratiser
 
En effet, l'intérêt de légaliser cette manière alternative de se soigner est le moyen le plus rapide pour démocratiser cette méthode. “On est hors la loi, c'est le bouche-à-oreille qui fonctionne et qui fait que de plus en plus de gens viennent chez nous”, regrette par ailleurs Philippe Maunier qui, dans son magasin, le Comptoir des plantes polynésiennes, vend des hydrolats – des remèdes à base de plantes traditionnelles, qu'il a mis six ans à développer – sous l'appellation “compléments alimentaires”, pour rentrer dans les clous de la loi. “Mes collègues de l'hôpital (il a longtemps été pharmacien hospitalier, NDLR), quand je parlais des rā’au tahiti, me disaient que ce n'était pas possible, qu'il y avait eu trop d'accidents avec. Cela a créé une peur qui est passée de médecin en médecin à l'hôpital”, raconte-t-il.
 

Crédit photo : Archive TI.
Crédit photo : Archive TI.
Désormais, après six ans de recherches, il a réussi à décoder les plantes, pour en extraire les principes actifs avec une méthode de distillation. Une réinterprétation de la médecine traditionnelle, des rā’au tahiti, avec la science. “On en est qu'au balbutiement des recherches, mais cela a permis de redécouvrir les bienfaits de nombreuses plantes et de retrouver ce qu'utilisaient nos tupuna autrefois. C'est la continuité de notre culture avec l'aspect scientifique et toxicologique”, explique toujours Philippe Maunier, qui espère que la nouvelle génération se mettra également à travailler sur le sujet.
 
En attendant, le pharmacien attend le feu vert du Pays pour légaliser ses hydrolats, ce qui semble être en bonne voie et la volonté de Taivini Teai qui, par le passé, a travaillé à l'élaboration de ces remèdes avec Philippe Maunier. Ils ont par ailleurs publié ensemble, en début d'année dernière, un recueil, nommé “Les hydrolats chémotypés et biologiques du Pacifique ou ethno-hydrolats polynésiens”.
 

Loi cannabis, Taivini Teai a pris acte des recommandations du Cesec et de l'Autorité polynésienne de la concurrence

Les 1er et 5 février dernier, le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) ainsi que l'Autorité polynésienne de la concurrence (APC) ont rendu leurs avis, conclusions et recommandations sur le projet de loi sur le cannabis. Rappelons que le Cesec avait rendu un avis favorable pour l'utilisation thérapeutique, mais défavorable pour tout le reste, notamment l'utilisation de chanvre et de CBD. L'APC avait quant à elle recommandé, entre autres, de distinguer dans la loi l’activité d'importation de semences de l'activité de contrôle des champs de cannabis. Interrogé en marge de la table ronde à laquelle il participait ce jeudi au Fifo, Taivini Teai affirme avoir “pris acte des recommandations” émises par les deux entités. “On avait déjà en tête des améliorations à la loi présentée. Cela nous conforte donc dans notre idée de présenter des amendements réglementaires en commission au niveau de l'assemblée.”
 

Rédigé par Thibault Segalard le Jeudi 8 Février 2024 à 18:03 | Lu 2418 fois