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Tahuareva : plus mystique qu'archéologique


Vendredi au pied de Tahuareva, Laiza Pautehea a demandé un délai de deux semaines pour analyser davantage les éléments découverts.
Vendredi au pied de Tahuareva, Laiza Pautehea a demandé un délai de deux semaines pour analyser davantage les éléments découverts.
Tahiti, le 22 août – Après l’annonce de la découverte de vestiges sur la montagne Tahuareva à Tautira en début de semaine, deux archéologues ont été mandatés par la Direction de la culture et du patrimoine pour expertiser les éléments recensés. Leur constat : les vestiges ne sont pas l’œuvre des tupuna. Pour les riverains défendant la montagne menacée de dynamitage depuis début mai, c’est une annonce qui renforce le caractère sacré de Tahuareva. 
 
Lundi dernier, l’association Te Hono Autahi no Ataaroa i Tautira et le collectif Te Hono Tia’au ont indiqué qu’ils avaient fait la découverte d’un “site patrimonial et culturel” sur Tahuareva, cette montagne de Tautira qui fait tant parler d’elle depuis le 4 mai en raison de l’annonce du dynamitage d’une partie de sa falaise. En réaction à cette annonce, la Direction de la culture et du patrimoine a mandaté deux archéologues pour examiner les “vestiges” recensés par les riverains. Leurs observations leur ont permis d’affirmer vendredi qu’il ne s’agissait pas d’un site archéologique à l’initiative de l’Homme. Pour les militants de Tautira, ce constat vient pourtant entériner leur combat pour Tahuareva, et renforcer le caractère sacré de la montagne affiliée à une illustre légende polynésienne, le guerrier Hono’ura.
 
Une formation naturelle
 
Mark Eddowes est un archéologue originaire de Nouvelle-Zélande reconnu dans le domaine de l’anthropologie polynésienne. Anatauarii Leal-Tamarii est lui aussi archéologue, mais pour la Direction de la culture et du patrimoine. Tous deux ont escaladé la montagne de Tahuareva vendredi matin et tous deux ont dressé le même constat : les pétroglyphes et les formes relevées par les militants ne sont pas l’œuvre de la main de l’Homme. 
 
Là-haut, il n’y a pas de pétroglyphes à proprement parler. Ça n’a pas été taillé dans le rocher. Il n’y a pas d’aménagements faits pas les tupuna. C’est une formation naturelle”, a expliqué Mark Eddowes lors de sa descente de Tahuareva. Des propos rejoints par ceux d’Anatauarii Leal-Tamarii : “On est monté pour observer tout ce que le collectif voulait que l’on voit. À la fois l’oiseau, le cachalot, la tortue, le poisson, le tiki… On a observé tous ces éléments et on a conclu mutuellement qu’il n’y avait pas d’intérêt archéologique au sens propre du terme, à savoir qu’il n’y a pas de traces d’outils ; de travail de l’Homme sur la pierre. Ça ne nous permet pas de supposer un ancrage mythique des éléments en question”. Ce n’est donc pas un site archéologique. Mais Mark Eddowes précise que “l’importance culturelle locale, c’est ce sens des signes dans l’environnement et la nature”.

La montagne de Tahuareva est menacée de dynamitage depuis mai dernier.
La montagne de Tahuareva est menacée de dynamitage depuis mai dernier.
Le caractère sacré renforcé
 
Pour Laiza Pautehea, professeure en arts plastiques, artiste plasticienne et présidente du collectif Te Hono Tia’au, “Si ce n’est pas fait de la main de l’Homme et que c’est fait naturellement, alors, par rapport à la croyance et à la cosmogonie des Polynésiens, c’est quelque chose qui pour nous est encore plus tapu, encore plus sacré”. 
 
En contact avec le gouvernement, Laiza Pautehea demande deux semaines pour “analyser et étudier davantage les éléments”. L’artiste plasticienne a aussi transmis son travail à des ethnologues. “Nous avons toujours cette attache à tous les animaux, cette croyance en la nature et en sa façon d’être. Pour les animaux que nous voyons en haut, il y a bien des sculptures, des formes avec des creux, des bas-reliefs. Je peux le prouver, l’analyser. Il faut juste me laisser un peu de temps et après vous prendrez une décision”, a développé vendredi la professeure devant le maire délégué de Tautira, Ueva Hamblin et plusieurs représentants de l’Équipement, non sans émotion.

Raphaël Toofa, défendra jusqu’au bout “le patrimoine culturel” de Tautira.
Raphaël Toofa, défendra jusqu’au bout “le patrimoine culturel” de Tautira.
Laiza n’est pas la seule à se battre contre le dynamitage de Tahuareva. L’association Te Hono Autahi no Ataaroa i Tautira, présidée par Raphaël Toofa, milite depuis l’annonce du projet pour défendre “le patrimoine culturel” de Tautira. “Dans cette affaire, deux combats s’opposent : la sécurisation des véhicules contre la protection de notre patrimoine”, explique Raphaël Toofa. L’association avait présenté des alternatives au ministère de l’Équipement, notamment les possibilités d’élargir la route ou d’installer un filet de protection le long de la montagne. Des propositions rejetées par l’Équipement. 
 
La route à nouveau barrée
 
La montagne de Tahuareva est celle du guerrier Hono’ura. C’est la montagne où les aito d’antan décidaient de qui allait conquérir le Pacifique” explique le président de l’association. “Je pense qu’il faut absolument protéger Tahuareva. Qu’est-ce qu’on va pouvoir raconter à nos enfants ? Que nous avons laissé détruire notre site ancestral ? Ils n’ont pas pris conscience de l’importance de la montagne qui nous est chère”.

Mark Eddowes.
Mark Eddowes.
Vendredi, Raphaël Toofa se refusait de crier victoire ou de baisser les bras. Samedi, à travers un mail à l'intention du ministère de la Culture, Laiza Pautehea a indiqué avoir appris que la route serait de nouveau barrée lundi pour la reprise des travaux sur la montagne. "Vous avez choisi de na pas tenir compte de ma demande de délai de deux semaines. Pourquoi ? Merci de me tenir infirmée". Le conflit autour du dynamitage de la montagne de Tautira continue.

Anatauarii Leal-Tamarii.
Anatauarii Leal-Tamarii.

Rédigé par Etienne Dorin le Dimanche 22 Août 2021 à 10:02 | Lu 5061 fois