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Taapuna surf club, 50 ans d'histoire


Tahiti, le 17 novembre 2022 - Créé en novembre 1972, le Taapuna surf club fête cette semaine ses 50 ans d’existence. Retour sur un demi-siècle d’histoire et de performances sportives.
 
À l’origine, il y a la superbe gauche tubulaire de la passe du PK 10 à Punaauia. Un spot déjà très fréquenté au début des années 1970, éponyme du premier incubateur du surf local.
Le Taapuna surf club, célèbre matrice à champions de la côte ouest, fête ses 50 ans cette semaine et mérite bien que l’on s’attarde un peu sur sa riche histoire. Le président d’honneur du Taapuna surf club, Jean-Christophe Shigetomi, auteur de l’ouvrage à paraitre Horue, Le Surf tahitien de ses origines à la mâchoire de Teahupoo, nous ouvre pour l’occasion ses archives.
 
Si le Taapuna surf club a vu le jour un 15 novembre 1972, lors d’une assemblée constitutive conduite sous la présidence de Léopold Ateni assisté de Jean-Paul Galenon, sa création légale est datée du 18 novembre. Le club de surf est constitué dès l’origine par un groupe d’amateurs fervents et assidus. Il va très vite s’imposer comme la référence locale de ce sport de glisse. Le club draine d’emblée l’élite du surf tahitien. Des champions qui s'illustrent dès lors à toutes les finales des compétitions locales, voire aux championnats de France et mondiaux.

Le jeune Arsène Harehoe, sociétaire du Taapuna surf club, à Hawaii en 1975.
Le jeune Arsène Harehoe, sociétaire du Taapuna surf club, à Hawaii en 1975.
Démarrage en force
 
Après un an d’existence, le bilan sportif du club l’impose déjà dans le paysage local avec un grand magnétisme. Après trois ans d’existence, en 1975, le club compte quelques 132 licenciés, et affiche de sérieuses performances en compétition. En 1973, Arsène Harehoe finit champion en catégorie Cadets, tandis qu’Éric Paofai est consacré dans la catégorie homme. Le jeune Harehoe, alors collégien, est à nouveau champion de Tahiti cadets puis de France en 1974, pour cumuler les titres de champion cadet en 1975, de champion de France junior en 1976 puis toutes catégories.
L’année suivant, il finit champion de Tahiti junior et en toutes catégories. Et son palmarès impressionnant ne fait alors que débuter.
 
Pourtant son club d’adoption n’a pas que des admirateurs. Une personnalité du surf local lance ironique, courant 1973 : “Les gars du Taapuna ne sont pas des soulards… sur la plage tout au moins”. Une boutade à laquelle le président Léopold Ateni répondra en évoquant simplement le palmarès déjà illustre du Taapuna surf club, à l’heure d’évoquer son bilan sportif de l’année.
 
Et les ondines ne sont pas en reste. La catégorie comprend des sportives qui comptent, notamment Marie-Thérèse Stein, Hinano Leboucher, Batani Gournac et Sylvie Faure. En 1976, elles seront rejointes par Teura, championne de France 1976, et par les sœurs Sanford de Papara.
 
Rayonnement international
 
Le Taapuna sera le premier surf club tahitien à organiser, dès 1975, des déplacements sportifs aux îles Hawai’i. Pour financer ces séjours, il organise notamment une soirée au Matavai avec l’élection de la première Miss surf : Maea Adger. Un voyage auquel participe évidemment le jeune champion du club, Arsène Harehoe. Scolarisé au lycée Paul Gauguin en classe de 3e, il bénéficie d’une autorisation exceptionnelle d’absence pour lui permettre de concourir dans la catégorie Cadets aux championnats du monde organisés à Hawai’i en novembre 1975.
 
Le club aborde le virage des années 1980 auréolés d’un solide palmarès. En 1984, les compétiteurs du Taapuna surf club sont de toutes les finales des compétitions locales : s’imposent en Cadets, Lionel Teihotu ; en Juniors, Moana David, Jérôme Rigaudie et Temauri Cadousteau ; en Seniors, Arsène Harehoe, Teremu Harehoe, Gino Ceran, Franco Taraihau, Teva Noble, Patrice Hiro ; et en Vétérans Alain Cordioli.
 
Le petit frère d’Arsène, Teremu Harehoe, se classe 2e en Seniors et 3e en toutes catégories, lors de sa participation aux championnats de France en 1984. Les six sélectionnés français pour les championnats du monde qui suivent comptent quatre licenciés du Taapuna surf club : Arsène Harehoe, Franco Taraihau et Gino Ceran en Séniors et Moana David en Junior. Ce dernier finira à la 7e place.
 
Le 31 octobre 1984, Arsène Harehoe prend la présidence du club où il succède à Paul Coulon.
Il est assisté d’Eimata Carrol comme secrétaire, de Jérôme Rigaudie comme trésorier et d’Alain Cordioli comme directeur de compétition. Eimata Carroll qui succèdera d'ailleurs à Arsène Harehoe à la présidence du Taapuna surf club.
 
En 1985, Arsène Harehoe, Franco Taraihau, Moana David, Jean Suen Ko et Teremu Harehoe figurent avec constance en bonnes places dans les compétitions locales. Teura Ruaki est l’ondine phare du Taapuna surf club à même de pouvoir inquiéter Christine Sanford, alors championne d’Europe
en titre.

Le podium des juges installé sur le platier face à la gauche de Taapuna, pour la première édition de la Taapuna Master, en 1994.
Le podium des juges installé sur le platier face à la gauche de Taapuna, pour la première édition de la Taapuna Master, en 1994.
Performances nationales
 
En 1985, la sélection de l’équipe tahitienne qui participe aux championnats de France se compose en Séniors de Moana David et d’Arsène Harehoe. Les deux surfeurs seront ensuite engagés dans Le Lacanau Pro, compétition professionnelle où ils passeront trois tours face à l’élite mondiale professionnelle. En décembre 1985, Arsène Harehoe a déjà acquis une notoriété dans l’univers du surf, au plan international. Il est invité àparticiper au Hawaiian Event. En 1986, la sélection tahitienne qui participe aux championnats de France est composée d’Alain Cordioli, son capitaine, de Teremu Harehoe, de Moana David et de Jean Suenko. Ils seront rejoints par Arsène Harehoe, Georges Remoissenet, Jérôme Rigaudie et Guillaume Bourligueux.
 
Si Guillaume Bourligueux remporte le critérium des jeunes, dans la catégorie Seniors, Teremu Harehoe gagne la première place. Et son frère aîné emporte la victoire en toutes catégories. Une performance qui permet à Arsène Harehoe d’intégrer la sélection de France (équipe B) pour les championnats du monde en Angleterre. Là, il parvient à se placer au 6e rang mondial et 9e à la Grande compétition.
 
En 1986, le Taapuna surf club se complète de Paul Coulon, Eimata Carroll, Christian Cordioli, Marc Bouteau, Lionel Teihotu, Heifara David, Philippe Ruez, Mathieu Juppe, Hantz Salmon, Marc Baby, Irvin Flores, Teiva Wholer, Kevin Heminway Bernard Niebjewski, André Tauru.
 
Moana David, Heifara David, Jean Suenko et Jérôme Rigaudie quittent le Taapuna Surf Club pour renforcer les rangs d’un club nouvellement créé, le Anapa Here Surf Club. Heimata Pollock part quant à lui au Vénus Surf Club.
 
L’ère Taapuna Master
 
En 1993, le Taapuna surf club voit sa présidence confiée à Jean-Christophe Shigetomi.
Ce dernier occupe par ailleurs les fonctions de secrétaire général de la Fédération tahitienne de surf. “Sous son égide, le club va connaître une impulsion nouvelle et dynamique”, écrit le journaliste Yannick Placé. “La gestion du club et son organisation vont dépasser le seuil du seul cadre associatif traditionnel pour adopter une direction managériale nécessaire à la mise en œuvre d’un ambitieux programme d’actions. Le club se dote d’une nouvelle identité matérialisée par un logo et un nouveau statut dont l’objet principal est désormais la promotion et la mise en œuvre de toutes initiatives propres au développement harmonieux du surf et tous sports de glisse associés ou dérivés comme la pratique du snowboard ou du wakeboard.”
Le surf va en particulier s’aligner sur sa perception qu’il a des évolutions et des tendances enregistrées au niveau du surf mondial. Une entreprise facilitée par sa forte représentativité aux championnats du monde organisés au Brésil en 1994. Plusieurs initiatives fortes figurent alors au titre des objectifs du Taapuna surf club. La première tient dans la diversification du cadre compétitif local par l’organisation sur le site de Taapuna d’un premier open de surf agréé par la Fédération tahitienne de surf : la Taapuna Master.
 
Cette initiative allait ouvrir les passes et les récifs à la pratique compétitive axée sur l’une des figures clés du surf : le tube riding.  Elle va entrainer par ailleurs l’adhésion à cette compétition, et par rebond au club, de tout un mouvement de surfeurs locaux adeptes du récif (…). La Taapuna Master inscrite depuis dans le marbre du circuit compétitif local se poursuit désormais depuis 28 ans.
 
Pour sa 8e édition, en 2002, la compétition a été l’occasion d’une réunion des anciens présidents du Taapuna surf club (1972, Léopold Ateni, 1976, Paul Coulon, 1984, Arsène Harehoe, 1986, Eimata Carroll, 1993 Jean-Christophe Shigetomi, 1998, Lionel Teihotu).
“Dès sa création, le Taapuna surf club, à travers ses sociétaires et ses présidents successifs, s’affirme comme un des piliers du surf tahitien, tant au niveau de ses compétiteurs, des titres obtenus, que de ses instances représentatives”, commente Jean-Christophe Shigetomi en marge de cette 8e du Taapuna Master. “Ainsi, tous les meilleurs surfeurs du cru, à quelques exceptions près, ont un jour arboré les couleurs du Taapuna surf club.”
 
Le Comité polynésien de surf riding bénéficie à cette époque de la dynamique et de l’implication toute particulière d’un Taapuna, Paul Coulon, qui amènera le surf tahitien à son organisation fédérale actuelle. De Léopold Ateni à Lionel Teihotu,  aujourd'hui président de la Fédération tahitienne de surf, tous les présidents du Taapuna surf club se sont efforcés de perpétuer cette dynamique, poursuivant l’œuvre de leurs prédécesseurs. Un travail qui conduit aujourd’hui le club à célébrer son demi-siècle d’existence auréolé d’une notoriété bien méritée.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Jeudi 17 Novembre 2022 à 19:19 | Lu 983 fois