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THC souhaite mettre à jour la loi autorisant le cannabis thérapeutique


Karl Anihia, président adjoint du syndicat du chanvre et collaborateur auprès de Nicole Sanquer à l’assemblée de Polynésie française sur “Pour le Cannabis”.
Karl Anihia, président adjoint du syndicat du chanvre et collaborateur auprès de Nicole Sanquer à l’assemblée de Polynésie française sur “Pour le Cannabis”.
Tahiti, le 05 décembre 2023 – Une semaine après la décision du Conseil d’État autorisant désormais la vente de la fleur de CBD en métropole, Karl Anihia, président du Tahiti Herb Culture, a organisé une conférence de presse jeudi. Il appelle le Pays à mettre à jour le texte sur le cannabis thérapeutique voté le 17 novembre 2022 et ainsi se calquer sur les mesures métropolitaines.
 
La loi du Pays sur l’autorisation du cannabis thérapeutique (également appelé CBD ou chanvre), est déjà dépassée, au regard de la règlementation française, après la décision du Conseil d’État la semaine passée. Le 29 décembre dernier, la plus haute juridiction administrative a annulé définitivement l’arrêté métropolitain qui interdisait la vente de fleurs de chanvre. La loi du Pays adoptée par l’assemblée le 17 novembre dernier, visant à autoriser les substances thérapeutiques, à faible teneur en THC, est déjà “ obsolète ”. En effet celle-ci exclut les graines et fleurs de cannabis qui sont désormais parfaitement légales en France. Lors d’une conférence de presse jeudi, Karl Anihia, président adjoint du Syndicat polynésien du chanvre et président de l’association Tahiti Herb Culture affirme attendre depuis une semaine “une réaction de la part du gouvernement ” suite à ce changement. Il espère également qu’“ils vont revoir leur copie” pour se calquer sur la métropole. Il a en outre évoqué les contradictions et les zones de flou de la loi du Pays.
 
Un projet déjà inadapté à la réalité de la Polynésie

Le projet de loi du pays est donc obsolète après la décision du conseil d’État. Le gouvernement, au moment de faire voter ce projet, s’était basé sur l’interdiction en vigueur en France concernant la vente de la fleur de chanvre. Une décision qui était déjà “inadaptée” à la réalité du marché polynésien, selon lui : “Il n’est pas possible de concurrencer les énormes quantités de graines et de fibres de chanvre que peuvent produire la Chine par exemple. Là où on peut exister c’est sur la qualité de nos productions et le commerce de la fleur de chanvre ” explique Karl Anihia. De plus, selon lui, l’export de fleur pourrait être un business extrêmement lucratif : “On parle d’un marché de 80 milliards de francs pacifiques par an, juste pour l’export vers la France. Il faut absolument saisir l’occasion et ne pas rater le coche”, continue l’activiste. Autre exemple de l’incohérence de la loi du Pays : Elle souhaite se calquer sur la convention unique sur les stupéfiants de 1961 qui au demeurant “ne classe pas la graine de cannabis comme stupéfiant, contrairement à la loi du Pays”.
 
Un business sans cadre
 
Karl Anihia a également évoqué la grosse zone de flou et le manque de renseignements sur le futur cadre légal de cette “marijuana light” : “On est dans le flou total sur la manière dont le chanvre va être légalisé. On aimerait connaitre les tenants et aboutissants, savoir comment va-t-on pouvoir ouvrir des boutiques ? Comment les agriculteurs pourront vendre leurs récoltes et quels catalogues de graines vont être utilisés ? Quels seront les acteurs qui vont en profiter ”.
En France, il y a plus de 2 000 boutiques qui vendent du CBD, une substance avec un taux de THC inférieur à 0,3%. “En métropole ce sont les laboratoires qui testent les échantillons mis en vente. Là encore, on ne sait pas à qui sera attribué cette tâche en Polynésie”.
 
Loi électoraliste
 
La loi votée par le Pays sur la l’autorisation de l’usage thérapeutique du cannabis, est bien pourtant plus “audacieuse et avancée” qu’en métropole, selon Karl Anihia. Son “cadre plus large laisse le champ libre à de nombreux retoquages, qui pourrait repousser la date définitive de légalisation”, explique Karl Anihia. Ces modifications pourraient être faites à dessein afin d’atteindre les élections territoriales d’avril être utilisées comme outils politiques”, estime-t-il. Je crains que cette loi ne soit uniquement qu’électoraliste : qu’elle ne soit là que pour attirer des électeurs, continue l’activiste. J’aimerais dépolitiser complètement le débat, mais c’est impossibleDe plus la désinformation politique sur ce sujet est très importante, poursuit-il : On lance un faux message. Les gens comprennent qu’on va tout légaliser. Le chanvre et le cannabis, c’est totalement différent. Pour l’heure, l’utilisation du cannabis avec un taux de THC de plus de 0,3 % est toujours interdite.

 

Rédigé par Thibault Segalard le Jeudi 5 Janvier 2023 à 19:29 | Lu 1225 fois