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Se reconstruire après la catastrophe


Melvina Parker a retrouvé le sourire grâce à l’aménagement d’un nouveau local, mais elle “vit dans la peur” de nouvelles inondations (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Melvina Parker a retrouvé le sourire grâce à l’aménagement d’un nouveau local, mais elle “vit dans la peur” de nouvelles inondations (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 30 avril 2024 - Foyers inondés et voitures emportées : il y a un an, le matin du lundi 1er mai 2023, le cœur du village de Teahupo’o était noyé sous les eaux de la rivière Fauoro. Des dizaines de familles ont été sinistrées, dont celle de Melvina Parker, qui a “tout perdu” à titre personnel, mais aussi professionnel. Si la pâtissière a retrouvé le sourire grâce à l’aménagement d’un nouveau local, à chaque forte pluie, elle “vit dans la peur” de nouvelles inondations.

 
Il y a un an, le 1er mai 2023, Teahupo’o a été frappé par des inondations sans précédent. La rivière Fauoro était subitement entrée en crue, des dizaines de foyers avaient été dévastés par des trombes d’eau et l’état de catastrophe naturelle avait été déclaré. Parmi les sinistrés, certains avaient été touchés à titre personnel, mais aussi professionnel. C’est le cas de Melvina Parker, dont la maison se situe non loin de l’embouchure.
 

“Tout était perdu”


Pâtissière à son compte depuis 1999, la résidente de la servitude Parker fournit en tartes et gâteaux des particuliers et plusieurs grandes enseignes de la Presqu’île. Elle se souvient de ce lundi matin férié où la vie du quartier a été bouleversée de façon complètement inattendue. “On était dans une autre maison, plus loin dans la servitude, en train de boire le café, quand ma nièce, qui sortait pour aller au magasin, m’a appelée pour me prévenir qu’il y avait plein d’eau chez nous.” Outre le mur de clôture effondré et le portail arraché, l’intérieur n’a pas été épargné. “Tout était perdu : l’eau est montée au-dessus du congélateur, le four était foutu, nos glacières ont été emportées... Pareil dans la maison pour la machine à laver, les placards et les matelas plein d’eau et de boue.”
 
Pendant un mois, Melvina Parker a dû renoncer à travailler, faute de matériel. Elle s’est tournée vers plusieurs services, parvenant à obtenir des aides financières auprès de la Chambre de commerce, d’industrie, des services et des métiers (CCISM) et de la Direction générale des affaires économiques (DGAE). Elle a également fait partie des bénéficiaires des dons locaux et internationaux collectés sous forme de cagnottes par Hinatea Boosie, Raimana Van Bastolaer et la commune de Taiarapu-Ouest. “En juin, j’ai repris à zéro avec du petit matériel. Cette année, j’ai construit un nouveau local avec un nouveau prêt et j’ai retrouvé mon rythme de production”, se réjouit-elle, entourée de ses deux filles.
 

La rivière avait envahi le quartier, n'épargnant ni la maison familiale, ni l'ancienne pâtisserie (Crédit : DR/archives).
La rivière avait envahi le quartier, n'épargnant ni la maison familiale, ni l'ancienne pâtisserie (Crédit : DR/archives).


Des craintes persistantes


Pour tenter de se prémunir contre de nouvelles inondations, la dalle de la pâtisserie a été réhaussée, assortie d’une évacuation des eaux pluviales. Difficile de faire plus à titre individuel. Pour Melvina Parker, il faut que les autorités s’assurent que l’embouchure n’est pas obstruée. On se souvient que le chantier de la nouvelle passerelle avait été mis en cause par certains. “Je pense aussi qu’il faudrait encore curer la rivière, car son lit reste haut. Et je fais partie de ceux qui sont favorables à l’aménagement d’un pont à véhicules au-dessus de la rivière pour supprimer la descente du passage à gué, qui crée une brèche dans la berge”, affirme-t-elle, remarquant que la plupart des foyers inondés de part et d’autre de la rivière se situent en aval de cette percée.
 
Si Melvina Parker cherche désespérément des solutions, c’est parce que la rivière s’est régulièrement trouvée à la limite du débordement lors de l’année écoulée, et encore ce mois-ci. “À chaque forte pluie, on vit dans la peur. On ajoute des parpaings pour mettre nos équipements en hauteur. On met une planche de rive sous le portail pour éviter que l’eau ne rentre. Aujourd’hui, j’arrive à en parler parce que je m’en suis sortie, mais je reste traumatisée”, confie-t-elle. Sa fille cadette est aussi profondément choquée. “C’était un cauchemar. On a tous pleuré quand on a vu l’état de notre maison d’enfance”, glisse Eva Alves, qui se souvient avec émotion de la vague de soutien qui a suivi. “On a été très touchés par la solidarité de toutes ces personnes qui sont venues nous aider, les repas et l’eau qui nous ont été distribués… Ça a renforcé nos liens dans le quartier.”
 

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mardi 30 Avril 2024 à 20:33 | Lu 4786 fois