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Sans EDT, la TEP s'installe au cœur du réseau


Tahiti, le 3 septembre 2021 - Après le rachat par le Pays des parts de son capital détenues par EDT, vendredi, la société d’économie mixte Transport d'énergie électrique de Polynésie (TEP) s’apprête à devenir responsable de l’équilibre sur le réseau électrique de Tahiti à partir de janvier prochain. Un opérateur neutre pour superviser le dispatching. Promesse d’une nouvelle donne pour les énergies renouvelables.
 
C’est un des pré-requis fixés depuis 2015 par le Plan de transition énergétique (PTE) de la Polynésie française. Afin de garantir en toute indépendance l’équité et la transparence dans les relations entre producteurs et distributeurs d’électricité, la société d'économie mixte Transport d'énergie électrique de Polynésie (TEP) doit devenir l'acteur à dominance publique positionné à l’interface entre les producteurs d'énergie et le délégataire en charge de la distribution d'électricité. Un opérateur indépendant responsable de la gestion des flux et du "dispatching" : la répartition de la distribution des différentes énergies (thermique, solaire, hydroélectrique…) sur le réseau électrique. Mais si la SEM doit investir cette place depuis le second semestre 2016, au regard du planning défini par le PTE, ce n’est finalement que le 1er janvier 2022 qu’elle prendra officiellement en charge cette mission. Il lui fallait auparavant se donner les gages d’une parfaite neutralité. En clair, être en mesure d’afficher un capital social pur de toute participation d’entreprises assurant des activités de production ou de distribution d’électricité. Problème : La SEM était jusqu’à présent détenue à 39% par EDT et sa filiale Marama Nui, deux sociétés ultra-dominantes dans la distribution et/ou la production d’énergie thermique ou hydroélectrique à Tahiti.
 
Rachat pour 655 millions
 
Vendredi, la Polynésie française a convenu avec le groupe EDT-Engie le rachat de ces parts pour 655 millions de Fcfp. EDT sort de la TEP, tandis que le Pays se trouve dorénavant avec 90% des parts de la SEM. Ce faisant, il perce la limite haute de 84,5% que fixe la règlementation pour brider sa participation les sociétés d’économie mixte. "Il n’est pas interdit de dépasser le plafond de manière temporaire", assure le ministre de l’Economie en charge des Energies, Yvonnick Raffin. Un projet de revente du surplus est promis "au plus tard à la fin de l’année". Peut-être en faveur de l’Agence française de développement (AFD) ou de la banque Socrédo, deux partenaires financiers qui détiennent chacun 5% du capital de la TEP.
 
En attendant, ce rachat de parts a le mérite de clarifier les rôles et les responsabilités de chacun, dans le secteur de l’énergie à Tahiti. EDT reste producteur et distributeur d’électricité. La TEP devient le transporteur en charge de la répartition. Et le Pays, interviendra en tant que régulateur.
 
Nouvelle donne dans l’électricité
 
Débarrassée de cet actionnaire rédhibitoire pour sa future mission, la TEP n’en a pas moins signé dans la foulée vendredi une convention de prestation de service avec la société EDT. Car à partir du 1er janvier 2022 la SEM hérite également de la responsabilité de l’équilibre sur le réseau électrique de Tahiti. Une mission d’ajustement en temps réel de la production avec la demande sur le réseau électrique dont elle confie l’assistance technique à EDT. L’opérateur dispose déjà des infrastructures idoines pour assurer cette mission. Si en apparence, rien ne semble changer, dès 2022 toutes les informations sur les flux d’énergie qui transitent par les réseaux de transport électrique de Tahiti, seront connues en temps réel par la TEP.
 
"Tous les jours, une analyse de la demande sera faite de manière à positionner les curseurs au bon niveau de production, en terme d’hydroélectricité, de thermique, de solaire", souligne Yvonnick Raffin. En somme, si la société EDT reste seule délégataire de service public pour la distribution d’électricité sur Tahiti au moins jusqu’au 30 septembre 2030, au niveau de la production la donne est complètement revue. Et ce contexte est propice à l’arrivée de nouveaux opérateurs, notamment dans le photovoltaïque. "Et c’est là que se justifie tout le rôle de la TEP dans ce schéma d’équilibre. Demain le dispatching sera supervisé par TEP", explique le ministre. "A tort ou à raison, il a toujours été reproché à EDT d’être un peu juge et partie, c’est-à-dire à la manœuvre sur tous les placements d’énergie, tout en étant producteur – et le principal producteur y compris d’énergies renouvelables avec Marama Nui. Avec la TEP placée au centre du système, si demain un producteur de solaire est en désaccord avec telle ou telle contrainte technique, il s’adressera directement à la TEP. Et il ne pourra pas y avoir de procès d’intention puisqu’on s’interdit par principe de neutralité toute participation dans des projets de production. On se positionne comme 'pure player' des réseaux. C’est un des axes majeurs du plan de transition énergétique", développe Hervé Dubost-Martin, le P-dg de la TEP. 
 
Objectif renouvelable
 
Cette réforme du secteur de l’énergie vise à diminuer progressivement la dépendance de la collectivité aux énergies fossiles. "Et il y a urgence" a insisté Edouard Fritch vendredi et pointant la flambée qui agite actuellement le marché des hydrocarbures. Pour l’heure, un appel à projets lancé en avril dernier pour la réalisation et l'exploitation d'installations photovoltaïques avec stockage sur l'île de Tahiti est clos depuis le 23 août. L’ambition du Pays est d’atteindre une production de 30 mégawatts-crêtes, soit 10% de la demande en électricité à Tahiti. Un apport qui ferait bondir à 16% la part du photovoltaïque dans le mix énergétique de l’île. 17 offres ont été remises. Les lauréats seront dévoilés le mois prochain.
 
En attendant, cette répartition se caractérise encore dans le mix énergétique par un apport de 30 à 35% selon les années en hydroélectrique, 6% en solaire et 60 à 65% de énergie thermique. "On peut espérer que ce mix évolue vers 50 à 60% d’énergies renouvelables dans un délai raisonnable", estime le P-dg de la TEP. La feuille de route fixée par le Plan de transition énergétique évoque une part de 75% en 2030. La collectivité est déjà loin de l’objectif pour 2020 (50%). Mais le secteur se met concrètement en place et l’espoir n’est pas interdit.
 
 

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Samedi 4 Septembre 2021 à 10:36 | Lu 5426 fois