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Ruarii Mataoa : un mordu de chiens


Ruarii Mataoa premier Polynésien et le seul de tout le Pacifique à avoir le niveau 2 en tant qu’homme assistant c’est-à-dire dresseur de chien à la discipline du mordant ©Club sportif canin de Teva i uta
Ruarii Mataoa premier Polynésien et le seul de tout le Pacifique à avoir le niveau 2 en tant qu’homme assistant c’est-à-dire dresseur de chien à la discipline du mordant ©Club sportif canin de Teva i uta
Tahiti le 22 mai 2024 – Diplômé depuis peu “homme-assistant mordant”, Ruarii Mataoa s’épanouit complètement dans cette discipline canine, qui est d’ailleurs devenue une de ses passions. “Assiduité, rigueur” ou encore force de caractère sont les maîtres-mots pour réussir dans cette discipline. Mais pas seulement car il faut également “le respect et la bienveillance” envers nos amis à quatre pattes.

Ruarii est âgé de 24 ans. Sa passion : s’occuper de nos amis à quatre pattes. Il est le premier Polynésien et le seul de tout le Pacifique à avoir le niveau 2 en tant qu’homme assistant c’est-à-dire dresseur de chien à la discipline du mordant. Il est également “l’auxiliaire du juge” et doit “mettre en évidence les qualités caractérielles des chiens” lors des différents concours. “Cela est plaisant de voir les chiens que tu entraînes avoir de bons résultats. Tu te rends compte que tout le travail que tu as fait a payé. Plus l’homme assistant à de bonnes qualités, meilleur sera le chien. L’objectif c’est d’amener les chiens que tu as entraîné à l’excellence”, explique Ruarii avec le sourire. Participer aux concours lui permet de “se lâcher, de s’amuser et de profiter car on peut esquiver le chien, alors que lors des entraînements, c’est plus carré pour justement éduquer le chien”.

Stéphane Levacher, le président du club sportif canin de Teva i uta où Ruarii est inscrit depuis deux ans, explique qu’à ce niveau de la compétition, le jeune homme “commence à avoir une bonne lecture du chien, c’est à dire à comprendre le chien, voir si le chien arrive plus vite ou moins vite, mettre des barrages, ou faire des pivots. C’est tout ça la lecture du chien. Et c’est important”.

Ruarii a choisi cette discipline car “c’est spectaculaire et quand les gens regardent c’est impressionnant tout simplement”. Et ce n’est pas par hasard qu’il a été amené à se perfectionner dans cette discipline.

Une aventure “familiale”

“On aime bien tout faire ensemble. C’est un lien qui nous rapproche, et on a un point commun : le chien. C’est chouette !” Moevai - La famille de gauche à droite : Thierry, Jolina, Moevai, Matavai, Ruarii et Inagaro
“On aime bien tout faire ensemble. C’est un lien qui nous rapproche, et on a un point commun : le chien. C’est chouette !” Moevai - La famille de gauche à droite : Thierry, Jolina, Moevai, Matavai, Ruarii et Inagaro
Sa maman, Jolina se souvient encore du début de cette aventure. “Un chien est entré dans notre vie et notre fille a choisi un Berger allemand de travail. On l’a mis dans un club pour l’éduquer sans savoir qu’on allait arriver à ce stade de la compétition.”

En effet, la petite sœur de Ruarii, Moevai est dans le club canin depuis près de quatre ans en tant qu’éducatrice et se rappelle des débuts de son frère. “Mes coachs avaient besoin d’aide et Ruarii s’est dit pourquoi pas […]. Et du coup il a été piqué” : “C’est devenu l’activité familiale : ma sœur conduit ; je suis homme assistant ; et nos parents nous soutiennent. Ils prennent des photos et des vidéos. C’est top !” se réjouit Ruarii.

Vous l’aurez compris, c‘est donc en famille qu’ils vont les samedis et dimanches entrainer les canidés ou encore participer aux concours canins. “C’est bien car cela nous permet de nous retrouver et d’avoir un moment en famille parce que la semaine tout le monde travaille”, détaille Ruarii. “On aime bien tout faire ensemble. C’est un lien qui nous rapproche, et on a un point commun : le chien. C’est chouette !”, affirme, tout sourire, Moevai. Et Jolina indique que cette activité, et surtout “Sky des crocs de Vaimarama”, leur chien, les ont “beaucoup rapprochés même si on était déjà proche. Et l’arrivée de leur chien dans la famille a encore plus renforcé nos liens”.

Assiduité et rigueur

“C’est surtout au début que tu as le plus mal car tu n’as pas l’expérience. Après tu apprends à te faire moins mal aux jambes et aux bras et tu te fais moins de bleus.”  ©Club sportif canin de Teva i uta
“C’est surtout au début que tu as le plus mal car tu n’as pas l’expérience. Après tu apprends à te faire moins mal aux jambes et aux bras et tu te fais moins de bleus.” ©Club sportif canin de Teva i uta
Ne vous fiez surtout pas aux apparences, car éduquer un chien n’est pas aussi facile que cela ne paraît. Dans la discipline du mordant, que Ruarii a choisi, il doit non seulement “avoir de l’assiduité et de la rigueur”, mais aussi être tenace et fort mentalement. “Tu te fais mal malgré la combinaison. Tu as toujours la pression des morsures des chiens sur les cuisses et cela laisse des bleus.”

Mais rassurez-vous, car avec de la pratique on arrive à se faire beaucoup moins mal comme l’atteste Ruarii. “C’est surtout au début que tu as le plus mal car tu n’as pas l’expérience. Après tu apprends à te faire moins mal aux jambes et aux bras et tu te fais moins de bleus.” Le tout nouvel homme assistant dévoile même un de ses petits secrets : “Quand le chien te mord au niveau du genou, il faut mettre en avant la combinaison et reculer ton genou à l’intérieur même de la combinaison. Après il y a des chiens qui ont une gueule bien profonde. Ils arrivent quand même à prendre ton genou. Voilà, ce sont des petites techniques que tu apprends au fur et à mesure des entraînements.”

Le jeune homme se souvient encore de la réaction des personnes qui voyaient ses jambes couvertes de bleus lorsqu’il se mettait en short : “Ils ne comprenaient pas d’où venaient ces bleus mais quand je leur expliquais, ils me traitaient de sadomasochiste [rires].”

“C’est beaucoup de sacrifices”

Ruarii Mataoa "ll faut vouloir et surtout se donner  les moyens d’y arriver” ©Club sportif canin de Teva i uta
Ruarii Mataoa "ll faut vouloir et surtout se donner les moyens d’y arriver” ©Club sportif canin de Teva i uta
Pour arriver au top niveau “c’est comme tous les sports, il faut travailler pour évoluer et c’est ce qui s’est passé. J’ai fait beaucoup de pratique. Après, il faut vouloir et surtout se donner  les moyens d’y arriver”, assure Ruarii. C’est également beaucoup de temps qu’il consacre à sa passion, “beaucoup de sacrifices car il y a la préparation physique, je m’entraîne aussi le dimanche et cela veut dire que je ne peux pas sortir le samedi car il faut être en forme le lendemain. Pour avoir des résultats, il faut bien faire ces sacrifices.”

Jolina tenait le même discours que Ruarii et avec son mari lorsqu’ils ont décidé de suivre leurs enfants. “C’est la solidarité envers nos enfants et c’est un plaisir, au fur et à mesure on a pris le rythme et l’organisation maintenant c’est comme une lettre à la poste.” Cela est d’autant plus payant lorsque ces derniers leur ramènent le fruit du labeur de toute la famille. “C’est que du bonheur car il y a tout le travail fourni derrière. C’est plusieurs heures de travail pour arriver à ce niveau-là. Petit à petit l’étoile monte.”

Elle se souvient lorsque sa fille Moevai a passé les épreuves de son premier concours. “Je n’ai pas voulu voir […] et à la fin j’étais en larmes quand on a annoncé qu’elle avait réussi et qu’elle avait eu son excellence. C’était la pression d’une maman, on est toujours stressé pour nos enfants quand ils passent leurs examens. C’est comme si c’était nous qui les passions. Il s’agissait de larmes de joie parce que c’est un investissement.”

Le président du club sportif canin de Teva i uta, Stéphane Levacher, confirme en effet ce long travail : “Ce sont des heures et des heures d’entraînement et nous c’est tous les dimanches et tous les mercredis. Ruarii fait passer en gros dix chiens par dimanche comme des Malinois ou des Bergers allemands. C’est tout cela qui fait qu’il progresse. Il a aussi de bons coachs qui sont là pour l’aider et le faire progresser. C’est lui qui fait travailler nos chiens et qui les fait devenir meilleurs.” Des coachs que Ruarii considèrent comme étant “assez durs, ce sont des passionnés, alors quand ils te grondent il faut passer au-dessus de ça si tu veux apprendre et avancer.”

Mais au-delà de tout ces concours ou entraînements, c’est une aventure humaine que vit cette famille. “C’est vraiment intéressant de ressentir cette connexion avec le chien. Lors des concours, dès que j’entre sur le terrain avec mon chien ‘Sky des crocs de Vaimarama’, il ressent tout. C’est comme si on avait un cordon qui nous relie”, assure Moevai.

De son côté sa maman Jolina ajoute que cette discipline a fait grandir ses enfants et surtout leur a appris “la concentration et la maîtrise de soi” et elle inspire surtout “le respect et la bienveillance” pour nos amis les canidés. Le seul regret de Jolina, c’est que les clubs canins n’aient pas l’appui du politique car la mise en place de formations pourrait éviter la maltraitance des animaux et les accidents de morsure.

“On a un statut mais on n’est pas reconnu” Stéphane Levacher Président du club sportif canin de Teva i uta

Ruarii Mataoa : un mordu de chiens
“En France la Société centrale canine (SCC) est reconnue par le ministère de l’Agriculture. Nous, on a un statut mais on n’est pas reconnu par le Pays. On peut se mettre autour d’une table et voir ce qu’on peut apporter au Pays. J’insiste, on a des moniteurs et des éducateurs diplômés. On voit pas mal de personnes qui se disent dresseurs de chien ou éducateurs mais ils n’ont aucun diplôme. Nous on fait venir des juges qui sont aussi formateurs spécialisés dans l’éducation des chiens. Ici on a les compétences et des personnes aptes pour former le personnel et éduquer les chiens. On pourrait mettre en place un partenariat avec le Pays. On a plein d’idées mais il faut que l’on soit écouté. Il faudrait qu’on puisse discuter avec le Pays pour mettre en place des programmes. On a des chiens visiteurs qui vont dans les écoles pour changer les mentalités chez les plus jeunes. Il faut leur apprendre qu’un chien n’est pas fait pour être attaché au bout d’une corde et au fond de la cour. Quand on a un chien, on se doit de le nourrir, de l’éduquer et de le soigner.”
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 22 Mai 2024 à 19:45 | Lu 1881 fois