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Régis Plichart, au cœur de la médiation scientifique


Tahiti, le 29 décembre 2023 - Il est un fervent défenseur du planétarium. Régis Plichart a animé mi-décembre une dernière série de séances sous le dôme de Proscience. Nul ne sait s’il pourra reprendre en 2024. Pour autant, il reste convaincu de la nécessité de transmettre aux jeunes générations un savoir astronomique en particulier, une culture scientifique en général.
 
C’est le cœur serré que Régis Plichart a animé les séances du planétarium ce mois de décembre. L’outil de vulgarisation de l’association Proscience a fermé ses portes pour une durée indéterminée.
 
Le planétarium est une installation permettant de représenter sur une voûte hémisphérique, grâce à des projections lumineuses, les mouvements des astres, l’aspect du ciel étoilé à différentes époques et certains phénomènes astronomiques. Selon Régis Plichart, le planétarium va probablement devenir un outil incontournable pour les systèmes éducatifs. “L’astronomie est de plus en plus intégrée aux programmes scolaires. Pluridisciplinaire, cette matière permet d’aborder différents champs de connaissances tels que l’astronomie, la physique, la chimie, les mathématiques, la biologie, l’histoire, la géologie et même la philosophie.”
 
Raviver la curiosité
 
Le planétarium est un outil de l’association Proscience. Créée en 1992, cette association met en œuvre diverses actions visant à promouvoir la science, c’est-à-dire à montrer au public, jeune et moins jeune, que la science est accessible à tous et qu’elle est omniprésente dans notre vie de tous les jours. Pour cela, elle organise des manifestations et actions visant à mieux faire connaître l’impact de la recherche sur notre vie quotidienne, augmenter le niveau de connaissance scientifique générale de la population et raviver la curiosité scientifique des jeunes.
 
Un premier planétarium a été commandé par l’association en 2006. En 2015, la décision a été prise de renouveler cet outil en le remplaçant par un système numérique, plus moderne et aussi plus conforme à la demande pressante du public de plus en plus avide d’informations sur le fonctionnement du système solaire, de notre galaxie, de l’univers… Rua ‘Ana 2, comme son aîné, permet de voir le ciel étoilé quelle que soit sa position sur Terre, à n’importe quelle époque. Mais il offre en plus la possibilité de quitter la Terre et d’observer notre monde de l’extérieur, d’aller survoler les planètes qui gravitent autour du Soleil, d’observer et comprendre les phases de la Lune, de visiter notre galaxie et même de partir aux confins de l’univers connu… Le dôme présente déjà des signes de vieillesse, des investissements s’imposent. Mais c’est surtout le manque de salle fixe qui est un frein réel au développement des activités du planétarium. En attendant les décisions du bureau de l’association, Régis Plichart revient sur son parcours.
 
Issu d’une lignée de mineurs de fond
 
Né en 1953 dans une petite ville du Nord-Pas-de-Calais, il est issu d’une lignée de mineurs de fond. Les hommes de sa famille allaient chercher le charbon dans les antres de la Terre. “Mon père a été le premier à s’extraire de cette trajectoire familiale.” Un jour, celui-ci a dit à son propre père qu’il voulait, comme ses amis, arrêter l’école et aller travailler pour gagner un peu d’argent. “Mon grand-père l’a pris au mot : il l’a emmené dès le lendemain dans la mine à 4 heures le matin avec un casque et un piolet. Après une journée de travail au fond, le jeune Robert a préféré retourner sur les bancs de l’école…” Il a passé des concours et est devenu inspecteur puis receveur des postes et télécommunication. Rolande, la mère de Régis Plichart, issue d’une famille d’instituteurs, a été de ces femmes à sortir des schémas établis. Ardente défenseuse de l’école laïque, elle est devenue institutrice puis directrice d’école à une époque où elle aurait dû être mère au foyer. “Moi, au milieu de tout cela, je voulais être vétérinaire.”
 
Dès l’âge de 9 ans, Régis Plichart entre à l’internat du “lycée de garçons” de Douai (Nord). “C’est là que j’ai grandi et que j’ai sans doute développé mon goût pour la vie en groupe, le respect des règles communes.” Bon élève, il obtient son baccalauréat sans difficultés, en 1971. Il devait enchaîner avec une prépa véto. À cause d’un retard d’inscription en prépa véto la première année puis d’un changement des programmes de mathématiques la deuxième année, il doit renoncer à ses études de vétérinaire et se tourne vers un IUT de biologie. Titulaire d’un DUT de biologie appliquée, Régis est alors recruté dans les laboratoires de bactériologie médicale de l’institut Pasteur de Lille, en août 1974. “Cette première expérience m’a beaucoup plu, mais je ne me voyais pas faire cela toute ma vie.”
 
VAT à Tahiti, en CDI à l’ILM
 
La vie, justement, s’est chargée de choisir pour lui. L’heure du service militaire avait sonné. “L’officier orienteur voulait m’affecter aux commandos parachutistes. Ce n’était vraiment pas mon truc. Alors, j’ai saisi une opportunité pour y échapper.” Régis Plichart a 21 ans et, avec son DUT et son expérience à Pasteur, sa demande de Volontariat à l’aide technique (VAT) est retenue. C’est ainsi qu’il arrive à Tahiti en décembre 1974 et prend ses fonctions à l’institut de recherches médicales Louis-Malardé, plus connu alors sous le nom de Fare mariri. Première mission : collaborer à la mise en place d’un laboratoire d’analyses biologiques avec Manutea Gay, un ex-VAT devenu agent de l’ILM.
 
À l’issue de ces 16 mois de “vatariat”, l’institut Louis-Malardé lui propose un contrat à durée indéterminée, qu’il accepte. Dans les années 80, alors qu’il vient d’intégrer les laboratoires de recherche avec les Dr Parc puis Suzanne Chanteau (filariose et lèpre), Régis Plichart essaie – et réussit –, avec un petit ordinateur, à automatiser la collecte et l’analyse des données émises par les premiers automates de laboratoire. L’institut Malardé, dès lors, se dote d’un premier micro-ordinateur (un vénérable Goupil G4), puis d’un second… Cela aboutira à la création d’un laboratoire d’informatique dédié aux unités de recherche de l’ILM.    

Dans les années 90, Régis Plichart obtient différents certificats dans la gestion des réseaux et même un Euromaster informatique/information/communication en 2000. En 2001, après avoir monté un réseau informatique connecté à l’internet et mis en ligne le premier site web d’établissement public, il quitte l’ILM pour le service de la culture.
 
En 2004, il est appelé par Jacqui Drollet auprès duquel il travaillera jusqu’en 2010, dans différents ministères et même à l’assemblée de la Polynésie française, au gré des différents “taui”. “J’étais conseiller technique. C’est un travail prenant et passionnant. Cela m’a, en outre, permis de bien comprendre le fonctionnement des différentes institutions et d’apprendre encore de nouvelles choses.” En 2013, âgé de 60 ans, Régis Plichart est libéré de ses obligations professionnelles. Voilà donc dix ans qu’il est à la retraite.
 
Durant toute sa vie professionnelle, Régis Plichart a souhaité faire de la vulgarisation scientifique auprès du grand public. Il a cofondé avec Manutea Gay une association pour le développement de l’ILM (l’Adim). Dans ce cadre, en 1998, le 1er concours de vulgarisation mettait les doctorants au défi d’expliquer leur recherche simplement. Objectif : être compréhensible par tous.    

Ensuite ont vu le jour, sous l’égide de l’Adim puis de Proscience, un concours annuel de biologie, destiné aux élèves de 1re scientifique, puis des concours pour les collégiens et ensuite encore un concours de présentation de TPE qui a également connu un grand succès.
 
Il est devenu membre de l’association Proscience dès les premières années et en a été président pendant plusieurs années. C’est en organisant des événements autour de l’astronomie qu’il a pris conscience de de l’engouement de la population pour tout ce qui touche au ciel. Et c’est ainsi que le premier planétarium est arrivé en Polynésie. Aujourd’hui, l’intérêt du public pour le planétarium reste vif. Les enseignants sont toujours plus nombreux à inscrire leurs classes pour une séance d’astronomie. “Certains même se concertent pour nous demander des séances à thème pluridisciplinaires.” Le public lui non plus ne cache pas son plaisir et de nombreuses personnes sont devenues des fidèles du planétarium. Régis Plichart, lui, reste prêt à reprendre l’animation de visites virtuelles de notre insondable et fascinant univers.

Rédigé par Delphine Barrais le Vendredi 29 Décembre 2023 à 13:04 | Lu 2010 fois