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"Réduire de Gaulle aux essais serait oublier un pan entier de l’histoire"



Tahiti, le 9 novembre 2020 – A l'occasion de la commémoration des 50 ans de la mort du Général de Gaulle, l'historien Jean-Marc Regnault évoque pour Tahiti Infos les relations complexes entre le chef d'Etat et la Polynésie française. Du ralliement à la France libre aux essais nucléaires, en passant par Pouvana'a, l'action du Général a fortement marqué la vie politique polynésienne. 

On a tendance à assimiler globalement le général de Gaulle aux essais nucléaires en Polynésie française. Est-ce trop réducteur ?

"Réduire le Général aux essais, ce serait oublier un pan entier de l’histoire. Il suffit de consulter le livre de Jean-Christophe Shigetomi (Tamari’i volontaires) pour comprendre la fierté de nombreux Polynésiens d’avoir soutenu de Gaulle en 1940. D’abord en se ralliant à la France libre le 2 septembre 1940 par un référendum, certes contestable, qui prouvait la volonté d’une grande partie de la population de ne pas admettre la défaite militaire. Ensuite, il y a eu tous ceux qui se sont enrôlés dans le Bataillon du Pacifique, et dans d’autres formations. Rappelons l’enthousiasme de Pouvana’a à soutenir de Gaulle, notamment grâce au témoignage du gouverneur de Curton. Certes, dès la guerre, le gaullisme a été critiqué avec l’envoi de certains gouverneurs. L’un carrément malade psychiquement, Brunot, et l’autre Orselli, sans doute trop autoritaire. Néanmoins l’image du Générale de Gaulle est restée très positive, par exemple lors de son voyage de 1956, alors qu’il n’exerce plus aucune fonction politique, et surtout deux ans plus tard lorsque, rappelé au pouvoir, il lance le référendum qui obtient plus de 64% de réponses positives. Les Polynésiens ont voté, malgré Pouvana’a, pour rester Français."

Quelle est l'image du général de Gaulle en Polynésie ? Celle-ci n'a-t-elle pas été écornée ces dernières années à la fois par les vérités sur l'affaire Pouvana'a et sur les conséquences des essais nucléaires ?

"Si on suit la chronologie, de 1958 à 1962, quand personne encore ne sait qu’un jour le pays sera le siège des essais nucléaires, l’image du Général de Gaulle reste très positive. Bien sûr chez les anciens combattants, mais aussi dans une large partie de la population. Et cela bien qu’il ait décidé, à contre-courant des anciennes colonies d’Afrique auxquelles il accorde rapidement l’indépendance, de supprimer le peu d’autonomie que la Polynésie possédait.
Quand il fait connaître le transfert du Sahara aux Tuamotu des essais, les élus de l’assemblée territoriale, malgré quelques réticences, continuent à faire confiance au Général, pour peu qu’il accorde des crédits, entreprenne des travaux d’équipement… Un cas significatif est celui de Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy qui s’inquiétait des conséquences des essais et souhaitait "éviter le pire au dernier paradis terrestre". Il conclut néanmoins un article critique (Te Aratai, 7 septembre 1963) par ce paragraphe : 'Nous comprenons très bien que l’installation d’une base atomique corresponde à un aspect important de la politique internationale française et nous sommes tout prêts à collaborer à la réussite de cette entreprise de la plus haute importance pour le Président de Gaulle et pour sa politique. La réussite de la France sera la nôtre'. Il faut noter que les premières réactions négatives furent le fait de popa’a, un pasteur comme Jean Adnet, peu soutenu par les pasteurs tahitiens, et Henri Bouvier, qui finit par convaincre son beau-frère John Teariki de le suivre dans l’opposition aux essais. Pouvana’a, alors exilé en métropole, apprenant la nouvelle, se lance alors dans l’opposition à cette installation. (…) Forcément, au fur et à mesure que les documents historiques deviennent accessibles, l'aura du Général en prend un coup. Il a menti sur l'innocuité des essais, il a mis en place un contrôle des populations -certains disent que la France a "acheté " la paix sociale- et donc s'est moquée de respecter la démocratie. Il a délibérément écarté Pouvana'a de la vie publique. Ces questions étant très sensibles, peu à peu de Gaulle prend une autre figure."

Peut-on dire que l'action du général de Gaulle comme président de la République a particulièrement marqué la vie politique et économique de la Polynésie française ?

"Evidemment, et il l’a souvent souligné, de Gaulle tenait à ce que les Polynésiens acceptent l’arrivée du CEP. Les livres d’Alain Peyrefitte rapportent des propos significatifs du Président :
"Il ne faudrait pas, après cette activité intense [du CEP] qu’il y ait un reflux, que les commerces tombent, que les bâtiments soient désaffectés. Il faut un grand port à Papeete…" (22 janvier 1964).
"La Polynésie, c’est 70 000 habitants. Le développement, l’information, la scolarisation, la pratique du français doivent être le corollaire de l’installation du Centre et demeurer après lui" (14 août 1964).
"[L’installation de] la télévision ne doit pas traîner ! Il faut que les Polynésiens vivent en français, avec des nouvelles de Polynésie, de métropole et du monde, en français. Il faut qu’ils baignent dans la France. C’est un cadeau que nous leur devons avant la campagne de tirs". (même date)
Sur le plan politique, on peut dire que le gaullisme a marqué la Polynésie. Jusqu’en 1958 ; les partis proprement gaullistes ont été plutôt marginaux, mais à partir de 1958, ils tiennent le devant de la scène, avec la famille Bambridge, puis avec Gaston Flosse. La vie politique se structure longtemps sur ces deux questions : accepter ou non le CEP, revendiquer ou non l’autonomie. Après 1980, les limites entre les camps opposés se brouillent. Tous les partis finiront par revendiquer l’autonomie. L’hostilité au nucléaire, d’abord l’apanage des partis indépendantistes, ira en s’amplifiant. Même l’Eglise catholique, longtemps prudente, pour ne pas dire plus, soutient plus ou moins ses membres qui sont devenus de farouches adversaires des essais, voire de la France."

Sur le plan purement politicien, quels hommes ou partis politiques locaux peuvent aujourd'hui se revendiquer gaullistes ?

"Un des collaborateurs du Général avait dit, de mémoire : "nous avons été et sommes gaullistes et un jour tout le monde sera gaulliste". Cela se vérifie en métropole, cela pourrait se vérifier ici, du moins en partie. Mais le gaullisme, c’est aussi une légende. Or, les légendes se bâtissent souvent sur des notions incomplètes, voire erronées. Par exemple, un mot du gaullisme de Gaston Flosse. La visite du Général en 1956 aurait servi de révélateur : "ce qui m’a frappé, c’est sa vision de ce que serait la Polynésie dans cette zone, son avenir, le nôtre", m’avait-il confié. Gaston Flosse se souvenait des paroles de De Gaulle sur l’Océan, sur la richesse qu’il constitue et sur la volonté de la France de rayonner à partir de ses territoires d’Outre-Mer. Il s’agit peut-être d’une reconstitution a posteriori, car en réalité ce fut en 1966, au cours de son second voyage, que le Général développa le thème de la richesse de l’océan. C’est en 1966 justement, que le jeune maire de Pirae recevait le Général, qui prononça des discours aux contenus fort riches d’enseignements et que Gaston Flosse avoue relire souvent. De là daterait plus vraisemblablement l’attachement à de Gaulle et à une vision des relations entre la Polynésie et la France. D’après Gaston Flosse, de Gaulle voulait que "la Polynésie demeurât française tout en respectant ses spécificités et sa culture". Là encore, il semble que Gaston Flosse reconstruise et la vision du Général et la sienne dans le contexte de 1966. Il y a suffisamment de documents sur la pensée du Général à l’égard de l’Outre-Mer pour conclure que la reconnaissance des spécificités n’était que promesses. De voyage, comme il se plaisait à le dire…"

De Gaulle commémoré à Papeete

Le haut-commissaire Dominique Sorain a présidé lundi matin la cérémonie de commémoration des 50 ans de la mort du général de Gaulle, au Monument de la France Libre à Papeete. En présence des représentants des autorités du Pays et de l'Etat, le haut-commissaire et le directeur de l'Office national des anciens combattants, Philippe Leydet, ont prononcé un discours en hommage au "père de la Ve République".

le Mardi 10 Novembre 2020 à 02:27 | Lu 1708 fois





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