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Pression sur les baleines, espoir pour les dauphins


TAHITI, le 1er novembre 2021 - Pour les baleines, la saison ne se termine pas comme elle avait commencé. Avec le confinement, elles ont connu un calme rare. Les excursionnistes, dès la reprise de leur activité ont mis les bouchées double. En parallèle, une bonne nouvelle est arrivée pour les dauphins. Leur captivité en delphinarium devrait prendre fin d’ici 5 ans en métropole.

Pendant le confinement des observations "surprenantes" ont pu être faites. Les baleines, au calme, ont changé leur comportement. La docteure en biologie Agnès Benet, fondatrice de Mata Tohora, rapporte : "Des personnes nous ont contacté car elles entendaient les baleines ‘gémir’ très près du récif ou dans les baies à Tahiti et à Moorea. Lorsque nous nous rendions sur place, nous constations qu’elles étaient en train de mettre bas !"

Sans dérangement, les baleines ont retrouvé un comportement naturel, elles se sont rapprochées des récifs, se sont mises à l’abri des prédateurs dans les baies et les lagons pour les mises bas. C’est ce qui est observé régulièrement chaque année dans les zones peu habitées comme aux Tuamotu par exemple. Par conséquent, ce n’est pas extraordinaire en soit, c’est même ce qui devrait arriver chaque année y compris à Tahiti et Moorea. Les baleines ont également eu un comportement de repos près des côtes à Tahiti et à Moorea, "ce que l’on ne voyait plus depuis plusieurs années malheureusement".

Le réseau d’observateurs de l’association Mata Tohora postés sur leur terrasse faute de pouvoir sortir ont fait des descriptions précises et précieuses de ces comportements. Ils ont constaté des différences avec les années précédentes. Cette année, quand elles étaient tranquilles, les baleines sont restées le plus souvent au repos, statiques à la surface plusieurs jours de suite ; ce qui devrait être toujours le cas puisqu’elles ne se nourrissent pas en Polynésie et évitent d’être confrontées aux prédateurs du large.

"Les règles d’approche et notamment les distances d’observations (100 m minimum) et la vitesse des déplacements (3 nœuds) dans un rayon de 300 mètres ont été mises en place pour favoriser ce comportement de repos et limiter le dérangement au maximum", rappelle Agnès Benet. Malgré la mise en place de ces règles, en dehors de la période de confinement, "force est de constater que sur la côte Ouest de Tahiti et tout autour de Moorea, rares sont les moments où les baleines peuvent se reposer". Selon une étude publiée en 2020, réalisée par Agnes Benet pour la Diren, elles sont 30 min, en moyenne, au repos entre 6 heures et 18 heures.

Pour ces mammifères, la fin de saison est éprouvante. Des observations de regroupement de bateaux ont été faites. "Mais nous ne pouvons plus être derrière chaque bateau", regrette Agnès Benet. D’autres projets la préoccupent. Elle en appelle au Pays pour faire respecter le code de l’environnement et limiter le nombre de bateaux de whale watching et le nombre d’autorisations pour les activités professionnelles.

Les dauphins captifs bientôt libres

Un texte de loi métropolitain devrait interdire la captivité des grands dauphins (Tursiops truncatus) d'ici 5 ans et "nous sommes très heureux d'avoir été entendus", dit Agnès Benet. Bénévole, elle est la référente scientifique de l’association C’est Assez ! qui s’est battue pour libérer les dauphins. Le combat est notamment porté par la présidente de C’est Assez !, Christine Grandjean, depuis au moins 6 ans. "J’y travaille moi-même depuis plus d’un an. Nous avons uni nos forces et nos compétences pour que ce projet de loi voit le jour. Nous avons eu des réunions avec le ministère de l’écologie à Paris, j’ai eu des échanges avec des députés et journalistes. Mon rôle ? démontrer les arguments scientifiques solides du problème de la captivité des dauphins et définir les paramètres biologiques pour favoriser la création d’un sanctuaire en mer." Ce projet est lourd, les pressions sont grandes. Rien n’était gagné d’avance, au contraire.

Le Sénat, le 30 septembre dernier, a rejeté la Loi et ne souhaitait toujours pas interdire la reproduction des cétacés en captivité. C’est Assez ! a alors réagit aussitôt et a écrit une tribune publiée par le journal Le Monde du 19 octobre 2021 et signée par une trentaine de scientifiques, éthologues, vétérinaires, naturalistes et spécialistes du monde marin regrettant que la France continue de “ne pas interdire la reproduction des cétacés dans les delphinariums”. La tribune détaille la question du bien-être animal, avançant divers arguments pour que les animaux retrouvent leur place là où elle doit être, dans l’océan.

Un fait historique

Finalement, cette nouvelle plein d’espoir a surgi. Un texte de loi est né. C’est un fait historique. La dernière génération de dauphins captifs en métropole devrait être libérée. "Il reste néanmoins des failles à ce texte que nous surveillons." Il faut à présent mettre en place, et rapidement, un sanctuaire en mer pour les accueillir. "C’est Assez ! a signé un partenariat avec le sanctuaire de Grèce, travaille avec l’Italie où un sanctuaire est en cours de finition et avec Ric O Barry à Bali. Nous avons désormais le mode d’emploi." Reste à passer à l’action. L’environnement étant une compétence locale, ce texte de Loi métropolitaine n’applique pas aux dauphins de Moorea. Agnès Benet, qui a déjà évoqué ce sujet à plusieurs reprises, reste ouverte à de nouvelles discussions avec les principaux concernées localement.

En métropole et ailleurs dans le monde, Le travail continue pour libérer les orques. Une campagne d’affichage dans le métro parisien a démarré le 26 octobre, lancée par C’est assez ! pour maintenir la pression et poursuivre la sensibilisation qui est aussi à l’origine de ce changement d’opinion.


Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 1 Novembre 2021 à 19:30 | Lu 1730 fois