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Première preuve de la présence de l'homme de Denisova sous les tropiques


Photo d'archives. Handout / Dr. RICHARD G. ROBERTS / AFP
Photo d'archives. Handout / Dr. RICHARD G. ROBERTS / AFP
Paris, France | AFP | mardi 17/05/2022 - Une dent d'enfant vieille d'au moins 130.000 ans découverte dans une grotte au Laos témoigne de la présence des hommes de Denisova dans le climat tropical d'Asie du Sud-Est, levant une partie du voile sur le mystère de cette espèce disparue, selon une étude.

On en sait très peu sur les Dénisoviens, un groupe humain archaïque cousin des Néandertaliens, qui fut identifié pour la première fois en 2010 dans une grotte de Sibérie. D'un simple morceau de phalange, les paléontologues ont pu séquencer un génome complet.  

Ils ont ensuite trouvé, en 2019, une mandibule munie de grandes dents sur le plateau tibétain, prouvant que l'espèce avait aussi vécu dans cette partie de la Chine. 

En dehors de ces rares fossiles, l'homme de Denisova n'avait laissé aucune trace de son passage... Sauf dans les gènes puisque qu'avant de disparaître, cette espèce dite archaïque s'est métissée avec Homo sapiens, léguant une part de son ADN à des populations actuelles du sud-est asiatique et d'Océanie: Negritos des Philippines, Papous de Nouvelle-Guinée et Aborigènes d'Australie détiennent une grande proportion de génome Dénisovien - jusqu'à 5%. 

Les généticiens en ont déduit que "les ancêtres modernes de ces populations s'étaient +hybridés+ avec des Dénisoviens en Asie du Sud-Est", explique à l'AFP le paléoanthropologue Clément Zanolli, co-auteur de l'étude parue mardi dans Nature Communications.  

Mais il manquait la "preuve physique" de leur présence dans cette partie du continent asiatique, loin des montagnes froides de la Sibérie ou du Tibet, ajoute ce chercheur CNRS. 

Jusqu'à ce qu'une équipe de scientifiques entreprenne de fouiller la grotte du Cobra, dans le nord-est du Laos. 

La cavité, située sur un massif, fut découverte en 2018 par des spéléologues à proximité du site de Tam Pa Ling, connu pour avoir déjà livré des restes d'humains très anciens. Les sédiments conservés dans les murs de la grotte contenaient des fragments osseux d'animaux, ainsi qu'une molaire.

La dent présentait d'emblée une morphologie "typiquement humaine", raconte Clément Zanolli. Elle devait appartenir à un enfant de 3 à 8 ans car elle était encore en croissance dans la mâchoire, précise l'étude.

Mais de quelle époque, quelle espèce ? La dent était trop ancienne pour une datation au carbone 14, et son ADN mal préservé en raison du climat chaud et humide, souligne le paléoanthropologue Fabrice Demeter, co-auteur.

Les chercheurs ont donc contourné l'obstacle en datant les sédiments contenant la dent et les restes de faune, puis la couche supérieure, pour obtenir une fourchette allant de 160.000 à 130.000 ans.

Molaire de petite fille 

Ils ont ensuite étudié l'intérieur de la dent - exportée temporairement au Danemark - grâce à différentes méthodes comme la microtomographie à rayons X et la paléoprotéomique (analyse des protéines).  

"Les protéines nous ont permis d'identifier le sexe, féminin, et d'affirmer son appartenance au genre Homo", détaille Fabrice Demeter, chercheur à l'Université de Copenhague affilié au Muséum nationale d'histoire naturelle de Paris.

Et, surprise, la structure interne de la dent s'est révélée proche de celle des molaires du spécimen de Denisova du Tibet. "Je m'attendais vraiment à un Homo erectus !", se souvient le paléoanthropologue. 

Mais pas de doute, la molaire était facile à distinguer de cette espèce ancienne, ainsi que d'autres groupes éteints endémiques des Philippines et d'Indonésie, Homo floresiensis et Homo luzonensis. Et bien sûr de l'homme moderne. 

Seul hic: elle présentait des caractéristiques communes avec les Néandertaliens, génétiquement proches des Dénisoviens - les deux espèces auraient divergé il y a environ 350.000 ans. 

"Mais on a penché pour Denisova car nous n'avons jamais trouvé la trace du passage de Néandertal aussi à l'Est", précise Clément Zanolli.

Les Dénisoviens ont donc bel et bien occupé cette partie de l'Asie, signe d'une adaptation à une large palette d'environnements, des altitudes froides au climat tropical, conclut l'étude. Une "polyvalence" que ne semblaient pas posséder leurs cousins Néandertaliens, plus "spécialisés" sur les régions froides de l'Ouest, détaille Fabrice Demeter. 

C'est sous les tropiques que les derniers Dénisoviens auraient pu rencontrer et s'hybrider avec les groupes humains modernes locaux de l'époque du Pléistocène, qui ont transmis leur héritage génétique aux populations actuelles du sud-est asiatique.

le Mardi 17 Mai 2022 à 07:55 | Lu 388 fois