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“Pour une économie locale positive”


Tahiti, le 6 août 2023 - Focus sur une des sociétés polynésiennes qui monte à l'international :  Invest in Pacific, qui se positionne comme un outil du financement des projets locaux, avec des investisseurs locaux. Rencontre avec les cofondateurs, Pierre Germon et Nicolas Laurent.
 
 
Invest in Fenua est devenue Invest in Pacific. Comment cela s'est-il mis en place ?
Pierre Germon : “L'idée d'origine était de faire de la finance circulaire sur le territoire polynésien. Invest in Fenua avait alors du sens. Mais nous avons ouvert notre action en Nouvelle-Calédonie et ce qui nous réunit, c'est le Pacifique. Notre idée est de proposer une solution commune des îles du Pacifique. Finalement, on s'est même réorienté sur les territoires ultramarins autour du globe puisque nous allons ouvrir un bureau en Guadeloupe en septembre. On n'était que deux au départ. Maintenant, nous sommes sepy sur la Polynésie, quatre à Nouméa et un directeur Atlantique qui travaille sur les dossiers martiniquais et guadeloupéens.”
 
Revenons sur votre volonté d'établir une finance circulaire. Qu'est-ce que cela implique ?
Nicolas Laurent : “Le principe reste que les capitaux locaux financent l'économie productive locale. Auparavant, il n'y avait pas de solution réglementée et structurée pour permettre aux épargnants polynésiens d'investir directement dans l'économie productive du fenua. On espère motiver pour investir localement. Les capitaux des épargnants, pour la grande majorité, vont quitter le territoire, aller en Métropole pour la plupart, et revenir sous une autre forme, dotations ou autres. On souhaite fixer cet argent en Polynésie. Nous sommes la seule plateforme agréée dans les outremers. La réserve d'épargne détenue par les Polynésiens est d’environ 200 milliards de francs mais elle n'est pas investie dans l'économie productive polynésienne.”
 
Quels sont les projets que vous proposez ?
PG : “On reste dans l'économie productive. La création de projets, le développement de projets ou la reconversion de certains projets. Nous, nous allons sourcer ces projets, encrés dans l'économie réelle du territoire. Ensuite, on fait une étude sur la faisabilité du projet.”
NL : “Tous nos projets sont accompagnés d'une lettre de mission où toute l'opération est détaillée pour être sûr qu'elle peut supporter un financement participatif.”
 
C'est pour tous types de portefeuilles ?
PG : “Oui. Les projets que l'on finance peuvent être tous secteurs confondus. On a plusieurs projets immobiliers, parce ce que ce sont des projets simples à mettre en place et qui plaisent beaucoup aux investisseurs. C'est le marché qui le réclame. Mais on a aussi fait de l'acquisition d'entreprises, de la start-up, du financement de stock, du transport, du financement de trésorerie. Une entreprise qui aurait un marché public, mais qui n'a pas les fonds pour acheter le matériel pour son chantier, sachant qu'elle sera payée bien après, on peut l'aider.”
NL : “Ce qui est fondamental dans la décision, c'est que le projet doit être rentable, qu'il doit permettre à nos investisseurs de retrouver leur capital et leurs intérêts, et il doit avoir un impact positif sur le territoire sur lequel on est. Cela peut-être un plus en termes d'emplois, en termes sociétaux, environnementaux. Il faut quelque chose de positif pour l'économie locale.”
 
Avez-vous une idée du nombre d'emplois créés avec les structures que vous accompagnez ?
NL : “On est à peu près sur 200 emplois créés en Polynésie et Nouvelle-Calédonie. On essaie de faire du ‘win-win-win’. L'entreprise est gagnante parce qu'elle peut sortir son projet, nos investisseurs gagnent et nous-mêmes, quand ces deux acteurs ont gagné, nous sommes gagnants.”
 
Comment se définit ce retour sur investissement ?
PG : “On définit les retours sur investissements en fonction de la maturité du projet. Un entrepreneur qui va venir nous voir en disant, ‘J'ai besoin de X millions à telle date parce que je serai payé dans 18 moi’, on dit OK. On lui créé un produit financier sur mesure où on lui donne le taux, la date du remboursement du capital, combien ça va lui coûter. Le temps du projet, on fait du ‘reporting’ auprès des investisseurs pour qu'ils prennent connaissance de l'avancée du projet.”
NL : “Le porteur de projet doit juste accepter de partager sa marge. Nous sommes finalement l'intermédiaire entre deux besoins, entre deux acteurs. Un acteur qui a besoin de cash pour son projet, et un autre qui a besoin de solutions de placement de cash. Après, on ne propose pas n'importe quoi non plus. Seulement 7% des projets qui nous sont présentés finissent sur notre plateforme.”
 
Combien avez-vous d'inscrits sur votre plateforme ?
NL : “Environ 3 000 personnes sont inscrites avec environ 2 000 Polynésiens et 1 000 Calédoniens. On a 19 projets réalisés pour un peu plus de 2 milliards de francs. D'ici la fin de l'année, on a encore trois projets polynésiens à sortir, six projets calédoniens, trois projets guadeloupéens et un projet à Saint-Pierre-et-Miquelon.”
 
Vous avez des projets avec des organismes publics ?
NL : “Non, mais on pourrait. Notre agrément nous le permet. Nous pouvons être une brique dans les projets locaux. En Nouvelle-Calédonie, nous avons été soutenus par le gouvernement et ils ont même retranscrit ça dans une loi fiscale pour favoriser l'investissement participatif et la mobilisation d'épargne calédonienne dans l'économie calédonienne. Il y a une loi qui offre une réduction d'impôts aux Calédoniens qui investissent localement dans les projets participatifs. Saint-Pierre-et-Miquelon s'apprête à voter une loi similaire. Ce serait formidable d'avoir cela ici. Cela inciterait les investisseurs polynésiens à se concentrer un peu plus sur le fenua plutôt que de placer à l'étranger. Certains investissements européens sont libres de toute fiscalité.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 7 Août 2023 à 11:04 | Lu 2216 fois