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Peines de prison requises à l'encontre des "caïds" de Tiahura


Des vidéos de l'agression au motu Tiahura, à Moorea, avaient circulé sur les réseaux sociaux ©DR
Des vidéos de l'agression au motu Tiahura, à Moorea, avaient circulé sur les réseaux sociaux ©DR

Tahiti, le 2 septembre 2021 - Le 26 juin dernier à Moorea, deux faits de violences en réunion s'étaient déroulés dans l'après-midi à la sortie d'un évènement privé au motu Tiahura, puis aux abords d'un restaurant proche du centre “Le Petit Village” à Haapiti. Neuf jeunes de Haapiti comparaissaient hier devant la justice, pour les deux affaires. Quatre d'entre eux sont impliqués dans les deux agressions.
 

Deux faits d'agressions s'étaient produits à Moorea, le 26 juin dernier. D'abord sur le motu Tiahura, l'après midi, puis à Haapiti le soir. Le choix a été fait hier de juger les deux dossiers le jour même, par souci d'ordonnancement, mais séparément. Neuf jeunes, dont quatre impliqués dans les deux dossiers. Les avocats de la défense demandaient la jonction des deux affaires et le renvoi devant un juge d'instruction, dénonçant un procès rapide influencé “par la pression de l'opinion publique.”
 

Ils frappaient tout le monde”
 

Samedi 26 juin 2021, sept amis originaires de Haapiti sur la commune de Moorea, passent l'après-midi à boire. “Vous partagiez trois bouteilles de rhum à cinq, cela fait quand même beaucoup”, souligne le président du tribunal. Parmi eux, deux mineurs, absents à l'audience car ils comparaîtront plus tard devant le juge des enfants. C'est pourtant l'un des mineurs, dont le beau-père possède un bateau, qui est qualifié de “meneur” par le magistrat. L'un de ses compères, âgé de 22 ans, conduit le bateau jusqu'au motu Tiahura, qui abrite le snack Coco Beach. Un événement privé festif s'y est tenu toute la journée, surveillé par des agents de sécurité. La bande a donc attendu la fin pour en découdre.

Selon le témoignage d'une personne présente sur les lieux, ils frappaient tout le monde, comme des animaux sauvages”, déclare la procureure de la République, qui se questionne sur l'éventuel racisme du passage à l'acte, les victimes étant pour l'essentiel des popa'a. Me Hellec, l’avocat d'un des jeunes agresseurs, conteste : “Lorsqu'ils sont arrivés sur les lieux, c'est bien l'un des jeunes du groupe qui a commencé à vouloir en découdre. Mais il s'en est d'abord pris à un Tahitien qui se baladait sur la plage du motu avec sa compagne.” Le Tahitien en question n'avait d'ailleurs pas peur de devoir en découdre avec son agresseur de 21 ans, vite mis en déroute par l'arrivée d'un ami mais également par un des jeunes de sa propre bande.

Au même moment, d'autres jeunes de la bande s'en sont pris à d'autres fêtards qui sortaient de l'évènement pour rejoindre leurs embarcations. L'une des victimes, présente à l'audience, avait pris le dessus sur son agresseur en l'empoignant par le cou dans le lagon. L'un des autres compères, voyant son collègue en difficulté, avait alors adressé un violent coup par derrière. Les coups avaient ensuite plu sur le pauvre jeune homme de la part de toute la bande. A la barre du tribunal, celui qui avait emmené ses amis en bateau à la fête sur le motu témoigne des séquelles de son agression. “J’ai eu trois fractures au visage, et une au sinus. On m'a aussi posé une plaque quatre ou cinq jours après et j'ai passé deux semaines en convalescence”, raconte le jeune homme. Son ami fut aussi été passé à tabac, et du se faire poser des points de suture.

Le frère du premier agressé, et des amies des deux jeunes hommes présents à l'audience, figurent également parmi les victimes. Soulignant la violence et le nombre d'agressions simultanées, le parquet glisse une information qui surprend les avocats qui demandaient un renvoi à l'instruction : “Il doit encore manquer une vingtaine d'autres jeunes responsables des agressions qui sont actuellement éparpillés dans la nature.”

La peine de trois ans de prison dont deux avec sursis est requise à l'encontre de trois des jeunes, et le parquet souhaite le mandat de dépôt pour deux d'entre eux.

Le tribunal rendra son délibéré le 23 septembre prochain. Me Bennouar, qui représentait l'un des jeunes de la bande placé en détention provisoire, est positif au Covid-19 et ne peut donc pas représenter son client à l'audience. Le renvoi du jugement pour ce dernier, ainsi que pour l’un de ses compères lui aussi incarcéré, est ordonné au 16 septembre.

 

 


Le centre du "Petit Village" de Tiahura, à Moorea, où s'est déroulée la seconde rixe.
Le centre du "Petit Village" de Tiahura, à Moorea, où s'est déroulée la seconde rixe.


Les mêmes qui ont agressé mon fils en mai”
 

A peine quelques heures plus tard, quatre jeunes de la bande en rejoignent quatre autres aux abords d'une pizzeria proche du centre commercial “Le Petit Village” à Tiahura. A l'audience, le procureur tout comme les prévenus reconnaissent la responsabilité de l’un des leurs, surnommé “petit frère”, qui était alors accompagné de son fils. Il aurait, selon les versions de la bande de Haapiti partagées ensuite par le parquet, provoqué le groupe en étant armé d'une batte de baseball. Son fils, âgé de 21 ans, avait également rencontré par le passé des problèmes avec des jeunes de Haapiti, ce qui a également facilité l'altercation.

La femme de “petit frère”, témoin de la scène mais également victime car elle reçut également un coup, expliqua à la barre avoir écopé de quatre jours d'interruption temporaire de travail (ITT) prescrits par l'hôpital d'Afareaitu. “Ce sont les mêmes qui ont agressé mon fils en mai. Le pire, c'est que je les ai vu tous grandir car ils font partie de la famille de mon mari”, raconte la femme, très émue par l'événement. Son mari a quant à lui écopé de plus de 30 jours d'ITT, et se présenta au tribunal en fauteuil roulant, plusieurs de ses vertèbres ayant été fracturés dans son passage à tabac.

Le parquet dénonce un “enchaînement de violences” dont “des violences collectives qui ont sérieusement menacé l'intégrité physique” de “petit frère”. Des peines de quatre mois avec sursis à 18 mois de prison dont un an ferme sont requises contre les huit jeunes de 21 à 28 ans, selon leur degré d'implication et leur casier judiciaire. Pour certains figurent en effet déjà des condamnations pour violences. A l'encontre de “petit frère” et de son fils, des peines de sursis de six à huit mois de prison sont requises. Le tribunal rendra son délibéré le 15 septembre prochain à 13 heures 30.

 


Rédigé par Valentin Guelet le Vendredi 3 Septembre 2021 à 22:40 | Lu 12718 fois