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Omicron à l'école : tenir jusqu'aux vacances


Tahiti, le 16 février 2022 - La vague épidémique en cours au fenua commence à peser sur le fonctionnement de l'ensemble du système scolaire polynésien. Du côté des autorités comme des syndicats, les vacances de février sont attendues avec impatience.

Les établissements scolaires de Polynésie française comptent 15% d'absents à cause de l'épidémie de covid-19. “85% de profs présents et 84% des élèves également”, précise le ministère. 17 classes de primaire sont fermées, essentiellement à Tahiti. Si les cas graves restent relativement peu nombreux, la vague omicron commence à peser sur l'ensemble du système scolaire.
93 enseignants de la “réserve de formation” ont pu être mobilisés cette semaine pour assurer des remplacements dans le primaire, mais une telle réserve n'existe pas en Polynésie dans le secondaire, selon la ministre de l'Éducation. Dans la plupart des établissements, la charge de travail pour le personnel présent augmente fortement et c'est toute l'organisation scolaire qui est menacée.

C'est de plus en plus compliqué”, déplore Maheanuu Routhier, secrétaire général du SNETAA FO, pour le personnel, c'est une surcharge là où il y a déjà une surcharge. […] Par exemple, quand quelqu'un a le covid en cuisine, on est obligé de prendre des collègues qui font habituellement le ménage pour venir soutenir. On déplace la charge de travail ailleurs.” Quand les enseignants absents ne sont pas remplacés, les élèves se retrouvent en permanence. Mais là aussi, cela provoque d'autres tensions. “Il faut éviter de surcharger les permanences. Déjà en temps normal, on n'a pas forcément le nombre de surveillants qu'il faut”, poursuit Maheanuu Routhier.
 
Le vademecum sanitaire montre ses limites
 
Pour autant, aucun établissement de Polynésie n'a été fermé pour le moment. “L'idée, c'est de faire du cousu main. Quand on est en capacité d'accueillir 80%, on ouvre 80%. Par contre, s'il faut fermer des classes, on le fait, il n'y a pas de tabou là-dessus”, explique Thierry Delmas, directeur de cabinet de la ministre de l'Éducation. “Ce qui nous importe, c'est de respecter le vademecum et de fermer quand on a besoin de fermer et de rester ouvert quand on peut rester ouvert pour que les enfants soient accueillis.” Le vademecum sanitaire effectif dans l'ensemble des établissements scolaires, a été établi, selon le ministère, en concertation avec les autorités sanitaires et les représentants syndicaux. Il définit un ensemble de critères et de règles de conduite à tenir face aux contaminations covid, parmi lesquelles la règle de l'isolement pour sept jours en cas de test positif pour le personnel comme pour les élèves.
 
“On en avait discuté à la rentrée avec la ministre, il nous paraissait correct, mais là, on en a vu les limites ; c'est le nombre qui nous submerge. Il n'est pas dimensionné à une telle vague, ce virus est tellement contagieux”, constate Thierry Barrère, secrétaire général du syndicat Unsa. Ce syndicat alerte sur les limites du dispositif en prenant pour exemple l'internat du lycée de Uturoa, où la “zone tampon”, c’est-à-dire le lieu dédié dans un établissement à l'isolement des élèves dépistés positifs, serait tellement débordée que certains de ces élèves contaminés auraient été évacués vers leur famille dans les îles. S'il est dépassé, le protocole d'isolement se transforme alors en vecteur de contamination. Pour Thierry Delmas, ce n'est pas un problème de capacité d'accueil, mais c'est “en prévision des vacances. Ce n'est pas une question d'accueil puisque de toute façon on a des centres communautaires ou des sites dédiés [qui] fonctionnent toujours. Mais là, comme ils étaient isolés pour sept jours et comme les vacances approchaient, il y a eu la volonté de les faire revenir dans leur île.”
 
Les vacances pour réfléchir
 
Interrogé sur la nécessité de changer ce dispositif, Thierry Delmas n'en exclut pas la possibilité. “Là, on finit cette semaine, il y a une semaine de vacances, et, comme à chaque fois pendant les vacances, on remet le vademecum sur la table avec la Direction de la santé et on regarde s'il y a nécessité de le faire évoluer. Il est toujours mouvant, il s'adapte à la situation sanitaire”.

Tenir tant bien que mal jusqu'aux vacances, syndicats comme représentant du ministère semblent s'accorder sur cet objectif. Pour Thierry Barrère, “on va aller cahin-caha vers les vacances pour souffler une semaine et essayer de couper les pattes au virus”. La prochaine rentrée, comme souvent depuis le début de l'épidémie, semble surtout se dessiner en point d'interrogation.
 

Thierry Barrère, secrétaire général de l'Unsa: “On est un peu dépassés”

“Même si les absences sont en général d'une semaine, le nombre cumulé de personnels absents, ça fait beaucoup pour les établissements à gérer et c'est parfois très difficile pour la vie scolaire. C'est très difficile aussi pour les collègues enseignants d'assumer le bon fonctionnement du service et les cours. Il faudrait prévoir un peu plus de personnel en renfort surtout au niveau de la vie scolaire pour assurer la surveillance des élèves. Mettre du personnel CAE en renfort pour le nettoyage et la désinfection. Et peut-être assurer des remplacements plus rapides et plus fluides au niveau des établissements pour éviter de perdre des cours. De toute façon, on est obligés de faire avec parce qu'il n'est plus question de fermeture d'établissement […] Il ne faut pas se leurrer, le collège ou l'école, c'est un lieu de rassemblement, c'est propice à la propagation du virus, même si on doit observer les gestes barrières, le lieu même fait que parfois, il y a transmission. Les jeunes entre eux ont parfois tendance à oublier ces gestes, il faut du personnel pour les encadrer et les accompagner.”

Thierry Delmas, directeur de cabinet du ministère de l'Éducation: “Faire du cousu main”

“Cette vague impacte le système éducatif. Nous avons à peu près une quinzaine de pourcent d'absence chez le personnel comme chez les élèves. On ne met pas en place la continuité pédagogique. On transmet les cours aux élèves qui sont absents, absence limitée à cinq jours selon le protocole et les préconisations de la Direction de la santé […]. L'idée c'est quand même de dire qu'on ferme quand on est obligé de fermer. On n'ouvre pas à tout prix. Chaque fois que la santé ou la DGEE nous demande une fermeture, on l'évalue […]. A Hao, très vite on a été obligé d'isoler [les internes] parce qu'on voyait bien qu'à l'internat, ça se contaminait. Ce n'est pas du tout la même chose aux Marquises. Les positions systématiques sont dangereuses à prendre parce qu'elles peuvent être inadaptées dans un sens comme dans l'autre. L'idée, c'est de faire du cousu main. Là on finit cette semaine, il y a une semaine de vacances, et comme pour toutes les vacances, même si elles ne sont que d'une semaine, on remet le vademecum sur la table avec la Direction de la santé et on regarde s'il y a nécessité de le faire évoluer.”


Rédigé par Antoine Launey le Mercredi 16 Février 2022 à 20:31 | Lu 1282 fois