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"Nous sommes conscients que la drogue circule en prison"



PAPEETE, le 24 juillet 2019-Le directeur du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de Polynésie française, Lionel Lecomte, quittera ses fonctions le 5 août prochain. Trafic d’ice, politiques publiques en matière de délinquance : l’homme se dit «préoccupé » par l’avenir.

Durant ces trois années passées à la tête du SPIP, quels sont les chantiers principaux sur lesquels vous avez travaillé ?

"L’administration pénitentiaire a fait un effort considérable pour la Polynésie française. Lorsque je suis arrivé ici, il y avait 22 personnels. Aujourd’hui, nous sommes 59. La pluridisciplinarité s’est mise en place. Un gros effort de formation a été fait, notamment avec la venue de pointures mondiales en matière de criminologie telles que le directeur de la probation au Québec, Denis Lafortune. De ces trois années, je retiens essentiellement une structuration du service. Nous sommes passés d’un travail social à la carte à la mise en place de méthodes structurées avec une évaluation du niveau de risque, un plan d’accompagnement adapté à ce niveau de risque. A titre informatif, nous sommes ceux qui avons mis le plus grand nombre de programmes de prévention de la récidive au niveau national. Cette dynamique collective est à la fois liée aux moyens dont j’ai bénéficié mais également à la qualité des personnes avec lesquelles j’ai travaillé."

Il était important pour vous d’instaurer la justice restaurative en Polynésie. Où en est le SPIP aujourd’hui ? Quelles sont les avancées dans ce domaine ?

"Travailler la justice restaurative, c’est prendre la réalité sous un autre prisme. Jusqu’à présent, nous travaillions uniquement avec des personnes sous contrainte. Hors, la justice restaurative nous impose de travailler avec des personnes qui sont volontaires. Nous avons mis en place un partenariat avec l’APAJ et nous avons progressivement travaillé sur la formation des personnels sur le territoire afin de mettre en place des rencontres auteur-victime. Cela a été le cas cette année avec les auteurs de vols avec violence et leurs victimes et les résultats ont été bluffants. Une quinzaine de personnes sont entrées dans le dispositif en quelques mois et 100% des victimes se sont dites apaisées et soulagées".

Lors de sa récente venue en Polynésie, la ministre de la justice, Nicole Belloubet, a notamment visité le centre pénitentiaire de Faa’a-Nuutania dont elle a dénoncé l’état "pas acceptable". De quelle manière va-t-il être amélioré ?

"Depuis que je suis en Polynésie, les petits travaux sont monnaie courante à Nuutania et son aspect extérieur diffère de son aspect intérieur. Dans la prison, c’est vétuste mais propre. La ministre a rejoint l’administration pénitentiaire sur la nécessité de mettre en place un schéma directeur. Le problème de ce schéma directeur est qu’aujourd’hui, il n’est pas prévu dans le plan prison. Cela signifie, sauf changement, que les travaux vont être effectués par la mission Outre-mer et ses moyens. Cela va se faire progressivement en commençant par ce qui est absolument nécessaire : le quartier femmes. Car les détenues vivent dans des conditions qui ne sont pas acceptables. »

Lionel Lecomte, directeur du SPIP de Polynésie française.
Lionel Lecomte, directeur du SPIP de Polynésie française.
Au tribunal, de nombreux détenus évoquent le trafic de drogues en prison. Comment le SPIP peut-il tenter d’endiguer ce phénomène ?

"Nous sommes très conscients que la drogue circule en prison. C’est une réalité qui n’est pas propre à la Polynésie car dès que l’on met des consommateurs et des dealers dans un même environnement, le trafic trouve sa place. Il y a environ 1 000 infractions au centre de Tatutu, la première d’un point de vue quantitatif étant la détention ou la cession de stupéfiants. C’est un vrai problème face auquel nous avons décidé de mettre un place un "quartier étanche". Au sein d’un module de confiance, il s’agira d’un étage avec 30 personnes détenues qui fonctionnera en autonomie afin de ne pas être en contact avec les dealers (qui interviennent en détention). Ce module sera évidemment basé sur le volontariat. Nous effectuerons des tests aléatoires mais nous allons surtout mettre en place 5 ou 6 programmes qui s’inspireront des centres de postcure avec des activités de relaxation, des groupes de parole, des activités sportives adaptées et stabilisatrices ainsi que des projets d’ordre humanitaire. Ce module ouvrira ses portes le 6 septembre. A titre informatif, nous avons fait un sondage anonyme en détention sur le nombre de personnes désireuses d’arrêter de consommer des stupéfiants. Nous avons reçu une cinquantaine de réponses positives .Il s’agit d’un dispositif conçu avec le chef d’établissement, en partenariat avec l’unité sanitaire. »


Que ce soit en milieu ouvert ou fermé, vous suivez de nombreux individus qui souffrent de pathologies psychiatriques, de quels moyens disposez-vous pour les accompagner ?

"Nous suivons des personnes atteintes de pathologies psychiatriques dont certaines ont décompensé et qui sont actuellement à la rue. Il est quasiment impossible de décrocher un rendez-vous rapide au service psychiatrique du CHPF et, la plupart du temps, nous sommes renvoyés vers les urgences. La moyenne pour obtenir un entretien est de quatre mois. Face à l’urgence, nous n’avons aucun moyen."

Face au fléau de l’ice qui, on le sait, provoque notamment des lésions d’ordre psychiatrique, pensez-vous que la délinquance en Polynésie va s’aggraver ?

"Ce qui est compliqué, c’est que nous sommes sur une nouvelle forme de délinquance qui est désormais structurée. L’économie liée au trafic de stupéfiants génère tellement de profits : elle fait vivre des familles entières. L’appât du gain est si élevé que les trafiquants prennent tous les risques. L’on constate également qu’ils utilisent la forme pyramidale, c’est une industrialisation de l’économie du trafic avec de petites mains qui consomment de l’ice. Enfin, la question de la prise en charge des malades est complexe. Ces gens sont d’abord malades avant d’être délinquants. Si l’on fait un parallèle avec ce que les Antilles ont connu, il y a de quoi être vigilant, voire inquiet. Sur le territoire, il y a eu une forte augmentation de la violence dans la délinquance parallèlement à la forte augmentation de la consommation. Cela dépasse largement mes compétences mais il y a selon moi, un point de vigilance important à avoir sur ce sujet. »


Propos recueillis par Garance Colbert

Rédigé par Garance Colbert le Mercredi 24 Juillet 2019 à 16:06 | Lu 4016 fois





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