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"Nous ne sommes plus dans la pauvreté mais dans la misère"



Les différentes associations caritatives s'accordent pour dire que le nombre de personnes qui dort dans la rue a augmenté ces dernières années. (Photo d'illustration)
Les différentes associations caritatives s'accordent pour dire que le nombre de personnes qui dort dans la rue a augmenté ces dernières années. (Photo d'illustration)
PAPEETE, le 16 octobre 2017 - Ce mardi a lieu la 30ème journée mondiale du refus de la misère. De nombreux polynésiens sont plongés dans des situations de grande précarité. Pour certains acteurs de terrain, leur nombre ne cesse d'augmenter.

"Ia ora na, vous n'avez pas une petite pièce s'il vous plaît?" Interloqué, le couple de touristes se retourne. L'homme aux cheveux poivre et sel fouille dans sa poche et sort une pièce de 100 francs. Il la donne au jeune garçon assis par terre qui vient de l'interpeller. Ce dernier remercie ces bons samaritains. "En venant ici, je ne m'attendais pas à voir tout ça : autant de gens mendier dans la rue, de jeunes et des mamans qui font la manche", souffle le quadragénaire en vacances en Polynésie.

Au centre-ville de Papeete, la scène est commune. De nombreuses personnes sont installées sur les trottoirs crasseux près du marché ou autour de la cathédrale. Sans chaussures, avec des sacs plastiques pour seuls bagages, ils attendent ou font la manche. "Il y a de plus en plus de gens dans la rue, explique Heiata*, sans domicile fixe à Papeete depuis plus d'une dizaine d'années. C'est un mode de vie dont il est difficile de sortir."

A 31 ans, le jeune homme vit de la charité et de petits boulots non déclarés. Il dort près de la cathédrale mais se rend à l'accueil de jour Te Vai Ete, à Vaniniore pour se baigner. La responsable de la délégation polynésienne de la Croix Rouge dresse le même constat. L'association doit répondre à de plus en plus de demandes de personnes en détresse. "La précarité pour nous, c'est au quotidien. Il y a une augmentation des personnes en détresse. Elles peuvent l'être financièrement, socialement ou encore du point de vue de la santé, à cause de conduites addictives", décrit Maeva Drach, la responsable.

DES PERSONNES SDF DE PLUS EN PLUS NOMBREUSES

Le regard vitreux, le trentenaire SDF explique vouloir trouver du travail mais compte tenu de sa situation et de son casier judiciaire, les portes de l'emploi restent souvent fermées. Après un temps de réflexion, il s'insurge: "Nous, les jeunes, nous allons en prison parce que nous avons volé 1000 francs. Eux, ils ont détourné des millions et ils sont encore là. Pourquoi?"

Les associations sont nombreuses pour venir en aide aux personnes en difficulté. De plus en plus d'activités et de séances de dons sont organisées. "L'augmentation des maladies comme la syphilis, la tuberculose ou encore la lèpre, fait bien partie des symptômes non plus de pauvreté mais de misère. Ça veut dire que nous avons des cas d'insalubrité importants. Nous ne sommes plus dans la pauvreté mais dans la misère", explique Père Christophe qui s'occupe de l'accueil de jour Te Vai Ete.

Selon le recensement effectué par l'association, le nombre de personnes qui vivent dans la rue est en augmentation. Parmi elles, de plus en plus de jeunes et de femmes. "Quand nous avons commencé il y a 23 ans avec le centre d'accueil, les gens qui venaient nous voir étaient plus ce que l'on pourrait désigner comme des clochards et des jeunes un peu délinquants. Aujourd'hui, les gens qui sont à la rue le sont car leur situation est liée à l'économie du pays", continue le prêtre.

Depuis mars 2017, 231 personnes ont été reçues au centre d'accueil. 62 d'entre elles sont des femmes et 169 sont des hommes. La majorité des accueillis ont entre 30 et 50 ans. En moyenne, les bénévoles de Te Vai Ete servent 42 repas par jour.

L'an dernier, Père Christophe a mis en place des maraudes tous les mardis soirs. Le but est de servir un repas à ceux qui sont dans la rue et qui n'ont pas pu se déplacer jusqu'à l'accueil. Le périmètre d'action s'étend de Arue à Faa'a. L'homme d'église estime à 150 le nombre de personnes qui vivent dans la rue.

Les épiceries et boutiques solidaires de la Croix Rouge reçoivent de plus en plus de public, d'horizons différents. La responsable de la délégation conclut : "Le terme de misère n'est pas tellement approprié. Il y a tout un tas de problématiques qui évoluent d'une année à l'autre. Il y a différentes misères."

Te Vai Ete à la recherche d'un nouveau local

L'accueil de jour Te Vai Ete a ouvert ses portes le 23 décembre 1994 dans un local mis à disposition par la mairie de Papeete. A l'époque, le but de l'équipe était d'offrir un petit-déjeuner, une machine à laver et une douche aux personnes démunies. Au fil du temps et des demandes, les bénévoles ont aussi offert leur aide pour l'administratif, la recherche d'emploi et des conseils. De plus en plus de monde s'y retrouve chaque jour. Nous sommes un peu à l'étroit dans ce local, explique Père Christophe. Nous ne sommes pas du tout mis à la porte par la mairie, mais il est temps pour nous de trouver un autre local. Il nous faudrait un endroit plus grand et qui répondent mieux aux normes d'hygiène." A l'occasion de la journée mondiale du refus de la misère, Père Christophe lance un appel à ceux qui auraient un local à mettre à disposition de l'accueil de jour.

Des inégalités entre familles riches et pauvres importantes

En février 2017, l'Institut de la statistique en Polynésie française a publié les résultats de son enquête sur le budget des familles en 2015. Le rapport note que l'inégalité entre familles riches et pauvres s'est accentuée depuis 2000 "mais tendent à se stabiliser entre 2009 et 2015. La crise socio-économique a amplifié le phénomène de regroupement où cohabitent plusieurs générations et noyaux familiaux." L'ISPF indique dans son rapport que la dépense mensuelle moyenne d'une famille polynésienne est de 289 000 francs. L'enquête indique que le niveau de vie sur ces 15 dernière années s'est lentement amélioré.

"En 2015, 20 % de la population de la Polynésie française vit en dessous du seuil de pauvreté monétaire relative. Le revenu médian par ménage diminue d’un quart par rapport à 2000 et s’établit à 282 000 francs. Ainsi, le seuil de pauvreté relative monétaire baisse. Il correspond à un revenu mensuel moyen de 46 000 francs par unité de consommation en 2015. Par rapport à l’étude « Pauvreté » réalisée par l’AFD en 2009, sur la seule zone des Îles Du Vent, les inégalités et le niveau de pauvreté restent stables", explique la publication de l'ISPF.

Rédigé par Amelie David le Lundi 16 Octobre 2017 à 17:20 | Lu 7036 fois





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