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NiuPay, un compte sans banque


Tahiti, le 3 juillet 2022 - Premier établissement de paiement polynésien strictement dématérialisé à travers une application mobile, NiuPay lancera son activité en septembre. La société, qui a obtenu l'agrément de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) de la Banque de France, est en phase de bêta-test et ambitionne de “devenir le premier acteur d'inclusion financière en Polynésie”, en permettant l'accès à un compte “sans conditions de revenus” et à des moyens de paiements “simplifiés et sécurisés”.
 
La grande enseigne en lettres blanches sur fond violet est bien visible depuis vendredi sur la devanture de l'agence de Papeete, installée à Mamao : “NiuPay, Pay by phone”. Sur les réseaux, une page Facebook a déjà été ouverte il y a quelques mois. Site internet et application mobile, sur Apple et Android, en sont également aux derniers stades de leurs développements.
 
Derrière cette montée en puissance récente se trouve un projet mûri depuis quatre ans et porté par trois actionnaires polynésiens, parmi lesquels l'ancien P-dg d'EDT, du Méridien ou d'Air Tahiti, Joël Allain. NiuPay est un nouvel établissement de paiement polynésien agréé en décembre 2021 par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) de la Banque de France et par l'IEOM, qui a la particularité de fonctionner de façon entièrement dématérialisée sur téléphone mobile. Depuis deux semaines, la société est entrée en phase de bêta test. Son offre sera officiellement lancée auprès du grand public en septembre prochain.
 
Premier établissement polynésien
 
Dans les grandes lignes, NiuPay permet d'ouvrir un compte sans conditions de revenus et de réaliser des opérations de paiements ou des virements locaux ou internationaux en temps réel grâce à un téléphone portable. NiuPay “n'est pas une banque”, insiste son directeur général délégué, Fabrice Luciano, co-actionnaire et ancien cadre de Tahiti Valeurs. La nouvelle société veut offrir une solution “alternative et complémentaire” aux moyens de paiements des banques traditionnelles, dont elle n'estime pas le moins du monde être concurrente. NiuPay ne réalise d'ailleurs aucune activité de crédit. “Notre concurrent, c'est l'argent en espèce”, résume Fabrice Luciano. Sorte de porte-monnaie virtuel sur téléphone, la solution s'appuie sur une utilisation résolument “simplifiée et sécurisée” et promeut “l'inclusion financière”. À ce titre, la solution est même prévue pour une utilisation sans smartphone. Mais avec des opérations moins élaborées, sur un téléphone basique.
 
Ce type de solutions, nées des nouvelles technologies financières, la “fintech”, existe déjà en France et ailleurs dans le monde, comme l'explique au demeurant très modestement Fabrice Luciano. “Ça permet d'inscrire la Polynésie dans l'époque dans laquelle on vit. On n'a pas la prétention d'être spécialement innovants, mais ça permet de rester au niveau de ce qui se fait ailleurs.” Reste que NiuPay sera bientôt le premier établissement polynésien du genre. À ce titre, il aura la particularité de fonctionner intégralement en francs pacifiques et de présenter une interface entièrement disponible en français ou en reo tahiti. Mais il disposera aussi d'une agence basée à Papeete et d'un réseau d'agents et de commerçants à Tahiti et dans les îles. “On a notamment beaucoup discuté des opportunités de développement aux Marquises ou aux Tuamotu avec les personnes sur place. Mais avant d'établir un agent dans une île, l'agrément et la qualification du personnel répondent à des normes de sécurité assez lourdes, qui demandent plusieurs mois pour leur autorisation”, explique le directeur délégué de NiuPay.
 
Côté sécurité et traçabilité des opérations, la société est particulièrement prompte à insister sur le fait que l'apparente “simplicité d'utilisation” du service repose en réalité sur des garanties et exigences très lourdes de la part des autorités de régulations nationales dans le secteur. Outre les trois années nécessaires à l'obtention de l'agrément de l'ACPR, le contrôle et le reporting des données financières est soumis aux mêmes exigences que n'importe quel établissement de paiement, répond aux exigences de Tracfin ou doit encore nécessairement passer par le "cantonnement" des actifs financiers correspondants à l'argent virtuel en circulation sur le compte d'un établissement bancaire de la place.
 
Comment ça marche ?
 
Très concrètement, l'ouverture d'un compte NiuPay depuis un smartphone peut se faire en quelques minutes au moyen d'une pièce d'identité. Sa validation –entièrement automatisée– prend ensuite quelques heures, avant de disposer d'un accès au compte. Pour l'alimenter, l'utilisateur peut ensuite y effectuer un virement bancaire depuis un compte extérieur, transférer des fonds via une carte bancaire, recevoir un transfert depuis un autre compte NiuPay, y faire virer son salaire par son employeur ou encore y effectuer un dépôt en espèce en agence. L'abonné dispose ensuite d'une interface sur smartphone qui lui permet un suivi du solde et de chacune de ses opérations en temps réel.
 
Des frais sont prélevés –350 Fcfp par mois, abonnement forfaitaire e-service et compte– et lors des opérations extérieures au compte NiuPay. Leur montant est annoncé au moment de chaque transaction. En revanche, les opérations bancaires entre utilisateurs NiuPay sont gratuites et instantanées, via le téléphone des usagers. Pour effectuer un virement vers un autre compte, seul le numéro de téléphone et un code secret sont nécessaires. Enfin, plus-value hautement nécessaire à la réussite de ce service, l'établissement propose une carte Mastercard internationale associée au compte NiuPay. Utilisable pour régler des achats ou retirer de l'argent au distributeur, en Polynésie ou à l'étranger. “Accéder à des produits sur Internet, acheter ou regarder Netflix… Le principe, c'est de permettre à tout le monde d'accéder à ces dispositifs”, explique Fabrice Luciano. L'interface sur smartphone permet de commander directement la carte, “disponible en deux semaines”, mais aussi de gérer directement et immédiatement les opérations d'opposition.
 
Développer une “communauté”
 
En Polynésie comme ailleurs, le développement de telles solutions de paiement s'appuie sur l'élaboration d'une communauté d'utilisateurs et de “partenaires”, entreprises ou commerçants. Des paiements par QR Code à scanner sur son téléphone ou grâce à des terminaux de paiements dédiés sont déjà prêts à l'utilisation pour les commerces de la place, déjà démarchés depuis plusieurs mois. Et NiuPay permet également un paiement facilité des abonnements et des factures d'eau, d'électricité ou de téléphonie via son application mobile. Des discussions sont déjà “bien avancées” avec la Polynésienne des eaux et certains opérateurs téléphoniques, explique Fabrice Luciano. “Plus le nombre de personnes à entrer dans cette communauté sera important, plus le parcours de l'argent sera simplifié et accéléré”, résume le directeur délégué de la société.
 

Fabrice Luciano, directeur général délégué de NiuPay : “Une démarche d'inclusion financière”

Quel est le principe général de cette nouvelle solution de paiement ?


“C'est de disposer d'une application, d'un compte et d'une carte bancaire pour pouvoir faire des achats au quotidien et de disposer de son solde et de sa disponibilité en temps réel.”
 
Comment fonctionne cette solution par rapport aux systèmes des banques traditionnelles ?


“On ne veut pas se comparer à une banque, même si effectivement ce sont des moyens de paiement identiques. NiuPay est ouvert au plus grand nombre, quel que soit le niveau de revenu. Il n'y a pas de barrière à ce niveau. Nous avons surtout une démarche d'inclusion financière, parce qu'on a vu, dans les usages, que certaines personnes travaillaient, avaient des revenus et utilisaient leurs comptes de façon uniquement technique, mais rencontraient parfois des difficultés pour pouvoir bénéficier de certains avantages. Que ce soit pour avoir une carte internationale, accéder à des produits sur Internet, acheter, ou regarder Netflix… Le principe, c'est de permettre à tout le monde d'accéder à ces dispositifs sans être lésé ; de se sentir comme tout le monde.”
 
C'est un service de paiement polynésien, mais utilisable partout dans le monde ?

“Exactement. L'application et le compte permettent de faire des opérations en Polynésie française, mais le fait d'avoir couplé à ce dispositif une carte internationale de débit (Mastercard, NDLR) permet d'aller au-delà de nos frontières et de faire des achats au niveau international.”
 
Le but est de simplifier et dématérialiser les paiements, mais la dimension du contrôle et de la sécurisation de ces opérations reste-t-elle la même que pour les banques traditionnelles ?

“Tout à fait. Pour pouvoir être un établissement de paiement, il faut avoir un agrément de l'ACPR (l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) et répondre à des exigences aussi élevées que celles des banques. Et l'idée c'est vraiment qu'en façade, l'utilisateur final ait une impression d'un usage simplifié et sécurisé, mais sans se rendre compte derrière de la robustesse du dispositif, qui répond effectivement à toutes les exigences d'un établissement de paiement. C'est un gros travail et de toutes façons nous sommes contrôlés par les plus hautes autorités nationales qui chapeautent ces opérations.”
 
Votre démarche est partie du constat d'un besoin sur le marché polynésien ?

“Nous avons constaté que la Polynésie française, espace grand comme l'Europe, disposait quand même d'un niveau d'équipement téléphonique de bon niveau. Certains estiment que c'est insuffisant, mais nous on estime que c'est d'un très bon niveau. Et avec l'évolution de l'usage du téléphone, notamment des smartphones, et de la 4G, on était en phase pour mettre en place des dispositifs digitaux. Pour nous, ça semble cohérent et ça permet d'inscrire la Polynésie dans l'époque dans laquelle on vit. On n'a pas la prétention d'être spécialement innovants, mais ça permet de rester au niveau de ce qui se fait ailleurs.”
 
Vous allez maintenant devoir développer une sorte de “communauté” NiuPay entre les utilisateurs ?

“C'est l'idée. Celle de créer une communauté forte autour de l'établissement de paiement NiuPay pour avoir un sentiment d'appartenance, une sorte de fierté de faire partie de cet écosystème. Plus le nombre de personnes à rentrer dans cette communauté sera important, plus le parcours de l'argent sera simplifié et accéléré. Parce qu'on peut constater la difficulté, notamment pour ceux qui sont dans les îles, de pouvoir rapidement obtenir leurs fonds aujourd'hui.”




Rédigé par Antoine Samoyeau le Dimanche 3 Juillet 2022 à 19:43 | Lu 10513 fois