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Mylène Tirao, au service de l'éducation


TAHITI, le 9 mars 2022 - Elle a suivi un parcours professionnel dans l’éducation nationale cherchant toujours plus de responsabilités pour "changer les choses". En parallèle, elle a travaillé bénévolement, et depuis plus de 40 ans, au Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa) de Polynésie. Elle a "donné de sa personne", mais se réjouit aujourd’hui de voir les résultats de cet engagement.

Depuis le 9 mars et jusqu’au 11 se déroule à Tahiti l’écho du Festival international du film de l’éducation. Il s’agit d’une déclinaison locale de l’événement national qui a lieu chaque année depuis 16 ans en France, à Evreux. Il est à l’initiative du Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa) et propose, pendant cinq jours, un large choix de film courts, moyens, longs métrages, fictions, animations et documentaires en lien avec l’éducation. Des conférences sont organisées, ainsi que des rencontres, débats, tables-rondes.

Les films proposés et le regard de leurs réalisateurs abordent les grandes problématiques de l’éducation, de l’enfance et de la jeunesse, de la transmission culturelle ou intergénérationnelle, et de la lutte contre toutes les discriminations, à travers des histoires et des parcours de vie d’enfants, de jeunes et d’adultes. Ils s’adressent à un très large public, parents, éducateurs, responsables associatifs, politiques ou des collectivités locales et tout citoyen.

"En Polynésie, nous l’organisons depuis 2017", précise Mylène Tirao, présidente du Ceméa en Polynésie. Le covid a quelque peu modifié son organisation, mais il tient bon. Cette année, il vise les élèves de primaire qui sont invités à se déplacer à l’Institut supérieur de l’enseignement privé de Polynésie française (Isepp), fidèle partenaire. Ceux qui ne peuvent se déplacer peuvent solliciter les équipes itinérantes du Ceméa pour organiser une projection dans leur établissement. En plus, des ateliers sont prévus autour des médias et du cinéma.

Éducation nouvelle et éducation active

Ce festival est un temps fort dans l’année pour le Ceméa. Il est l’occasion d’une plus grande visibilité du centre dont les champs opérationnels, variés, visent un même objectif. Les Ceméa consistent en un mouvement de personnes engagées dans des pratiques autour des valeurs et des principes de l’éducation nouvelle et des méthodes d’éducation active, pour transformer les milieux et les institutions par la mise en action des individus. "Nous avons une vision de la formation et de l’éducation particulière. Nous ne sommes pas pour un fonctionnement descendant, nous mettons les gens en situation, misons sur l’expérimentation, car on apprend en faisant. Nous responsabilisons les gens, les faisons grandir toujours dans un souci d’exigence." En France, le mouvement a démarré en 1936. En Polynésie, c’était en 1966. Mylène Tirao y a déjà passé 46 ans, autant dire une vie. Elle a d’abord fait ses classes en tant qu’animatrice, instructrice, responsable puis présidente. L’homme qu’elle a épousé a suivi le même parcours d’engagement. Le Ceméa est aussi une histoire de famille.

Le Ceméa opère dans le champ des vacances et loisirs, de la formation, il est présent autour de l’école, formant par exemple les délégués d’élèves, animant des activités pour les internes, organisant pour les élèves d’internat des week-ends… "Ces dernières années nous avons développé de nouveaux pôles : média, numérique, éducation critique, engagement citoyen", explique Mylène Tirao. "Nous voulons apprendre à nos jeunes, qui sont de grands consommateurs d’écrans, à prendre du recul, à ne pas répondre sans connaître les tenants et aboutissants d’une discussion, à repérer les fake news." Plusieurs classes du lycée de Punaauia, mais aussi du lycée Gauguin, sont d’ores et déjà concernées. Le Ceméa forme enseignants et élèves sur ces questions d’actualité.

Par ailleurs, le Ceméa a bataillé pour relancer dans le domaine de la formation professionnelle avec la mise en place d’un brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport ou BPJEPS spécialité animateur, mention loisir tout public. "Cela faisait 10 ans qu’il n’y en avait pas eue." Le centre, qui a participé à la mise en place du CAP petite enfance sur le territoire envisage de se replonger dans ce secteur. "De belles choses ont été faites, mais il en reste un certain nombre à réaliser."

"Je me sens utile"

Née en Charente en France, Mylène Tirao a suivi ses parents et notamment son père militaire en Guyane, au Congo, en Allemagne –elle a été lycéenne à Baden-Baden– et enfin à Tahiti. La famille est arrivée en 1976. Elle voulait travailler dans l’humanitaire car "j’ai toujours été portée sur l’autre", justifie-t-elle. L’éducation était aussi une voie qu’elle envisageait. Elle a passé un concours pour entrer à l’école normale et un autre pour entrer à l’école d’infirmière. Elle a réussi les deux et choisi finalement l’éducation. Sa formation a duré entre 1977 et 1979. En 1981, elle prenait une direction d’école.

Rapidement, elle a passé le concours de professeur et, en 1984, est retournée se former. "C’était l’embryon de l’université, on appelait ça le service de la promotion universitaire". Entre 1987 et 1993, elle a été mutée au collège de Paopao, à Moorea. Elle a passé ensuite le concours de personnel de direction. "Tout cela est assez logique, plus tu as des responsabilités et plus tu en veux pour pouvoir faire bouger les choses." Elle a fait beaucoup avec ses classes, montant différents projets. Par exemple, elle est à l’origine de la classe Pacifique à l’image des classes européennes en métropole.

Après Moorea, elle est revenue à Tahiti, mutée au collège de Punaauia. Elle y est restée dix années. Elle a enchaîné avec cinq années au Taaone avant un dernier stop à Punaauia. Mylène Tirao est retraitée depuis 2011. "Je suis sensée me calmer, mais j’ai toujours plein d’idées." Elle est toujours plus engagée. Le temps qu’elle ne consacre plus à son travail, elle le donne au Ceméa. "Mon métier c’était l’éducation, mon hobby le Ceméa. C’est passionnant, s’occuper des autres, les voir grandir, se professionnaliser, c’est joyeux. Je me sens utile."

"On a une super équipe"

"Je veux que les gens relèvent la tête, qu’ils soient dignes. Il n’y a pas de gens bien ou pas bien, il n’y a que des gens différents. On a besoin de tout le monde pour faire un monde. Nous redonnons confiance et dignité à ceux qui ont perdu cela. Et il faut voir les personnes qu’elles deviennent !" Avec un emploi, une famille, mais aussi de la considération, "on devient de plus en plus fort, j’y crois vraiment". Le Ceméa emploie 83 personnes à Tahiti et dans les îles. Mylène Tirao, elle, reste bénévole. "On a une super équipe", affirme-t-elle en parlant de l’ensemble des acteurs du centre qu’ils soient ou non bénévoles.

Mylène Tirao reconnaît "payer de sa personne". À propos du Ceméa elle dit : "On n’est pas les meilleurs, mais on essaie d’être constructif." Elle se réjouit, plus motivée que jamais, car "tout cela donne des résultats".


Contacts

FB : CEMEA de Polynésie
Tél. : 40 43 73 11

Rédigé par Delphine Barrais le Mercredi 9 Mars 2022 à 19:51 | Lu 2132 fois