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Motu Nono : l’hommage de Heipua Bordes


“C’est ma contribution en tant que résidente de Afaahiti”, confie Heipua Teariki-Bordes (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
“C’est ma contribution en tant que résidente de Afaahiti”, confie Heipua Teariki-Bordes (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 29 janvier 2026 – À 78 ans, Heipua Teariki-Bordes reste profondément attachée à la transmission. Dans son dernier livre, Motu Nono, elle témoigne du jour où la houle générée par la dépression NAT a dévasté cet îlot emblématique de Afaahiti. À travers sa sensibilité et ses connaissances, elle adresse un message d’espoir et lance un appel à la solidarité autour de la préservation du site, en cours de revégétalisation par les élèves du collège de Taravao.
 

À la fois chercheuse, artiste et passeuse de savoirs, Heipua Teariki-Bordes s’est naturellement tournée vers l’écriture. Parus aux éditions ‘Ura, ses deux premiers livres sont Hō mai te ua – Offre-nous la pluie, en réponse à un épisode de sécheresse qui avait provoqué des incendies à Moorea, illustré par ses peintures ; et Te ‘Una ‘una – Majestés, inspiré par l’observation d’une baleine et son baleineau pendant une semaine devant chez elle, illustré par les photos sous-marines de Patea Alexandre.
 

​Un “guerrier” terrassé


Paru fin 2025, son troisième ouvrage, Motu Nono, rend hommage à cet îlot emblématique de la côte est de Taiarapu, rasé par la dépression NAT en février 2024. “Le Motu Nono est exceptionnel, car d’habitude un motu se dresse dans le lagon ; lui, il est au large. Pour moi, c’est un guerrier ! On le fréquente depuis qu’on est enfant. Il a toujours accueilli les familles, les surfeurs et les pêcheurs, qui ont pris du bon temps là-bas. Ça résonne encore dans le cœur des gens. Au point que quand la tempête est passée, le motu était dévasté, mais nous aussi. Quand on a vu les arbres tomber, on était tous choqués. Il a survécu à des cyclones, mais pas à cette houle du nord. J’ai beaucoup pleuré, puis je me suis dit : écris, c’est mieux, et rends-lui hommage”, témoigne Heipua Teariki-Bordes.
 
L’auteure a dépassé sa tristesse à travers douze textes courts, poétiques et puissants : des parau pa’ari, ces “paroles de sagesse très symboliques où chaque mot est chargé de sens”. Elle raconte la fin d’un cycle et adresse un message d’espoir aux enfants, “ceux qui vont porter attention à la splendeur de notre île”. L’occasion de rappeler le nom originel du motu Nono : Pā-rua-‘aha. “C’est le guerrier qui vient de la base océanique et qui permet des alliances et du partage entre les hommes”, précise-t-elle. Écrit en tahitien, chaque texte a été traduit en français par ses soins. Un lexique complète l’ensemble pour approfondir la signification des mots et des toponymes.
 


​Renaître et protéger


Heipua Teariki-Bordes a confié la traduction en anglais à un couple d’artistes, Te Aurahi et Turia Kora. Quant aux illustrations en noir et blanc parsemées de touches de couleur, elles sont l’œuvre d’Alain Tapi, 42 ans. Formé au Centre des métiers d’art, il réside lui aussi en face du Motu Nono. “Je me suis tout de suite senti concerné : on était tous des témoins impuissants ! Les textes en tahitien m’ont vraiment inspiré. C’était important pour moi de contribuer à ce projet pour nos enfants, car c’est un des seuls lieux encore ouverts à tous à la Presqu’île”, remarque-t-il.
 
Heipua Teariki-Bordes ne cède pas au pessimisme, préférant se tourner vers l’avenir : “Beaucoup de choses ont été plantées et ça pousse, on le voit. C’est un message plein d’espoir que je veux transmettre. Je dédie toujours une partie des droits d’auteur : pour ce livre, ma contribution en tant que résidente de Afaahiti est de soutenir les actions de revégétalisation menées par les élèves du collège de Taravao”, sensibilisés par les associations Tama no te tairoto, SOP Manu ou encore Te Mana o te moana. L’auteure est également favorable à la remise en œuvre du projet de rāhui, le Motu Nono étant trop souvent pillé de son sable. “Il le mérite ! C’est un monument populaire et accessible à tous. Il faut savoir sauvegarder ce qu’on a de plus beau”, conclut-elle en guise d’appel au respect et à la solidarité.
 

​Infos pratiques

Motu Nono (‘Ura Editions), en vente au tarif de 2.600 francs chez Odyssey, au Musée de Tahiti et des îles et au salon du livre de Taiarapu, du jeudi 5 au samedi 7 février prochain, à Taravao.


​Une femme de culture

Originaire de Afareaitu (Moorea) par sa mère et de Afaahiti (Tahiti) par son père, Heipua Teariki-Bordes, 78 ans, navigue entre les deux îles depuis l’enfance. Femme de culture, elle a étudié les lettres et le droit dans l’Hexagone avant de revenir au Fenua pour se “plonger dans la profondeur de notre histoire”. Avec Dany Carlson, elle est allée au contact des anciens, des hommes et des femmes qui ont accepté de partager leur savoir pour les nouvelles générations. “Ils détenaient les connaissances et ils ont été nos professeurs. On est allé à leur rencontre pour les écouter et comprendre cet héritage fabuleux”, confie-t-elle. Ce travail indépendant s’est poursuivi au département des traditions orales du Musée de Tahiti et des îles, où elle a œuvré pendant une vingtaine d’années. Ancrée dans une démarche de transmission, Heipua Teariki-Bordes s’est investie bénévolement dans une troupe de théâtre qui se produisait dans les écoles de Moorea dans les années 1980. Elle continue, aujourd’hui encore, à partager ses connaissances auprès du jeune public, comme au Conservatoire artistique de la Polynésie française.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 29 Janvier 2026 à 16:43 | Lu 505 fois