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Monument en péril



Tahiti, le 13 octobre 2020 – Placée en liquidation judiciaire lundi soir, La Dépêche de Tahiti mise dès ce mercredi sur un appel et deux procédures possibles pour suspendre les effets de la liquidation. Une stratégie risquée qui ressemble à une dernière chance d'éviter la disparition d'un quotidien historique du fenua.
 
L'information a été diffusée à la Une de l'édition de mardi de La Dépêche de Tahiti, la société éditrice du quotidien fondé en 1964 par Philippe Mazellier a été placée lundi soir en liquidation judiciaire par le tribunal mixte de commerce de Papeete. Déjà placée en redressement judiciaire en juillet 2018, la société avait fait valider un plan de continuation en avril 2019. Plan qui étalait le paiement de près de 600 millions de Fcfp de dettes sur une période de dix ans. Et qui prévoyait l'obligation pour la société d'entamer des négociations avec les anciens salariés du groupe, pour apurer pas moins de 200 millions de Fcfp de dettes salariales.
 
À l'origine de la décision de placement en liquidation, le recours d'un des anciens salariés du quotidien demandant depuis plusieurs années le versement de ses indemnités de départ à la retraite. À l'audience, lundi, le procureur de la République, Hervé Leroy, est intervenu lui-même pour s'opposer à la liquidation. Le représentant du ministère public faisant valoir l'argument de l'atteinte à "l'ordre public social" et le risque de licenciement encouru par les 38 salariés de la société. Mais en fin d'après-midi, le tribunal a néanmoins prononcé la liquidation judiciaire de la société éditrice du quotidien.
 
"On veut y croire encore"
 
"On ne peut pas se réjouir de la liquidation judiciaire d'une entreprise et des pertes d'emplois qui en découlent", a réagi mardi l'avocat de l'ex-salarié de la société, Me Emmanuel Mitaranga. "Pour autant, c'est une décision qui apparaît logique, puisque La Dépêche s'est engagée à respecter un plan de continuation qui n'a finalement pas été respecté". Du côté des salariés de La Dépêche, le coup de massue était encore difficile à digérer mardi matin. "Oui, ça a été une surprise parce qu'on espérait que les choses s'arrangent et que des accords soient trouvés entre La Dépêche et ses anciens salariés et qu'on poursuive dans le cadre du redressement judiciaire", explique le journaliste, Damien Grivois. "On est dans l'interrogation parce qu'on ne sait pas, entre guillemets, dans quelle mesure les carottes sont définitivement cuites ou pas. On espère poursuivre l'activité parce que La Dépêche est quand même importante dans le paysage médiatique. On a encore du lectorat, même s'il s'est érodé dans ce contexte. On veut y croire encore."
 
Dernier appel
 
Des raisons d'y croire, les dirigeants et salariés de La Dépêche en ont encore. Mardi après-midi, le propriétaire du titre, Dominique Auroy, a réuni ses salariés dans ses locaux de la Fautaua pour leur expliquer la stratégie à venir : un appel de la décision du tribunal de commerce et une requête en référé devant le premier président de la cour d'appel demandant la suspension de l'exécution provisoire du jugement. L'appel en lui-même n'étant suspensif que s'il est interjeté par le parquet, pas par la société elle-même… D'ici là, Dominique Auroy a assuré à ses salariés qu'il "ne les lâcherait pas" et qu'il avait déjà payé leurs derniers salaires "de sa poche".
 
Le principal effet de la décision reste néanmoins que la société éditrice de La Dépêche de Tahiti n'a aujourd'hui plus d'existence juridique. Mais le patron du quotidien a demandé à ses employés de "s'affranchir de cette donnée" pendant quelques jours. Le temps d'initier la procédure d'appel. Un vœu qui n'a pas empêché le liquidateur judiciaire nommé par le tribunal de se rendre dans les locaux de la société mardi après-midi pour annoncer aux salariés qu'en l'état de la procédure l'activité de leur société était suspendue. Qu'à cela ne tienne, les journalistes ont tout de même décidé de sortir un journal pour ce mercredi…
 
Une suspension automatique
 
La journée de mercredi, justement, s'annonce plus importante qu'il n'y paraît pour l'avenir de La Dépêche. En effet, l'avocat de Dominique Auroy doit déposer dans la matinée son appel et sa requête en référé-suspension. Pour autant, la première étape pourrait suffire à elle seule à atteindre les objectifs des dirigeants du quotidien. En effet, le parquet de Papeete pourrait décider dans la foulée de joindre un "appel incident" à celui de La Dépêche. Automatiquement, la procédure de liquidation serait alors suspendue. Et La Dépêche gagnerait un précieux timing avant l'audience d'appel. Restera ensuite à convaincre la cour du sauvetage du quotidien.
 
Pour se faire, La Dépêche entend répondre dans les jours à venir à la principale demande du jugement du tribunal de commerce : le paiement des 10,6 millions de Fcfp manquant depuis des mois à la première échéance –de 40 millions de Fcfp– demandée par le plan de continuation. "On va le faire", assurait-on mardi dans l'entourage de la direction du quotidien. Restera encore ensuite, vraisemblablement, à satisfaire aux demandes de l'ancien salarié à l'origine du recours pour être tirés d'affaire… Mais la stratégie est là.
 
Une stratégie bien périlleuse pour le sauvetage in extremis d'un quotidien historique du fenua. Qui ne méritait évidemment pas d'en arriver là.
 

Communiqué de Pacific Press et Fenua Communication

La gérance des sociétés Pacific Press (imprimeur de La Dépêche de Tahiti et Tahiti Infos) et Fenua Communication (éditeur de Tahiti Infos) a pris connaissance lundi soir de la décision du tribunal mixte de commerce de Papeete de placer en liquidation judiciaire la société éditrice du quotidien La Dépêche de Tahiti. Une décision particulièrement douloureuse pour le pluralisme des médias en général et le secteur de la presse écrite en particulier, mais aussi pour les dirigeants et salariés concernés directement par ce jugement.
 
Malgré l'émotion suscitée par cette décision, la gérance de Pacific Press et Fenua Communication ne peut néanmoins pas laisser la rédaction du quotidien sous-entendre dans son éditorial du jour que "la concurrence" constituée par Fenua Communication et Pacific Press puisse avoir le moindre lien avec les difficultés actuelles de La Dépêche.
 
D'une part, "l'ancien salarié" à l'origine du recours ayant conduit au placement en liquidation judiciaire n'a aucune relation contractuelle avec Fenua Communication, ni ne bénéficie d'aucune rétribution financière de la part de la société. Il participe bénévolement à l'activité de l'un de ses titres, en apportant une rubrique hebdomadaire au quotidien Tahiti Infos.
 
D'autre part, Pacific Press a pris la décision dès lundi soir de soutenir l'activité de la société éditrice de La Dépêche de Tahiti, en confirmant à sa direction la poursuite de l'impression du quotidien malgré le placement en liquidation judiciaire dans l'attente d'un éventuel appel devant les juridictions compétentes.
 
La Dépêche de Tahiti est un titre historique de la presse écrite en Polynésie française, qui emploie plusieurs dizaines de salariés et permet l'activité de prestataires, parmi lesquels Pacific Press. Malgré le contexte concurrentiel, Pacific Press et Fenua Communication adressent un message de solidarité et de soutien à ceux qui s'attèlent à faire vivre ce quotidien dans ces moments difficiles.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 13 Octobre 2020 à 23:25 | Lu 2477 fois





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