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“Médecine de guerre” à l'hôpital


Tahiti, le 19 août 2021 – Acculés, les services des urgences du CHPF redoublent d'efforts pour assurer l'accueil des nombreux cas Covid graves déclarés quotidiennement depuis maintenant plusieurs semaines. Progressivement, les différents services de l'hôpital sont fermés et remplacés par des secteurs Covid. Un réaménagement qui ne règlera pas la question du manque de personnel si l'épidémie continue sa progression inquiétante.
  

243 patients étaient hospitalisés en filière Covid, dont 38 en service de réanimation mercredi au CHPF. Faute de places, des lits sont désormais entreposés à l'extérieur même de l'hôpital. “La situation est critique depuis deux semaines et ces derniers jours ça n'évolue pas du tout dans le bon sens. Le nombre d'hospitalisations de patients Covid en réanimation et hors réanimation continue d'augmenter”, explique le docteur Mélanie Tranchet, urgentiste à Taaone depuis 18 ans et responsable du service d'accueil et du traitement des urgences (SAU). Selon elle, la situation de crise est “sans précédent”.
 
Fermeture successive des services

Comparés à la première vague épidémique, les cas pris en charge depuis plusieurs semaines au CHPF sont plus graves et plus jeunes. “Des patients pour lesquels on n'a pas forcément les moyens humains et techniques” avoue le Dr Tranchet. Un manque que l'hôpital comble peu à peu par la fermeture de ces différents services de soins pour installer les lits des covidés. “Chaque jour, on sature un nouveau service et on le transforme en secteur Covid. Chaque jour, on a un plan pour le lendemain puis, le surlendemain, ce plan est déjà dépassé. On est dans une situation de type 'médecine de guerre'”. Une affluence de malades qui mobilise la quasi-totalité du personnel de l'hôpital, qui envisage même d'hospitaliser les patients non Covid dans la nef de l'établissement.

Car oui, le CHPF continue d'accueillir des patients non Covid. Mais si l'hôpital veut préserver des secteurs comme la cardiologie ou la neurologie, Mélanie Tranchet n'exclut pas que “des choix” puissent être faits dans ces services si l'ensemble des secteurs arrivent à saturation. “Pour l'instant, il n'y a pas de limitation pour ces patients, mais ça pourrait arriver”.

Pour le docteur Mélanie Tranchet, la situation de crise est "sans précédent".
Pour le docteur Mélanie Tranchet, la situation de crise est "sans précédent".
Des choix en réanimation

Des choix, le CHPF est “malheureusement” déjà contraint d'en faire en service de réanimation Covid. “On a exactement les mêmes considérations que d'habitude. Cela dépend de l'état de santé des patients, de leur autonomie… On essaye d'avoir une réflexion qui est personnalisée, on fait au mieux pour chaque patient”. Un choix collégial entre le médecin responsable du patient et un ou deux autres médecins de l'hôpital. “On essaye également d'inclure le médecin traitant qui connait bien le patient”, précise la responsable du SAU. Un comité d'éthique a aussi été mis en place il y a quelques mois pour apporter sa réflexion lorsque des questionnements sèment le doute chez les soignants.
 
Manque de ressources humaines

Alors que quinze infirmiers spécialisés de la réserve sanitaire sont arrivés dimanche soir pour trois semaines et qu'une douzaine de soignants calédoniens sont attendus ce soir, le CHPF manque toujours de personnel et tente même de recruter des infirmiers libéraux. Si les renforts ont permis d'ouvrir neuf lits supplémentaires en réanimation, la direction de l'hôpital souhaite en déployer davantage. Alexis Goubert, le directeur adjoint du CHPF, indique qu'un déploiement de lits est prévu dans l'hôpital de jour, qui serait alors mobilisé 24h/24. “Mais pour l'ouvrir, on aura besoin de ressources supplémentaires”. Dans cette optique, la direction a formulé une autre demande pour la réserve sanitaire, notamment un renfort en infirmiers généralistes et aides-soignants pour ouvrir des lits hors et/ou en réanimation.

Actuellement, un infirmier et un aide-soignant sont déployés pour 12 patients en filière Covid, et pour deux ou trois patients en réanimation. “C'est sensiblement les mêmes ratios que d'habitude, on cherche à le préserver”, précise le directeur adjoint.
 
400 appels par jour au 15

Du côté du service du Samu, les effectifs ont été doublés pour répondre aux appels dont le nombre est passé de moins de 200 à près de 400 par jour. Sans surprise, ses appels sont “en majorité pour des pathologies Covid”, déclare le docteur Vincent Simon, chef de service du Samu. “Les décès ne sont plus seulement au CHPF comme lors de la première vague, on a des décès à domicile, notamment dans les îles. C'est une épidémie extrêmement intense et violente. Je ne sais pas si la population se rend compte de la gravité de la situation” se désole le responsable du 15.

Les services du Samu reçoivent actuellement près de 400 appels par jour.
Les services du Samu reçoivent actuellement près de 400 appels par jour.
Le soutien des cliniques

Si dans un premier temps, les cliniques prenaient en charge les patients non Covid du CHPF, elles ont ensuite conservé les patients Covid découverts dans leurs propres services. Concernant ce soutien, Alexis Goubert ajoute qu'un “autre stade” a été franchi. Aujourd'hui, quand l'état d'un patient hospitalisé à l'hôpital s'améliore, ce dernier est transféré en clinique dans la limite de leurs capacités. “Paofai vise 21 lits dédiés au Covid et ils en sont à 14 ouverts. Sur Cardella, ils sont à neuf lits Covid ouverts”. À ce stade de saturation, chaque lit supplémentaire soulage les équipes hospitalières.

Rédigé par Etienne Dorin le Jeudi 19 Août 2021 à 17:05 | Lu 4733 fois