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#MeToo des armées: le ministère lance une mission d'inspection sur les violences sexuelles


MOHAMMED BADRA / POOL / AFP
MOHAMMED BADRA / POOL / AFP
Paris, France | AFP | vendredi 12/04/2024 - Le ministère français des Armées a lancé une mission d'inspection sur les violences sexuelles dans ses rangs après une série de témoignages d'abus alimentant un #MeToo du monde militaire.

"Nous avons mandaté l'Inspection générale des armées pour qu'elle diligente une mission sur l'ensemble des mesures de prévention, de protection des victimes et de sanction des agresseurs", a annoncé vendredi le ministre des Armées Sébastien Lecornu dans une tribune commune avec la secrétaire d'Etat aux Anciens combattants Patricia Miralles, parue dans le quotidien Le Monde.

Cette mission, qui rendra ses conclusions fin mai, doit permettre d'améliorer la prise en charge des victimes, d'analyser le traitement disciplinaire et la cohérence des sanctions contre les agresseurs et de renforcer les mesures de prévention.

Par ailleurs, désormais, "chaque fois qu'il existe une suspicion de viol ou d'agression sexuelle présentant un caractère suffisant de vraisemblance, la personne mise en cause sera systématiquement suspendue de ses fonctions", écrivent les ministres. 

Une instruction a été envoyée en ce sens par le ministère le 26 mars à tous les commandements.

"La parole des victimes est accréditée à 100% et la volonté politique sur ce point est infaillible", a réagi vendredi auprès de l'AFP la députée du parti présidentiel Renaissance, Laetitia Saint-Paul (Maine-et-Loire), qui a récemment interpellé le ministère des Armées sur le cas de la jeune Manon Dubois, victime d'agressions sexuelles lorsqu'elle travaillait dans la Marine.

Cette jeune femme, qui a récemment livré son témoignage à plusieurs médias, a depuis quitté l'armée. Selon la hiérarchie militaire, son agresseur a reconnu les faits et a été condamné à verser 600 euros de dommages et intérêts à verser à la victime et un stage de sensibilisation à effectuer. 

"Insupportable"

La députée Saint-Paul, capitaine dans l'armée de Terre, a reçu une vingtaine de témoignages de victimes présumées en une semaine sur sa boîte mail parlementaire après la publication du témoignage de Manon Dubois.

Dans une récente interview au quotidien Le Monde, elle a qualifié cette remontée spontanée de témoignages de "#MeToo des Armées", dans la foulée du cinéma, de la politique ou du monde du sports.

Laetitia Saint-Paul a également reçu une vingtaine de messages de cadres des armées exprimant leur soutien à sa démarche, ainsi que de nombreux courriels de la part d'associations de métiers en uniforme.

"Pour l'opinion publique c'est devenu insupportable, il y a une intolérance généralisée à ces déviances, où qu'elles se déroulent", estime la députée. 

La mission d'inspection lancée par le ministère aura aussi pour objectif de "rendre plus efficace encore" le fonctionnement de la cellule "Thémis", créée en 2014 pour recueillir les témoignages des victimes et veiller à l'application de sanctions. 

En 2023, 167 signalements pour violences sexuelles ou sexistes ont été adressés à la hiérarchie militaire et 59 traités par la cellule Thémis, soit un total de 226 cas qui ont fait l’objet de l’ouverture d’un dossier, selon le ministère.

Selon le ministère, les armées françaises comptent 16,5% de femmes dans leurs rangs (34.142 personnels), soit une des armées les plus féminisées au monde.

"Porter l'uniforme dans les armées donne moralement plus de devoirs que de droits", avait déclaré Sébastien Lecornu fin mars lors d'une conférence de presse, en présence de toutes les hautes autorités du ministère. "Est-ce que des dérives individuelles existent? Oui, sur 200.000 militaires d'active vous avez nécessairement, dans un ensemble humain, des dérives individuelles. Est-ce qu'elles sont acceptables? Non. Est-ce qu'il faut les combattre plus durement? Oui", avait ajouté le ministre. 

"Il y a un engagement des grands chefs militaires et des chefs militaires exemplaires en la matière", avait-il assuré.

le Vendredi 12 Avril 2024 à 06:28 | Lu 476 fois