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Mayotte: de multiples défis sanitaires


Crédit Daniel MOUHAMADI / AFP
Crédit Daniel MOUHAMADI / AFP
Paris, France | AFP | mardi 17/12/2024 - Trois jours après le passage dévastateur du cyclone Chido, le plus intense subi par Mayotte depuis 90 ans, qui a fait une vingtaine de morts recensés mais probablement "plusieurs centaines" voire "quelques milliers", le point sur plusieurs défis sanitaires.

Besoins vitaux
Dans ce département le plus pauvre de France, déjà en manque de tout avant Chido, la priorité est d'assurer les "besoins vitaux" en eau et en nourriture, a déclaré le ministre de l'Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau.

"Il va falloir importer beaucoup de nourriture", a affirmé à l'AFP Jean-François Corty, président de l'ONG Médecins du Monde, "alors que l'île n'était déjà pas autosuffisante, et d'ailleurs tout a été rasé". "Et distribuer des moustiquaires, des bâches, de l'eau...", a-t-il complété.

L'accès à l'eau potable, plus que critique avant même le passage du cyclone, est crucial. Selon le ministère de l'Intérieur, 50% sera rétabli sous 48 heures. 

"L'eau est un problème de survie" mais aussi "d'hygiène" dans "des zones très vulnérables", les matières fécales pouvant disséminer des maladies, a souligné Catherine Bertrand, présidente de la société française de médecine de catastrophe, sur LCI.

Fort risque d'épidémies
Une "veille sanitaire forte" est indispensable pour détecter d'éventuelles "maladies contagieuses émergentes venant de la consommation d'eau polluée ou d'aliments avariés", même si une épidémie n'est jusqu'alors "pas à l'ordre du jour", selon la ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq.

Les systèmes d’égouts hors service risquent de souiller l'eau potable et entraîner la propagation de maladies comme le choléra, une maladie qui se transmet par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés et a déjà fait au moins cinq morts entre mars et mi-juillet sur l'île. "Quelque 40.000 personnes ont pu être vaccinées, ce qui peut limiter un peu les risques", a noté M. Corty.

Également à surveiller: des "problèmes abdominaux, de dysenterie très importants", a estimé Mme Bertrand, évoquant aussi la typhoïde et la diphtérie. Elle a aussi mentionné le chikungunya et la dengue avec les eaux stagnantes propices à la prolifération des moustiques.

Prise en charge des blessés 
Face à un système de soins sinistré, 25 premiers patients "en situation urgente" ont été évacués lundi vers La Réunion. 

"On était déjà, avant la catastrophe, sur un territoire où l'accès aux soins était réduit, de surcroît dans un contexte d'énorme pression sécuritaire (...): la plupart des personnes sans papiers ne se déplacent pas ou tardivement pour accéder aux soins parce que c'est très dangereux", a souligné M. Corty.

Il y a désormais "un risque sanitaire pour les personnes qui ne seraient pas soignées, blessées gravement ou moins gravement et qui ne seraient pas hospitalisées, c'est pourquoi les efforts se concentrent sur la remise en route des services médicaux de l'hôpital de Mayotte", a déclaré Yaël Lecras, vice-président du syndicat national des sapeur-pompiers professionnels, sur BFMTV.

Sur l'archipel, premier désert médical de France, si l'unique hôpital, très endommagé, reprend progressivement son activité, l'enjeu est "d'assurer des soins au plus près des bidonvilles détruits, au nord de l'île, avec des maraudes, des actions mobiles, au plus près des gens ne se relogeront pas à Mamoudzou par peur d'être expulsés", selon le président de Médecins du Monde.

Un hôpital de campagne doit ouvrir jeudi.

Malades chroniques et femmes enceintes
L'afflux d'une "vague de femmes enceintes et blessées, ou qui auront accouché seules" dans de mauvaises conditions sanitaires, et avec de forts risques de complications est redouté, à la maternité de Mamoudzou, par la présidente du conseil départemental de l'ordre des sages-femmes de Mayotte, Cloé Mandard.

Faute d'accès à leur traitement, à l'hygiène et à une alimentation équilibrée, les malades chroniques, nécessitant des soins constants, pourraient aussi être affectés.

Et "il va falloir accompagner tous les gens qui ont perdu des proches, sur le volet santé mentale", a remarqué M. Corty.

Enfants livrés à eux-mêmes
Alors que les secours s'attendent à trouver de nombreuses victimes dans les décombres des bidonvilles, notamment à Mamoudzou, le nombre d'enfants livrés à eux-mêmes pourrait grimper.

"Il y a un phénomène chronique d'orphelins: quand les parents sans papiers sont expulsés vers les Comores, ils ne disent pas forcément qu'ils ont des enfants... et parfois se noient en essayant de revenir", a rapporté M. Corty. "On ne sait pas trop où sont ces enfants aujourd'hui".

le Mardi 17 Décembre 2024 à 06:34 | Lu 369 fois